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Trois questions à Jean-François Narbonne – Toxicologue « L’évaluation ne concerne que la matière active »

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Jean-François Narbonne, toxicologue et expert auprès de l’Afssa, a participé à l’évaluation du fipronil sur la santé menée par l’Afssa et l’Afsse. Il regrette que les données disponibles pour évaluer le risque sanitaire soient limitées à la seule matière active « fipronil » et ne prennent pas en compte ses déclinaisons commerciales.

– Sur quelles études est basé le rapport ?

Le rapport Afssa/Afsse est basé sur les éléments scientifiques qui concernent le fipronil. Aucune des spécialités commerciales à base de fipronil n’est testée (les tests officiels portent sur la matière active et non sur les spécialités). Il n’y a ni dossier toxicologique ni écotoxicologique concernant les spécialités. Or, les expérimentations sur le rat, par exemple, ont montré que le Régent est trois fois plus toxique par inhalation que le fipronil. En matière de risque alimentaire, le problème de ces nouveaux produits utilisés à faible dose – quelques grammes à l’hectare – est qu’il sont difficiles à doser et qu’il est difficile de disposer de données scientifiques. Dans le rapport, nous recommandons des dosages dans les produits alimentaires qui font défaut aujourd’hui.

– Le lait est-il un produit plus sensible ?

Le fabricant affirmait que le lait ne contenait pas de fipronil. Or, on trouve des résidus de fipronil dans le lait. Nous proposons une limite maximale de résidus à 0,0017 mg/litre ce qui permettrait de respecter la dose journalière admissible pour les jeunes enfants (c’est à dire d’atteindre 90% à 100% de cette dose), en exposition totale (lait et autres produits). Mais les industriels plaident auprès de l’OMS et du Codex alimentarius pour une DJA dix fois plus élevée (0,02 mg/litre). Nous attirons l’attention des autorités françaises et leur demandons de refuser une LMR aussi élevée.

– Vous mentionnez d’autres lacunes des données d’évaluations...

Le rapport souligne le manque de données épidémiologiques à long terme. Il recommande de suivre les effets long terme chez l’homme et particulièrement les effets thyroïdiens. Les analyses réalisées chez les cohortes de salariés des usines suivies par la MSA montrent que ces salariés ont du fipronil dans le sang. Mais on n’a pas d’éléments montrant des effets précis sur le court terme. Il faut des doses très élevées pour observer des effets neurotoxiques aïgus.