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Énergie Stratégie des serristes pour réduire les coûts

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Les serristes de maraîchage mettent en place des stratégies pour réduire leurs coûts, à un moment où le prix du baril de pétrole reste à des niveaux élevés. Face à la hausse des prix du fioul, certains passent au gaz, pour lequel existent des contrats avantageux, leur permettant plus qu’auparavant de gérer les coûts de leurs approvisionnements, indique-t-on chez les professionnels. Cela en attendant d’adopter des méthodes alternatives.

Les serristes, qui doivent faire face à une hausse des prix du gaz de 20% et du fioul de 30% depuis 2009, cherchent autant que possible à contourner les hausses. Leurs différentes stratégies ont un point commun : il s’agit pour eux d’éviter de prendre de plein fouet la poussée des prix du pétrole, qu’ils voient se poursuivre inéluctablement à long terme.

Se dégager le plus possible de l’influence des prix pétroliers
Une première stratégie consiste à passer du fioul lourd au gaz, car le prix du gaz est moins lié à celui du baril que les dérivés du pétrole. Le mégawatt issu du fioul coûte environ 56 euros, alors que celui du gaz sur le marché réglementé est de 34 euros, indique Christophe Rousse, producteur de tomates sous serre et producteur de la coopérative Solarenn, située près de Rennes. Sur le marché libre du gaz, le prix du mégawatt est actuellement de 27 euros.
Le marché réglementé du gaz est une formule de contrats historique, dont peuvent bénéficier ceux qui sont encore détenteurs de ces contrats. Mais il n’est pas possible de signer de nouveaux contrats sur le marché réglementé, la Commission européenne ayant considéré que c’est une subvention déguisée. Sur ce marché réglementé, le prix du gaz est très lié à celui du pétrole.
à côté de ce marché réglementé, le marché libre, très fluctuant, est déconnecté de celui du pétrole. C’est à l’avantage des utilisateurs, car le prix du gaz a plongé ces dernières années, en raison de l’exploitation des gaz de schistes aux États-Unis, qui a permis au pays de ne plus importer de gaz du Moyen-Orient.

On achète comme à la bourse
Chez Savéol, groupement de producteurs de tomates breton, 30% des serristes ont quitté cette année le régime réglementé pour le marché libre, rapporte David Potéreau, serriste membre de Savéol. « Il faut acheter comme à la Bourse. Les cours changent tous les jours et l’on achète un an à l’avance ». Les serristes donnent un ordre d’achat à l’un des intervenants sur le marché du gaz, qui sont GDF Suez, Gaz Natural (Espagne), Altergaz (une filiale de l’Eni italien), et bientôt peut-être l’opérateur russe Gasprom.
Une fois l’ordre d’achat donné, le serriste peut revendre une partie de ce qu’il n’a pas consommé, s’il est parvenu à réduire sa consommation. « La consommation d’énergie par les serristes a beaucoup baissé ces cinq dernières années (30 à 40%) », en raison des écrans thermiques, qui isolent les serres du froid, en raison de l’équipement en bâches et en matériel informatique, selon David Potéreau. Les ordinateurs permettent de calculer la quantité de calories suffisante pour s’en tenir dans le bas de la fourchette des consommations, et d’anticiper les périodes de radoucissement en plein hiver, grâce aux prévisions météorologiques. Les serristes comme David Potéreau disposent parfois de cuves de plusieurs centaines de mètres cubes d’eau chaude, chauffée pendant des heures creuses.
L’adoption du régime du marché libre permettra cette année aux serristes une économie de 10 000 euros par hectare de serre, par rapport au régime réglementé, a-t-il précisé.

Pouvoir investir dans les solutions alternatives
Les économies d’énergie ainsi réalisées ne sont qu’un « moyen d’améliorer la trésorerie, mais pas de faire des gains à long terme », analyse David Potéreau. Ce dernier est en effet sans illusion sur le fait que le prix de tous les combustibles fossiles augmentera à long terme, y compris celui du gaz sur le marché libre, qui, plus volatile que celui du réglementé, peut se retourner brutalement à la hausse.
La possibilité de mieux gérer les coûts de ses approvisionnements n’a de sens que si la trésorerie dégagée permet d’investir demain dans les solutions alternatives : la biomasse, la co-génération (production de chaleur et d’électricité) et l’utilisation de sources de chaleur de récupération, précise Christophe Rousse.
David Potéreau donne l’exemple d’une seconde serre qu’il a installée avec un collègue il y a un an près de la source d’eau chaude d’un incinérateur d’ordures : « Jusque là l’exploitant de l’incinérateur laissait se perdre 32 gigawatts par an ; maintenant nous lui en achetons 28 par an ».