Philippe Remaud est directeur du département consultant de Cogedis, association de gestion et de conseil auprès des agriculteurs. Selon lui, la filière laitière est en pleine mutation. Pour rester compétitifs, les industriels doivent réduire leurs coûts de production et en particulier de collecte. Conséquence : il va falloir que les producteurs de lait se concentrent dans des bassins spécialisés et intensifient leur production.
À quoi doit-on, selon vous, cette baisse de la collecte de lait observée depuis le début de l’année 2007 ?
Cette situation est conjoncturelle. Deux principaux phénomènes en sont à l’origine. Tout d’abord il y a une baisse de l’attractivité du métier d’éleveur de vaches laitières. Dans les zones en périphérie des régions de grandes cultures, les éleveurs – pour ceux qui ne sont pas protégés par une AOC ou un label – préfèrent changer d’activité et cultiver des céréales qui demandent moins de travail et sont plus rentables économiquement. D’autre part, les industriels laitiers ont de plus en plus de mal à vendre leur lait ou leur beurre. Ils doivent donc maximiser leur rentabilité. En collectant le lait dans des bassins spécialisés sur un territoire le moins étendu possible, ils diminuent leurs coûts de production.
Pourquoi alors les producteurs des régions plus spécialisées ne produisent-ils pas davantage pour compenser le manque ?
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En France, les quotas laitiers sont gérés par département. Les bassins dans lesquels la production laitière pourrait être augmentée ne peuvent pas récupérer le déficit des autres départements qui sont en sous production. Mais ce déplacement de quotas va se faire. C’est mécanique ! On est aujourd’hui dans une phase de transition entre deux systèmes et l’administration n’a pas encore suivi le mouvement, mais ça ne saurait tarder.
Quel sera le nouveau paysage de l’élevage laitier français ?
Comme les industries laitières sont plutôt localisées dans l’ouest de la France, la production va suivre. On va probablement assister à la mise en place d’un arc atlantique – depuis la Normandie jusqu’en Poitou-Charentes – spécialisé dans la production de lait. Cette concentration devrait permettre une optimisation du coût de la collecte. Cette réorganisation va aussi conduire à une intensification de la production dans les régions concernées.