Abonné

Viande/Restructuration Seulement deux offres de reprise partielle pour Spanghero

- - 5 min

Deux offres de reprise partielle préservent au mieux 100 des 240 emplois de Spanghero. La date limite de dépôt d’offres a donc été reculée au 31 mai. Laurent Spanghero, associé à l’offre la mieux-disante en termes d’emploi (l’autre émane des salariés), n’a pas de mots assez durs pour qualifier l’action de Lur Berri, qu’il accuse d’avoir ruiné l’entreprise. Lur Berri, resté discret depuis le début de la crise, a souhaité réagir aux nombreuses attaques qui l’ont ciblé ces dernières semaines par voie de communiqué de presse. Mais tout cela donne finalement l’impression d’un règlement de compte régional.

Deux projets de reprise partielle de Spanghero ont été déposés, et ils prévoient au mieux de préserver 100 emplois sur 240, ont indiqué les syndicats. « En concertation avec le ministre de l’Agroalimentaire Guillaume Garot, l’administrateur judiciaire a décidé de prolonger jusqu’au 31 mai » la date limite de dépôt des candidatures à la reprise, a annoncé la préfecture. Le projet le mieux disant en termes d’emploi associe Laurent Spanghero au tour de table constitué par Laurent Gérard, un homme d’affaires montpelliérain. « J’ai toujours dit que je ne laisserais pas tomber cette entreprise tant qu’on peut sauver quelque chose », a déclaré l’aîné de la célèbre fratrie de rugbymen, cité par l’AFP, qui a créé l’entreprise et l’a revendue en 2009 au groupe coopératif Lur Berri. Ce projet sauverait une centaine d’emplois dans les plats cuisinés et la transformation de viande.
Le second projet, qui prévoit le maintien d’une soixantaine d’emplois dans un premier temps, est présenté par les salariés, qui ne veulent surtout pas concurrencer d’autres projets de reprise. « Ce que nous espérons bien sûr, c’est que ce soit Laurent Spanghero qui reprenne le site », a expliqué Jean Aparicio, représentant FO.

Une situation très difficile déjà avant le « horsegate »

Si Spanghero semble avoir perdu pied suite au scandale de la viande de cheval, lié à son activité mineure de négoce de viande, l’entreprise était en réalité déjà en difficulté depuis quelques années. Sur les dernières années, le chiffre d’affaires n’a cessé de décliner : 94,7 millions d’euros en 2007, 64,6 en 2009, 59,9 en 2010 et 78,9 en 2012, mais sur 18 mois. Les pertes se sont également accumulées : 1,6 million d’euros en 2009, 0,8 en 2010 et 3,7 en 2012 (sur 18 mois). Enfin, les dettes financières ont augmenté pour atteindre 7,5 millions à fin juin 2012, contre 5,8 fin 2010. Dans ce contexte, le scandale de la viande de cheval, suivi par la découverte de viande de mouton britannique prohibée, ne pouvait que précipiter les choses. L’usine perdrait 200 000 euros par semaine et il n’y a plus de travail que pour 80 personnes selon les représentants syndicaux. Le 19 avril, le propriétaire Lur Berri a décidé de vendre l’entreprise. Le même jour, celle-ci était mise en liquidation judiciaire, avec poursuite d’activité pour trois mois, le temps de trouver un éventuel repreneur. Les salariés savent déjà qu’ils vont au-devant d’un plan social, qui sera divulgué le 28 mai, pour favoriser une reprise.

Règlement de comptes

Les difficultés de Spanghero tournent par ailleurs au règlement de compte dans le Sud Ouest, notamment entre Laurent Spanghero et Lur Berri. « Quand nous avons vendu il y a quatre ans, cette société faisait 100 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 480 salariés; aujourd’hui c’est une ruine, par la faute de Lur Berri », a déploré Laurent Spanghero. Lur Berri a également été critiqué par une partie de ses adhérents qui mettent en cause un expansionnisme notamment symbolisé par le rachat de Labeyrie et par le député européen José Bové, qui dénonce une stratégie qui « nie le territoire».
Face à ces attaques, Lur Berri s’est fendu d’un communiqué de presse le 21 mai. Le groupe coopératif explique avoir racheté Spanghero « dans une situation de quasi-faillite » et estime avoir redressé la situation, annonçant même un retour à l’équilibre en 2012 (ce qui semble très optimiste compte tenu des chiffres déposés auprès du tribunal de commerce). Lur Berri estime n’avoir pas abandonné les salariés de Spanghero et assure mobiliser toutes ses filiales pour trouver des solutions de reclassement. Mais le groupe coopératif basque paye aussi là sans doute un certain manque de transparence dans sa communication auprès de la presse ces dernières années. S’il a communiqué au niveau local, il est resté très discret et avare d’informations dans la presse nationale, or ce sont bien les médias nationaux qui font référence lors de scandales comme celui de la viande de cheval. Le groupe a ainsi donné peu de publicité à sa séparation d’avec Serge Renaudin, d.g. de Spanghero, arrivé seulement en mars dernier.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.