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Réactions : pragmatisme pour les uns, trahison pour les autres

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Les syndicats agricoles majoritaires saluent le pragmatisme du président
Réagissant aux propos du président de la République lors de la table ronde au Salon de l’agriculture le 6 mars, le président de la FNSEA Jean-Michel Lemétayer a salué le « pragmatisme » et la « détermination » de la nouvelle approche de l’environnement. Pour lui, la table ronde « a été utile, mais cela ne règle pas tout ». La centrale syndicale attend des actes concrets après les annonces du président. Pour le président des Jeunes agriculteurs, William Villeneuve, « il ne s’agit pas de remettre en cause les objectifs de développement durable d’autant plus partagés par les jeunes, mais plutôt de faire preuve de pragmatisme dans un contexte économique à redresser ». « Il faut arrêter d’imposer des contraintes environnementales que les autres pays d’Europe n’ont pas alors qu’on est sur le même marché », précise-t-il.

Associations spécialisées : prendre en compte les spécificités des filières
Comme les autres syndicats, Orama n’a pas de position précise sur le sujet faute d’informations suffisantes. Pour l’instant, s’il reconnaît l’intérêt de mettre en place des études d’impact pour mieux évaluer les effets des nouvelles mesures, il reste dubitatif sur la méthode. Qui va se charger de ces études ? Avec quels moyens ? Dans quels délais ? Autant de questions pour l’instant sans réponse. L’organisation souhaiterait en tout cas qu’un tel dispositif puisse s’appliquer de manière rétroactive à un certains nombres de mesures déjà en vigueur. Pour la filière porcine, c’est surtout pour les installations classées que cette méthode semble une nécessité. « L’Institut du porc a chiffré les dépenses françaises en matière d’installations classées. Si on appliquait les règles européennes, cela serait moins coûteux pour les éleveurs », souligne Jean-Michel Serres le président de la Fédération nationale porcine.

Ecologistes : « Une trahison »
Les propos de Nicolas Sarkozy ont par contre provoqué de vives protestations chez les organisations environnementalistes. « C’est le retour du double langage : on commence par dire qu’on croit à une agriculture durable et quelques secondes plus tard on la démolit. C’est une remise en cause du Grenelle et même une trahison », estime ainsi Lylian Le Goff, expert de la fédération France Nature environnement (FNE) pour les questions agricoles et alimentaires. L’association Eau et Rivières de Bretagne a estimé que Nicolas Sarkozy donnait « un signal extrêmement négatif aux autorités européennes ». Les Verts ont également réagi : le député Noël Mamère a qualifié Nicolas Sarkozy d’ « apprenti sorcier » et d’ « imposteur » tandis que Cécile Duflot a dénoncé le « calcul électoral » selon lequel « mieux vaut une voix agricole acquise à l’UMP qu’un pari sur le vote écologiste ».

Parti socialiste : « Plus qu’un coup de canif dans le Grenelle, c’est sa mort »
« L’annonce de Nicolas Sarkozy du 6 mars au Salon de l’agriculture de lever le pied sur l’environnement est catastrophique aussi bien pour les agriculteurs que pour les citoyens », a estimé de son côté Germinal Peiro, le secrétaire national ruralité et mer du Parti socialiste. « C’est mentir aux agriculteurs que de leur faire croire qu’ils peuvent échapper aux directives européennes alors que la France a été condamnée pour non-respect de la qualité de ses eaux », souligne Germinal Peiro. « En plus, au moment où il nous faut rediscuter du budget de la Pac pour le sanctuariser, on risque ainsi de délégitimer les aides de la Pac », ajoute-t-il. « Cette annonce est plus qu’un coup de canif dans le Grenelle, c’est sa mort ». Le leader politique regrette que Nicolas Sarkozy fasse croire que « l’environnement ruine l’agriculture alors que ce sont les politiques de dérégulation qui sont en cause ».