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Michel Motte (La Ferme de la Gontière) « On a un peu le moral dans les chaussettes ! »

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« On a un peu le moral dans les chaussettes ! », se désole le président du numéro 2 du champignon, loin derrière Bonduelle mais néanmoins leader français en matière de production de champignons frais, La Ferme de la Gontière. Il livre un produit ultra-frais à ses clients – essentiellement des enseignes de la GMS – dans les 24 heures après cueillette. Une stratégie qui oblige Didier Motte à revoir son organisation logistique pour abaisser ses charges de transport et à chasser dans l’entreprise tous les coûts qui peuvent générer un différentiel de compétitivité. Pour lui, l’argument « fraîcheur » est la seule façon de se démarquer de ses concurrents polonais qui affichent des coûts salariaux 6 à 7 fois moindres. Et quand on sait qu’ils représentent 43% du prix de revient du produit, l’objectif est primordial !

Comment traversez-vous cette période d’incertitudes économiques. Quels sont les principaux obstacles à votre développement ?
Nous devons faire face à la hausse du coût de l’énergie (gaz et électricité) ainsi qu’à celle de nos frais de transport qui nous oblige aujourd’hui à repenser toute notre logistique. Quand on sait que les frais de transport représente 7 à 8 % du prix de revient de nos produits, on ne peut qu’être vigilant sur ce poste. Ce sont des hausses que nous ne pouvons pas répercuter à nos clients qui ne veulent en aucun cas entendre parler d’augmentation des prix !
En outre, nous avons dû faire face en 2011 à une augmentation de 20 % du prix de notre compost en raison de la sécheresse. Fort heureusement, les cours sont revenus à la normale cette année.
Notre activité subit également la concurrence de pays comme la Pologne ou la Hollande. Les producteurs polonais se sont énormément développés ces dernières années pour fournir le marché russe. Par contre, il suffit d’une fermeture des frontières pour que leurs produits se retrouvent en France, notamment sur le marché de Rungis, réputé pour être un marché de débordement.
Quant aux Hollandais, ils travaillent la plupart du temps avec des sociétés polonaises, aggravant de fait les distorsions de concurrence sur le plan des coûts salariaux.
 
Pouvez-vous accroître encore votre productivité de façon à diminuer les charges fixes ?
Nous sommes arrivés un peu au bout du bout. Ce qui explique que nous ayons un peu le moral dans les chaussettes. Nous sommes en train de revoir notre stratégie transports… tout en ayant conscience que nos transporteurs, dont l’activité baisse également, souffrent autant que nous.
 
Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?
Je pense que la préservation de la compétitivité des entreprises est essentielle. Par exemple, il est anormal que notre entreprise, soumise à la concurrence internationale, soit obligée de s’acquitter du versement transport en vigueur dans toutes les communautés urbaines de France. Celui-ci est passé de 1,8 à 2% de la masse salariale au 1er janvier 2011. C’est 120 000 € que l’on verse par an à la Communauté Urbaine de Lille et qui nous pénalise face à nos concurrents.
C’est une somme colossale quand on sait qu’aucun de nos salariés n’emprunte le métro de Lille ! Ce sont ces taxes-là qui nous tuent. Sans compter qu’il est parfois question de supprimer l’exonération partielle de charges sociales dans le cas où les 35 heures viendraient à être supprimées.
 
Quels sont les leviers de croissance qui vous permettent d’assurer le développement de votre entreprise ?
Notre leitmotiv permanent consiste à proposer à nos clients des produits ultra-frais dans une gamme la plus large possible. C’est pour nous la meilleure façon de pouvoir nous démarquer de nos concurrents de l’Est qui affichent des coûts salariaux de 6 à 7 fois moindres.
Nous sommes fort heureusement dans un contexte où les produits français reprennent du « poil de la bête » dans le rayon « produits frais » des GMS.
J’ai moi-même toujours pensé que le principal handicap des produits hollandais était leur étiquette « origine Hollande ». Nos clients distributeurs en sont de plus en plus conscients.
 

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