La santé a bon dos, elle est « instrumentalisée » dans les sens les plus opposés ces temps-ci et c’est l’alimentation qui est le théâtre de ces psychodrames collectifs dont les Français, ou du moins les medias, sont si friands. D’un côté, le marketing nutritionnel déborde d’imagination comme l’illustre l’initiative d’Unilever et de la Maaf visant à donner un « bonus » aux complémentaires santé des acheteurs de margarine Pro-activ au nom de la lutte contre le mauvais cholestérol. Aux Pays-Bas, la même démarche depuis des mois a déjà boosté les ventes de 25 % mais cela n’a pas, semble-t-il, ému les foules, ni les censeurs. Chez nous, les foudres d’UFC-Que choisir tombent sans attendre, dénonçant une communication « simpliste, voire dangereuse » de la part d’une entreprise qui « serait mieux inspirée de diminuer la matière grasse ou le sucre » de ses fromages, ses glaces ou ses desserts.
Pourtant, le « règne de la vertu » que proposent maintenant les grands de l’agroalimentaire n’est rien à côté de la tyrannie liberticide que veulent nous imposer certains repentis de l’alcoolisme, par exemple. Curieuse époque qui dans le même temps voit un Hervé Chabalier, qui a eu un « sacré problème » avec l’alcool, faire rapport au ministre de la Santé pour tenter d’infléchir les politiques de prévention. Mais « en quoi son expérience d’ancien alcoolique ferait de lui un expert de la prévention alcoolique ? » demande avec bon sens le porte-parole des vins de Bordeaux Christian Delpeuch. Ici l’instrumentalisation de l’opinion publique est en marche, pour étiqueter les bouteilles comme le tabac : « une croisade morale en lieu et place d’une vraie politique de santé publique » ? Sachant que 95 % des acheteurs de vin sont indemnes de cette maladie, cela revient à manquer sa cible. Pour l’efficacité, il y a mieux.