Alain Le Floch, président du conseil de gérance de Vivescia Industries et directeur général du groupe Vivescia
Expliquez-nous à quel objectif répondait l'ouverture du capital de Vivescia Industries (ex-Siclaé) en 2010 ?
Alain Le Floch : L'objectif de cette augmentation de capital était double. Augmenter les fonds propres de Siclaé, devenu aujourd'hui Vivescia Industries et surtout permettre aux adhérents et aux salariés des coopératives actionnaires d'entrer au capital du groupe. Sur les 80 millions d'euros recueillis, de l'ordre de 11 millions ont été souscrit par des particuliers, qui comptent parmi les adhérents et les salariés du groupe Vivescia et le solde par les coopératives agricoles régionales et des investisseurs financiers.
Ce qui nous a toujours guidé et qui nous guide encore aujourd'hui, c'est que la grande majorité des actionnaires de Vivescia Industries sont des coopératives du quart nord-est de la France. Notre ambition commune est de permettre aux agriculteurs de capter la valeur ajoutée créée par la valorisation de leurs céréales dans les activités de transformation de Vivescia Industries (meunerie-BVP(1) , malterie, amidonnerie, maïserie, nutrition animale et biotechnologies du végétal). Ils peuvent capter une partie de cette valeur par les dividendes qui leur sont reversés par leur coopérative. Mais notre ob-jectif à travers cette ouverture du capital était de rémunérer le capital des activités industrielles, avec évidemment un sens plus particulier que dans une société ano-nyme classique compte tenu du lien que nous avons avec nos adhérents.
Nous pensons qu'il est bien et même nécessaire que les adhérents puissent accéder à cette création de valeur. Et la seule façon pour eux d'en bénéficier, c'est de devenir actionnaires directs des outils industriels développés par leur coopérative. Toutes nos opérations depuis cette date poursuivent cet objectif de renforcer le lien entre leur production et la transformation réalisée par Vivescia Industries. Notre leitmotiv est « tous actionnaires ». Et depuis six ans que nous sommes engagés dans cette ambition de faire adhérer le plus grand nombre d'agriculteurs et de salariés à notre projet, nous finissons par penser que nous allons toucher notre but.
Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
A. F. : Et bien nous avons lancé il y a trois ans une émission d'obligations convertibles en actions, à laquelle la coopérative Vivescia a souscrit et depuis cette date nous proposons à nos sociétaires de recevoir leurs ristournes et leurs dividendes sous formes d'obligations convertibles. Entre 1500 et 1600 adhérents ont répondu favorablement à cette initiative depuis que nous l'avons lancée. Nous gagnons environ 600 à 700 nouveaux porteurs d'obligations chaque année. La deuxième chose, c'est que les résultats financiers sont bien orientés, ce qui ne peut que favoriser durablement la confiance des actionnaires. Vivescia Industries compte aujourd'hui 5 000 investisseurs individuels (contre 2 300 en 2010) sur 10 000 adhérents(2). C'est déjà une très belle progression.
Vous avez d'autres projets de financement ?
A. F. : Nous venons de boucler le refinancement de notre pôle industriel. L'objectif de cette opération financière, appelée VIF (Vivescia Industries Finances) est triple : sé-curiser le financement de ses métiers industriels pour les années à venir en le centralisant sur la holding du pôle, Vivescia Industries ; allonger la maturité de ces financements ; et enfin, diversifier les sources de financement en recourant pour la première fois au placement privé, avec l'émission d'un emprunt Schuldschein (entre 5 et 10 ans) auprès d'une clientèle d'investisseurs internationaux. Le montant total de cette opération est de 470 millions d'euros.
Et pourquoi ne pas avoir fait le choix d'introduire Vivescia Industries en Bourse ?
A. F. : Parce qu'il faut le temps de l'apprentissage. Une introduction en Bourse fait partie de nos réflexions, mais nous n'avons pas fixé d'horizon. Dans tout ce que l'on essaye de faire, il y a toujours un équilibre à préserver. Nous voulons un accès aux capitaux pour accroître le développement du groupe, mais nous voulons aussi pouvoir entraîner nos adhérents avec nous, tout en leur offrant une contrepartie. Nous leur faisons une promesse de rendement et l'accès à la création de valeur leur est donné par la liquidité. La Bourse n'est pas un sujet tabou, c'est une façon de lever des capitaux et d'asseoir le développement de nos entreprises. C'est aussi une façon d'accroître la liquidité du titre de Vivescia Industries.
Le problème de la liquidité est donc une vraie question ?
A. F. : En effet, parce que plus nous offrons à nos adhérents la possibilité de devenir actionnaires, plus finalement nous nous engageons vis-à-vis d'eux. Aujourd'hui, le titre est valorisé deux fois par an par un expert indépendant (le cabinet Mazars, NDLR), en novembre à mi-parcours de l'exercice et en mai avant la clôture des comptes annuels. Derrière cette valorisation, nous avons une plate-forme d'échange, qui est ouverte deux fois par an pendant un mois, sur laquelle les particuliers peuvent vendre et acheter des titres sur la base du dernier cours. Certes la liquidité existe, mais elle est extrêmement réduite en fait.
Et justement, qu'en est-il côté rendement ?
A. F. : Nous regardons le rendement global de l'action à travers le TSR (Total Shareholder Return(3)) plutôt sur trois ans que sur un an, parce que nous sommes des gens de moyen terme. Entre 2010 et 2013, le TSR cumulé sur trois ans était de 5 %. Il n'a cessé de progresser pour atteindre 29 % sur la période 2013/2014/2015. C'est quelque chose dont nous sommes très fiers. Depuis le début, le TSR moyen annuel sur trois ans est d'un peu moins de 10 %, ce qui est un très bon niveau de performance. Et si l'on compare le niveau du titre par rapport au CAC 40, l'action Vivescia Industries a toujours surperformé l'indice. Vivescia Industries est donc un bon coureur de fond.
Quels sont vos objectifs à moyen terme ?
A. F. : Nous avons trois horizons d'objectifs. Les deux premiers sont des objectifs de performance et le troisième, de croissance. Notre premier objectif de performance est d'amener la valeur du titre d'ici à juin 2017 au-dessus de 30 euros et le deuxième élément de rendement est de verser, d'ici à 2020, un dividende de 1 euro (contre 0,35 euro actuellement). Le but est d'offrir un rendement d'environ 2,5 %.
Enfin, le troisième objectif, de croissance cette fois, est de faire en sorte qu'à l'horizon 2025 nos activités industrielles pèsent 4 milliards d'euros (contre 2,3 milliards d'euros en 2014/2015 NLDR) tout en générant une marge d'Ebitda de l'ordre de 10 % (6,3 % en 2014/2015 NDLR). Mais surtout, nous avons un autre objectif, très ambitieux qui est d'augmenter significativement notre part d'activité en dehors de l'Union européenne. Aujourd'hui, la part du chiffre d'affaires hors UE s'élève à 27 %, nous souhaitons la faire passer à 50 %, essentiellement sur ce que nous appelons la grande Asie, c'est-à-dire l'Asie du Sud-Est, la Chine et l'Inde, où nous avons de vraies opportunités de développement pour nos activités.
(1) BVP : Boulangerie-Viennoiserie-Pâtisserie (2) Le capital de Vivescia Industries est détenu par 18 coopératives, dont Vivescia, majoritaire avec 57,64%, les financiers Unigrains (2,27 %) et BPIfrance (11,33%) et 5 000 porteurs individuels (3,09 %). (3) TSR : taux de rentabilité d'une action sur une période donnée. Le ratio est établi entre (dividendes distribués par action + plus-value du titre) et la valeur initiale du titre en début de période.