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États-Unis Shuanghui offre 7,1 milliards $ pour pouvoir acheter Smithfield

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Le plus grand producteur et transformateur mondial de porc, l’américain Smithfield (1) devrait passer sous contrôle du groupe chinois Shuanghui International Holdings, basé à Hong Kong, dans ce qui sera, sans doute, l’une des plus grandes opérations financières de l’année. Le communiqué publié par Smithfield indique que l’accord est définitif, mais certains obstacles doivent encore être franchis.

Smithfield Foods annonce dans un communiqué du 29 mai avoir conclu un accord pour être cédé au groupe chinois Shuanghui International. Ce dernier serait prêt à débourser 7,1 milliards $, (incluant la reprise des dettes de Smithfield pour 2,4 milliards), soit une surcote de 31% sur la cotation à la clôture du 28 mai de l’action Smithfield. Shanghui International et ses filiales sont les actionnaires majoritaires du premier producteur chinois de porcs, coté à la bourse de Shenzen sous le nom de Henan Shanghui Investment & Development. Cette société, dont les actifs sont évalués à 1,6 milliard$, dispose de sites de production dans 13 provinces chinoises et quatre autres sont en cours de construction. Elle produit 2,7 millions de tonnes de viande de porc par an, vendues en Chine mais également en Corée et au Japon. Les deux sociétés se connaissent bien car elles ont des accords de collaboration depuis quatre ans. Shanghui, également connue sous le nom de Shineway, a également comme actionnaire un fonds appartenant à l’américain Goldman Sachs.

Un débouché pour les porcs américains

Le p.-d.g. de Smithfield, Larry Pope qui restera à son poste après la vente, la société conservant toute son indépendance au sein de Shuanghui International Holdings, se félicite de cet accord « qui donnera une voie d’entrée au marché chinois, un pays vers lequel il souhaitait depuis longtemps exporter ses viandes et compte sur le soutien de son partenaire pour accélérer sa stratégie globale d’expansion ». Larry Pope a tenu à rassurer tous les salariés du groupe, indiquant qu’aucune suppression de postes ni de fermeture de sites n’était prévue. Le siège social de la société restera à Smithfield, en Virginie (est des Etats-Unis). Cette opération permet également d’éviter un démantèlement du groupe comme le demandait l’actionnaire majoritaire Continental Grain, insatisfait du retour sur investissement. Pour Shanghui, c’est un moyen de s’assurer un approvisionnement en porcs de qualité, la société ayant été touchée par un scandale sanitaire, il y a quelques années. Dans un entretien avec l’agence de presse Bloomberg, Wan Long, président de Shuanghui International Holdings explique que cette opération est capitale car elle permettra « de bénéficier de l’expertise et la technologie étrangères pour remodeler la production et la sécurité alimentaire de toute la filière porcine en Chine ». Un impératif, selon lui car « les Chinois sont de plus en plus stricts pour tout ce qui concerne la sécurité sanitaire ». C’est également un moyen de sécuriser les approvisionnements du marché chinois. Le pays consomme environ pour 183 milliards $ de porc par an, notamment les morceaux que ne veulent pas les consommateurs américains, comme la tête, les pieds, tripes et abats. Elle importe 1,3 million de tonnes de porcs et sous-produits, dont 500 000 en provenance des Etats Unis, selon Shuanghui.

L’affaire n’est pas totalement acquise

La transaction qui nécessite encore l’approbation des autorités du Comité des investissements étrangers aux Etats Unis, devrait être finalisée au second semestre. Le financement de la transaction se fera en partie en cash apporté par Shanghui et en partie par un pool bancaire autour de Morgan Stanley. À l’issue de la transaction, Smithfield sera retiré de la cote et sera intégrée dans Shuanghui. Cette transaction n’est cependant pas définitivement scellée, des élus américains (membres du Congrès ou du Sénat) ne cachent pas leur opposition à cette vente qui intervient en plein scandale du piratage du Pentagone par les Chinois. Selon l’accord conclu entre les deux parties, Smithfield Foods devra verser des indemnités à Shineway au cas où le projet n’obtiendrait pas les autorisations nécessaires. De plus, Smithfield aurait été en négociations, avant l’accord avec Shuanghui avec le groupe thaïlandais Charoen Pokphand Foods et le brésilien JBS SA. Ceux-ci disposeraient de 30 jours pour faire une contre-offre. Il semble toutefois peu probable qu’ils fassent une offre plus attractive que celle faite par le groupe chinois. Celui-ci a en effet placé la barre assez haut et le groupe chinois se dit d’ores et déjà prêt à surenchérir. Il propose par ailleurs aux sept principaux dirigeants de Smithfield des « menottes dorées » de 50 milliards de dollars (dont 8,3 pour Larry Pope) afin qu’ils restent au moins 3 ans.

(1) Smithfield détient indirectement 37% de la société Campofrio Food Groupe, cotée sur les marchés de Madrid et Barcelone qui est propriétaire en France du groupe Aoste (marques Justin Bridou, Aoste, Cochonou, César Moroni) et de 49% dans Jean Caby aux côtés d’un fonds d’investissement américain appartenant à Eric Steiner.

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