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Séminaire Trouver les outils pour intégrer les agriculteurs au développement territorial

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Essentiel à la construction du territoire, le monde agricole a pourtant du mal à se faire comprendre des autres acteurs au niveau local. Pour sortir du conflit et entrer dans une approche multi-partenariale, des outils existent, comme l’a montré le séminaire organisé le 3 mars par le ministère de l’Agriculture. Mais comme souvent, pas de formule unique : les solutions doivent être adaptées à chaque situation.

«Les territoires ruraux ne se construisent plus autour de la rationalité ». Lâchée par le sociologue François Purseigle lors du séminaire sur « l’agriculture dans le développement territorial » organisé par le ministère de l’Agriculture le 3 mars dans le cadre du Salon de l’agriculture, cette petite phrase témoigne des difficultés du monde agricole à se faire entendre dans les campagnes. Pour le spécialiste, « la mise en débat des questions agricoles semble relever très souvent du conflit ». Comment s’en sortir ? En construisant « un nouveau discours », estime François Purseigle. Pas facile, alors même que les acteurs du territoire sont fragilisés par leurs incertitudes : les agriculteurs ne sont par exemple plus certains de pouvoir transmettre leur outil de production, tandis que les néoruraux qui cherchaient refuge dans un territoire découvrent que celui-ci ne leur appartient pas. Pour François Purseigle, le manque de mémoire corporatiste du monde agricole lié aux mutations en cours est également un handicap. Car pour que les différents mondes se comprennent, « il faut que les autres acteurs appréhendent ce qui fait mémoire pour les agriculteurs », explique-t-il.

Le multi-sociétariat pour la prise en compte d’intérêts multiples
Au fil des territoires, des outils se mettent néanmoins en place pour faciliter un travail collectif qui prenne en compte l’agriculture. Pour Gérard Hanus, directeur du parc naturel régional de la Chartreuse, « nous avons besoin d’innover ». Au niveau des modes d’organisation, cela peut se traduire par exemple par le recours à de nouvelles structures comme les SCIC (Sociétés coopératives d’intérêt collectif), des sociétés « à multi sociétariat », comme les décrit Karine Amelot, chargée de développement à la SCIC Haute Mayenne bois énergie. Créée en 2008, cette société résulte d’un projet initié en 2005 par les élus pour développer les chaufferies à bois déchiqueté. Un vaste comité de pilotage réunissant agriculteurs, industriels, futurs clients, structures d’insertion et acteurs publics s’est mis en place pour organiser la nouvelle filière. Pour l’alimenter, le choix s’est porté sur une SCIC, qui permettait de gérer un approvisionnement local issu de plusieurs origines tout en impliquant les différentes parties prenantes. « La SCIC fédère des acteurs ayant des divergences autour de l’intérêt collectif », estime Gérard Hanus. L’initiative a permis aux agriculteurs de valoriser le bois de taille issu du bocage. « Ils ont du bocage qui est jugé indispensable pour l’environnement, mais ils ont aussi la contrainte de le gérer », remarque Karine Amelot. Les fermes assurent finalement 30 % des besoins de la filière, 50 % provenant des produits connexes des scieries, 15 % des structures d’insertion et 5 % de dons.

« Avoir une approche économique globale à l’échelle du territoire »
Autre problématique, autre démarche : pour répondre au souhait des élus de l’agglomération de Rennes de développer l’approvisionnement de la restauration collective en produits locaux et bio mais aussi aux attentes des consommateurs, le FRCivam Bretagne a mis en place un observatoire des circuits courts. « Nous voulions essayer de donner des éléments de compréhension sur ces circuits et avoir une approche économique globale à l’échelle du territoire », explique Pascal Aubrée, coordinateur de la FRCivam Bretagne. Résultat de l’observatoire : les circuits courts absorbent 1,1 à 1,8 % des dépenses alimentaires de l’agglomération rennaise, ils font vivre 2,1 UTH en moyenne par ferme et génèrent un chiffre d’affaires de 12 à 20 millions d’euros par an, induisant 250 à 450 emplois. De quoi en justifier l’importance auprès des élus. Sauf que ces circuits ne répondent pas forcément aux besoins. L’enquête a également fait ressortir un fort déficit d’offre en légumes ou l’attente d’un approvisionnement régulier de la part des utilisateurs. A la suite de ces observations, un comité de pilotage pluridisciplinaire s’est mis en place. « Il fallait une approche systémique et dynamique », remarque Pascal Aubrée. Trois enjeux se sont dessinés : la question du foncier, très forte en milieu périurbain, l’organisation des filières et la structuration de l’accompagnement des porteurs de projets… à mettre en musique, désormais.

S’adapter aux situations locales
Plus classique dans la forme, le projet Dialog initié par l’Afip (Association de formation et d’information pour le développement des initiatives rurales) s’est pour sa part proposé de « favoriser l’implication des agriculteurs dans les démarches de concertation », explique Alexandra Villaroel, chargée de mission. Des groupes locaux d’agriculteurs d’un côté et d’agents de développement de l’autre se sont mis en place dans plusieurs régions. Des réunions ont été organisées avec les élus pour les sensibiliser aux questions agricoles. Des fiches présentant les méthodes, les savoirs acquis au fil des échanges, des outils et des récits d’expériences ont permis de valoriser ce travail. « Mais ce sont des propositions qu’il faut complètement adapter en fonction des situations locales », prévient Alexandra Villaroel. Une réalité pour tous les projets de ce type. Car si des méthodes et des outils ont pu prouver leur efficacité, il n’existe pas de recette miracle.