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Un budget incertain et des revenus agricoles fragiles : la MSA s’inquiète

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Le revenu des agriculteurs serait en « légère amélioration », selon les premiers chiffres de la MSA (sur les revenus 2016). Mais cette légère hausse ne suffit pas à se réjouir : la MSA reste inquiète quant à la situation économique des agriculteurs, et espère avoir les moyens de poursuivre ses actions de soutien à leur égard.

« On prévoit un revenu moyen de l’ordre de 13 000 à 15 000 € pour 2016 », a annoncé le 10 octobre Régis Jacobé, vice-président de la Caisse centrale de MSA (CCMSA). Cette « légère amélioration » par rapport à 2015 résulte plus d’allégements de charges que d’une hausse des recettes et cache de fortes disparités, précise la MSA. Près de 20 % des exploitants seraient en déficit. Mais ce taux varie, en fonction des régions, entre 11 et 35 %. À noter également, 30 % des exploitants auraient un revenu inférieur à 350 € par mois (dont ceux en déficit). Un résultat un peu moins catastrophique que celui anticipé en juin dernier par le président de la MSA, Pascal Cormery, qui craignait que plus de la moitié des agriculteurs touchent moins de 350 € par mois (1). « Une légère augmentation quand le revenu de départ est très bas, ça fait toujours trop peu ! », tient à préciser Anne Gauthier, vice-présidente de la CCMSA.

Hausse des cotisations Amexa

La petite respiration financière devrait être de très courte durée, car une bonne part des agriculteurs doit s’attendre à voir ses cotisations maladie augmenter. Le projet de loi de finances de la sécurité sociale 2018 – sur lequel la CCMSA a émis « un avis globalement défavorable » – prévoit en effet un nouveau barème de cotisation Amexa (assurance maladie). Celui-ci passera d’un taux fixe de 3 % à un taux progressif allant de 1,5 à 6,5 % (2). Selon la MSA, tous les agriculteurs ayant un revenu supérieur à 13 000 € verront de fait leurs cotisations augmenter. Au total, ces prélèvements devraient augmenter de 121 M€ en 2018. « C’est encore un facteur de baisse de compétitivité pour les agriculteurs », regrette Régis Jacobé, vice-président de la MSA. « Et la MSA n’a pas été consultée avant cette prise de décision », déplore Michel Brault, directeur général de l’organisme.

Incertitude sur les moyens

La MSA s’inquiète également de son budget. La hausse des cotisations maladie (+121 M€) ne viendra pas combler les besoins de la MSA. Pour rappel, lorsque le gouvernement Valls avait décidé d’abaisser le taux de cotisation Amexa (de 10 à 3 %) dans le cadre du plan de soutien à l’agriculture, le ministère de l’Agriculture avait affecté dans son budget une enveloppe de 444 M€ destinée à compenser le manque à gagner de la MSA. Cette dernière semble devoir désormais y renoncer…

La CCMSA s’inquiète par ailleurs de la pérennité de son dispositif d’« aide au répit » qui permet notamment aux agriculteurs en burn-out de se reposer en ayant recours au service de remplacement. Lancé en octobre 2016 et doté d’une enveloppe de 4 M€ abondée par l’État, ce dispositif a bénéficié, à la fin août 2017, à 2 500 personnes pour un total de près de 3 M€. « L’enveloppe devrait être intégralement utilisée d’ici la fin 2017 », selon Thierry Manten, premier vice-président de la MSA. « Nous allons interroger le gouvernement pour savoir s’il est prêt à renouveler et financer le dispositif. En cas de réponse négative, nous essaierons de le maintenir sur nos fonds propres, mais il faudra alors renoncer à d’autres actions », prévient Anne Gauthier.

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La MSA poursuit pourtant son projet, dicté par sa convention d’objectifs et de gestion, de réduction de ses dépenses. Elle a, dans cette optique, déménagé le 11 septembre à Bobigny. « C’est la première fois que la MSA est propriétaire de ses locaux », s’est félicité Michel Brault, soulignant que malgré la situation, la MSA reste « ambitieuse ». Cet achat devrait permettre à la MSA de voir les coûts de gestion liés à ses locaux diminuer de moitié (de 10 M€ à 5 M€). Malgré un contexte économique et politique incertain, la MSA reste résolument optimiste.

(1) Voir Agra Presse Hebdo n°3601 du 26 juin 2017, p. 53
(2) Voir Agra Presse Hebdo n°3612 du 2 octobre 2017, p.5

La « légère amélioration » des revenus résulte plus d’allégements de charges que d’une hausse des recettes

Des craintes pour le dispositif d’« aide au répit » qui permet aux agriculteurs en burn-out de se reposer

Congés maternité : la MSA craint une fausse bonne nouvelle

Alors que Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, a annoncé le 25 septembre que les agricultrices devraient être les premières à bénéficier de l’harmonisation du dispositif de congés maternité, la MSA s’interroge sur l’opportunité d’une telle mesure. « On se demande si l’annonce du gouvernement ne résulte pas de son ignorance de notre dispositif propre ». 60 % des agricultrices ont recours au Service de remplacement lors de leur grossesse. Une donnée qui prouve l’utilité du système, selon la MSA. La généralisation du congé maternité pourrait signer la fin de la possibilité de recourir au service de remplacement pendant une grossesse, craint la MSA qui précise : « Le service de remplacement coûte 147 € par jour ; une indemnité journalière en cas de congé maternité tournerait autour de 20 à 30 € ». Dans ces conditions, les bénéficiaires ne pourront plus se faire remplacer sur leur exploitation, fait remarquer la MSA.