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À paraître en novembre Un livre de l’Inra sur la chimie verte

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L’Inra a présenté le 26 octobre à la presse les grandes lignes d’un livre qui s’intitule La chimie verte, à paraître en novembre, aux Éditions Tec & Doc. Il est consacré à l’émergence d’une nouvelle chimie, basée sur le végétal, en remplacement des substances dangereuses, non renouvelables et génératrices de CO2.

Paul Colonna, directeur de recherches de l’Inra de Nantes, coordonnateur des 54 spécialistes auteurs de cet ouvrage, majoritairement de l’Inra, estime que si la chimie verte se développe, ce sont 15 à 20% de la surface agricole utile française qui seront sollicités. Tandis que des chercheurs comme Marcel Asther, chercheurs à l’université de Marseille, travaillent à la mise au point de nouvelles lignées de champignons capables de dégrader la cellulose en alcool pour faire du carburant, d’autres explorent de nombreuses autres voies : produits chimiques de base à partir de cellulose, fibres végétales comme le lin et le chanvre, biolubrifiants, bioplastiques et biodétergents. Autant de voies qui détourneront une partie des matières premières qui sont jusqu’à présent transformées pour l’alimentation humaine ou animale.

Un jeu de domino des surfaces agricoles

L’exemple type de cette substitution d’usages a été donné par Jacques Guéguen, chercheur à l’Inra de Nantes, et un des auteurs de l’ouvrage. Jacques Guéguen poursuit des recherches sur des utilisations plus valorisantes du tourteau de colza. Ce co-produit après extraction de l’huile de la graine, rémunère mal les industriels quand il est vendu en alimentation animale. D’où la recherche de nouvelles utilisations. Les chercheurs ont déjà mis en évidence les propriétés moussantes d’une protéine, la napine, pour en faire des détergents. Des fractions protéiques ont été utilisées comme colles pour moquettes et panneaux de particules.

Marie-Élizabeth Borredon, de l’Inra de Toulouse, autre auteur du livre, a quant à elle montré un pot de fleurs à base de tourteaux de tournesol, un clou à base de maïs plante entière et un film plastique à base de pulpe de betteraves.

Que mangeront les vaches si l’on transforme le tourteau de colza en détergents et en colles et la pulpe de betteraves en films plastiques ? Pas de souci à se faire pour les vaches, a répondu Paul Colonna, car les recommandations nutritionnelles vont dans le sens d’une moindre consommation de viande. « Un jeu de domino des terres agricoles est possible » : moins de surfaces pour l’élevage (moins de céréales et d’oléo-protéagineux notamment) mais plus pour la nouvelle chimie, selon M. Colonna.

Reprendre de l’avance technologique

Autre considération sur la chimie verte : la relance technologique que représente la chimie végétale.

« C’est une chimie à fort contenu intellectuel, qui fait appel à des technologies très fines, sans risque d’être copiées » à moyen terme, a ajouté M. Colonna. À l’heure où la Chine et l’Inde s’approprient les technologies du monde industriel, reprendre de l’avance avec de nouveaux savoir-faire est stratégique. « Avec la chimie verte, nous disposons d’une avance technologique», a souligné M. Colonna.

L’émergence de cette chimie sophistiquée nécessite de nouvelles formations d’ingénieurs chimistes. Jusque là, les chimistes étaient spécialisés dans des domaines distincts : la biologie et la pétrochimie. Il faudra maintenant que l’enseignement et la formation recouvrent les deux champs, a ajouté M. Colonna.

Pour que cet enseignement puisse se développer, il faut que les industriels embauchent. D’après Mme Borredon, des firmes comme le chimiste américain Dow Chemical « commencent à prendre des contacts» avec les universités et les centres de recherche, alors que jusque-là c’était le fait de PME.

Mais pour que les industriels embauchent, il faut un véritable lancement du marché. Ce dernier existe déjà en Allemagne et dans les pays nordiques pour les biolubrifiants et les biomatériaux, comme l’a montré Bernard Kurek, de l’Inra de Reims, indiquant que Mercédès a mis au point un revêtement en plastique contenant 20% de chanvre, pour le dessous de la voiture, à l’extérieur. La fiscalité peut orienter le marché. La législation aussi, selon Mme Borredon, qui croit beaucoup au déclassement de substances chimiques classiques dans le cadre du projet Reach (de réglementation européenne des produits chimiques) et à leur remplacement par des substances issues de la chimie verte.