Le groupe Sodiaal ne voit pas le bout du tunnel depuis plusieurs années. Après avoir cédé les commandes de Yoplait à Paribas Affaires Industrielles en 2002 tout en engrangeant la moitié de ses profits, le numéro 1 de la coopération laitière se bat sur trois autres fronts, qui sont particulièrement chahutés par la nouvelle donne européenne et l’atonie des marchés. Le groupe le fait d’ailleurs avec un indéniable succès dans sa branche fromagère et avec un peu moins de risques qu’hier en produits industriels maintenant que l’activité beurre a rejoint l’entité Beuralia constituée avec Entremont Alliance. Mais il en va tout autrement pour sa branche lait de consommation, dont les déficits s’alourdissent depuis quatre ans malgré une position de leader sur le marché.
On comprend mieux que le président Gérard Budin ne cesse de proclamer l’urgence des restructurations et qu’il ait demandé à un nouveau directeur général de préparer des décisions courageuses. Depuis octobre, Claude Sendowski a fait son diagnostic et les mesures – qui ciblent forcément sur Candia – sont pour bientôt, ou pour la rentrée. D’où l’annonce cette semaine d’un accord destiné à faire force commerciale commune en MDD et en premiers prix, avec Orlait, le n°3 du lait de consommation. Et l’émergence sur ce créneau d’un acteur de plus de 500 millions d’euros (voir encadré).
Les années difficiles se suivent
Rapprochement entre Candia et Orlait, réorientation stratégique des activités qui ne dégagent pas de résultats courants positifs, et poursuite de la rationalisation industrielle et du volet social, le nouveau patron de Sodiaal a donc du pain sur la planche.
Il n’a pas le choix car, globalement, l’ensemble Sodiaal s’est enfoncé dans le rouge en 2005 avec un résultat d’exploitation négatif à hauteur de 13,9 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros hors Yoplait . Seule consolation, grâce à la contribution de 50% de Yoplait, le résultat net consolidé part du groupe de Sodiaal remonte quand même sensiblement puisqu’il atteint en positif 5,2 M EUR en 2005 contre 1,3 M en 2004.
Candia : de plus en plus de pertes
Pour Candia, l’année écoulée a vu se concrétiser le partenariat avec 3A avec l’intégration de l’activité lait de consommation de la coopérative toulousaine tant au niveau commercial qu’industriel et logistique (reprise de l’usine pyrénéenne de Lons, d’une capacité d’un million de briques/jour).
En France, le marché du lait de consommation a été marqué par un recul des ventes en GMS (-2,3%) et une nouvelle progression du hard discount. Au sein des marchés GMS, les MDD (en progression significative) et les marques premiers prix totalisent maintenant 66% des volumes et 55% du chiffre d’affaires. Les marques reculent toutes dans les mêmes proportions et la part de Candia est passée de 18,8% à 17,9%, avec une baisse des ventes de près de 6%. Même ses ventes en MDD et en premiers prix ont régressé légèrement (-1,5% en volume) tandis qu’en RHF elles ont baissé de 6,7% sous l’effet d’une rude concurrence. Les prix de vente sur tous ces circuits ont été en moyenne inférieurs à ceux de 2004, les deux tentatives de hausses de tarif ayant échoué.
En revanche la progression des volumes de crème se poursuit (+6,7%, contre +3% en 2004) avec une hausse de 18,8% pour la marque Babette (après +26%).
Au total pour la société Candia, si la marque (à peine 400 M de litres sur un total d’1,6 milliard) a pu maintenir tout juste ses prix nets, il n’en a pas été de même de ses ventes en MDD et premiers prix qui ont très fortement baissé, tandis que la baisse du prix d’achat aux producteurs a seulement absorbé la forte inflation de l’énergie, des coûts de transport et du prix des emballages. Ainsi, malgré l’apport de l’activité lait de consommation de 3 A, qui a gonflé le chiffre d’affaires de quelque 85 M EUR, le résultat financier courant de Candia a à nouveau plongé de -5,2 M en 2004 à -16,8 M en 2005.
La société qui réalise 14% de son chiffre d’affaires à l’international, a poursuivi ses efforts hors de l’Hexagone : les volumes exportés qui avaient crû de 25% en 2004 ont encore gagné 9% dépassant les 238 M de litres. En Italie, le partenariat avec Granarolo a permis de conquérir encore des volumes en MDD et premiers prix tandis que la marque Candia a progressé de 9%. En Belgique, la montée en puissance de Candia & Partners a réduit les volumes exportés mais accru les fabrications locales. Et les ventes en Espagne ont bien démarré. Globalement les exportations à marque Candia ont dépassé les 50 M l. Côté franchisés, l’arrêt du partenariat en Egypte a été compensé par de bons développements en Algérie, au Mexique et au Pakistan, avant la signature d’un nouveau contrat au Nigéria.
Sodiaal Industrie : rechute du mix produit
La filiale Sodiaal Industrie a changé de périmètre à compter de 2005 avec la création de Beuralia (dont Sodiaal détient 50% aux côtés d’Entremont Alliance et d’Union Beurrière), ce qui correspond à un transfert de quelque 140 M de chiffre d’affaires. Les deux sites de la nouvelle entité – Clermont-Ferrand, récemment agrandi, et Quimper – ont transformé 76 000 t de matière grasse et commercialisé 90 000 t de beurres et de crèmes. Beuralia affiche un résultat courant conforme au budget à -0,9 M EUR pour un chiffre d’affaires de 304 M. Ses ventes en GMS sont meilleures que prévu avec une progression de 4,8% dans un marché en baisse. L’activité food service est un peu en retrait et les ventes de concentrés pour l’industrie le sont davantage. L’exportation, elle, représente 17% des volumes, dans les réseaux food service et IAA en Europe, mais aussi en beurre conditionné sur la péninsule ibérique et bientôt le Moyen-Orient.
Sodiaal Industrie proprement dit a absorbé 230 millions de litres (15 M de plus qu’en 2004) pour des ventes de 34 000 tonnes et un chiffre d’affaires de 90 M EUR mais un résultat courant encore négatif de plus de 8 M EUR. Le premier semestre a été perturbé par la reconstruction des outils de Montauban détruits par l’incendie de fin 2003 et dont l’efficacité n’est revenue qu’au dernier trimestre 2005. Les prix de vente ont été supérieurs au budget mais le mix produit a été moins bon. A l’international, la société a réalisé 40% de son chiffre d’affaires dont des produits basiques sur la Chine et l’Espagne et des laits infantiles vers les Pays tiers sans compter un début de collaboration avec HIPP en Allemagne et Nutrition & Santé en Espagne.
Régilait a régressé un peu en volume à 20 000 tonnes, les ventes à marque baissant même de 5,3% en poudres et concentrés non sucrés. En revanche, les spécialités bio, vitaminés et concentrés sucrés progressent. Globalement la part de marché est stable à 29%. Régilait a maintenu ses volumes en France en renforçant ses ventes en MDD, RHF et distribution automatique. A l’exportation, l’activité a été globalement en baisse (-13%), surtout les poudres vendues à l’Algérie (-26%) à cause de la concurrence de produits à bas prix d’Océanie et d’Argentine. Mais sur ce même débouché, les laits infantiles France Lait ont fait un bond de 78%.
Riches Monts : bénéfice croissant
Les Fromageries Riches Monts, dans un contexte de marché chahuté, ont bien tiré leur épingle du jeu. Confirmant son statut de bon élève du groupe, le chiffre d’affaires a augmenté de 7% à 337 M EUR et le bénéfice courant s’est encore amélioré pour atteindre 3,4 M contre 2,2 M en 2004. La performance est d’autant plus remarquable que le contexte a été chahuté tant sur le marché intérieur et que pour les exportations françaises de fromages. La consommation des ménages s’est une nouvelle fois infléchie de -0,7% globalement, et bien davantage sur les pâtes molles : -3,5% pour le camembert, -5% pour la raclette à la coupe et -8% pour les bries exportés. Seul le marché de la raclette tranchée en libre-service a continué de progresser fortement (+20%). De plus, le développement des MDD, des premiers prix et du hard-discount s’est accéléré au détriment des marques.
Néanmoins, grâce à des marques fortes comme Le Rustique et Riches Monts, les parts de marché ont été maintenues : 5,5% pour le camembert Le Rustique, 23% pour la raclette Riches Monts libre-service et 25,2% pour la raclette à la coupe. L’entreprise a aussi su se développer sur les MDD, les premiers prix et le hard-discount. Sur le plan industriel, la fermeture du site de Rodez a supprimé un foyer de perte important tandis que les investissements ont été ciblés sur Besse et Brioude, deux sites désormais spécialisés en raclette.
A l’exportation (35% du chiffre d’affaires), alors que les exportations françaises de pâtes molles ont reculé de 6%, Riches Monts a connu des croissances à deux chiffres en Europe aussi bien à marque qu’en MDD. Le camembert Le Rustique, en croissance de 7%, se confirme comme le n°1 français sur de nombreux marchés voisins ; la raclette gagne 29% au Benelux et 9% en Allemagne. L’activité croît de 21% en Suisse, de 100% en Suède et se stabilise en Europe du Sud après la forte croissance de 2004. Enfin, les ventes de brie aux USA ont en partie repris après la fermeture brutale de ce marché en 2004.
Yoplait : baisse de chiffre d’affaires
Déjà en léger repli en 2004, le chiffre d’affaires de Yoplait (France et filiales directes) a reculé de 4,5% à 928 M EUR dans un marché en retournement depuis mi-2004 et qui l’an dernier a perdu 1% en volume et 4% en valeur. Le volume des ventes de Yoplait hors franchises a été de 482 000 t avec une légère progression de la marque sur le marché français où sa part s’est maintenue à hauteur de 12% du total ultra-frais en GMS. La marque a privilégié ses produits piliers (Panier de Yoplait 0%, Yop Petit Déj) et ses récents lancements (Bioplait, Petits Filous Tub‘s et Calin 0%).
La société poursuit ses efforts de réduction de coûts pour maintenir un niveau élevé d’investissements publicitaires, industriels et d’innovation nécessaires pour tenir son rang de n°2 au moment où va se concrétiser l’alliance Nestlé/Lactalis.
La filiale de Yoplait en Grande-Bretagne, dont l’outil industriel a été restructuré, a mis fin à la fourniture de MDD, permettant à la marque de fortement progresser notamment avec Weight Watchers. Yoplait Benelux, Valio en Suède et Galas en Tchéquie suivront la même voie de modernisation pour pouvoir accroître leurs volumes.
Du côté des franchisés (plus d’une cinquantaine), la marque tente de résister à l’agressivité du leader à la recherche de volumes hors d’Europe. En Amérique du Nord et du Sud et dans le Pacifique, la marque a bien progressé. Après le démarrage de la franchise en Turquie, d’autres suivront, notamment dans les pays de l’Est.