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Edito Question structurelle

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Lorsque les prix agricoles internationaux sont bas, c’est une catastrophe pour les paysans des pays pauvres ; lorsqu’ils sont très élevés, c’en est une pour les citadins des mêmes pays. C’est dire à quel point la question que posent les crises alimentaires d’aujourd’hui est structurelle. Il n’y aura pas de solution à la faim dans le monde, qui touche déjà près d’un milliard de personnes, sans une révision des stratégies agricoles des pays concernés. Chaque pays ou chaque région doit être en mesure de produire sa propre alimentation. Protection aux frontières, politiques de prix rémunérateurs, associations entre pays homogènes d’une même zone… les recettes sont connues et, depuis de nombreuses années, des économistes et agronomes les suggèrent. Ils n’étaient pas entendus jusqu’à présent. Peut-être le seront-ils maintenant. Cela devrait en tout cas rappeler quelque chose aux Européens puisqu’il s’agit tout bonnement des règles de la Pac à son origine.

Quant à l’Europe, justement, la leçon d’aujourd’hui montre que la solution n’est pas dans une reprise à grande échelle des exportations de grains subventionnés. Elle est dans une exportation de savoir-faire et de formation : techniques de production adaptées à une agriculture vivrière, techniques d’organisation, financements d’infrastructures. Sur place, dans les pays en développement, les paysans s’organisent de plus en plus pour accueillir eux-mêmes cette aide, sans qu’elle soit perdue dans les méandres technocratiques locaux. Et ces mêmes paysans s’expriment de plus en plus auprès de leurs gouvernements locaux pour influer sur les politiques agricoles. C’est une chance. Une chance pour que les pays pauvres suivent la voie qu’en son temps l’Europe a suivie.