Renaud de Kerpoisson, président-fondateur de la société de conseil ODA, analyse les conséquences du Brexit. Ce vote britannique pour quitter l’UE agite les marchés, une volatilité qui donnera des opportunités pour vendre les récoltes, d’après lui.
Quelles vont être les conséquences du Brexit sur les marchés agricoles ?
En ce qui concerne les marchés agricoles, il est difficile de dire ce qui va se passer dans les prochains jours et les prochaines semaines. Notre analyse a jusqu’alors été très prudente et va le rester. Une chose est sûre, des mouvements forts vont se maintenir à court terme sur les marchés des actions et des monnaies, entraînant dans leur sillage les commodités. L’euro a certes décroché par rapport au dollar mais la livre sterling encore plus. Résultat, les céréaliers britanniques auront une meilleure compétitivité. L’impact de la dévaluation ne se mesurera pas en termes de développement : la production est déjà au taquet. C’est par un redressement de leur santé financière que les exploitations outre-Manche sortiront gagnantes du Brexit.
Combien de temps cette volatilité va-t-elle s’exprimer ?
ODA voit des marchés agricoles plutôt haussiers
Probablement des semaines. Le phénomène est habituel à cette époque de l’année, on parle de « weather market ». Cette volatilité devra être mise à profit pour marquer des prix lorsque les opportunités se présenteront. Au Royaume-Uni, dans la zone euro, nous allons assister au moins temporairement à un affaiblissement des monnaies. La dévaluation aura pour conséquence de soutenir nos marchés agricoles dans un contexte de marchés boursiers baissiers. Si ce repli est très fort sur les marchés financiers, il faudra que les affaiblissements des monnaies le soient d’autant pour que les commodités ne se contractent pas à court terme. Mais tôt ou tard, les fondamentaux des marchés agricoles s’exprimeront.
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Que faire sur le plan de la stratégie de commercialisation ?
Le message est de ne pas s’affoler. Nous voyons, à l’inverse des autres analystes, des marchés agricoles plutôt haussiers compte tenu du niveau de la demande, des productions certainement décevantes en Europe et d’un stock mondial de céréales certes important mais concentré sur la Chine. La demande mondiale est très forte en soja, en blé fourrager. Si la France expédie en ce moment vers l’Asie, c’est que les pays destinataires réexportent vers la Chine, où le porc connaît une flambée des prix. ODA a largement conseillé aux éleveurs de couvrir les consommations et peu engager les récoltes en zone euro. Raison principale : un chiffrage des rendements que nous attendons en baisse dans les prochains jours. Et il faudra, comme l’an passé, attendre les résultats des moissons au fil de l’eau pour prendre position.
Unanimité des organisations agricoles : il faut repenser l’Europe
Les organisations agricoles ont réagi en nombre après l’annonce des résultats du référendum britannique, le 24 juin. Après la FNSEA, les chambres d’agriculture, les Jeunes agriculteurs et la Coordination Rurale se sont exprimés sur le sujet, analysant ce résultat comme le témoignage de la crise que traverse une Union européenne à bout de souffle. L’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) voit dans le Brexit « la plus mauvaise nouvelle pour l’Europe depuis la Seconde guerre mondiale ». Elle déplore, pour « l’Europe agricole et la France », la « forte incertitude pour l’avenir » qui découle de cet événement et s’interroge sur les conséquences pour la Pac actuelle et post-2020. Les chambres restent cependant convaincues que « les relations commerciales entre la France et le Royaume-Uni doivent perdurer dans l’intérêt des deux pays ». Plus largement, Guy Vasseur, président de l’APCA, demande de « revoir les fondations de l’Europe pour répondre aux aspirations des peuples européens ».
Pour Jérémy Decerle, président des Jeunes Agriculteurs, le vote des Britanniques est l’« ultime signal d’une profonde crise politique ». Insistant sur « la nécessité de notre appartenance à l’Europe », il appelle à « un sursaut européen pour construire une nouvelle Europe, plus ambitieuse, démocratique et moins bureaucrate ».
Même son de cloche à la Coordination Rurale, qui estime que le résultat du référendum exprime « une volonté (des Britanniques) de reprendre politiquement le pouvoir, pour ne plus le laisser à une instance technocratique telle que la Commission européenne ». Le syndicat demande à l’Union européenne de « se réformer dans le respect de la volonté des citoyens » et appelle la Commission à « retrouver sa place de coordinatrice plutôt que de décideuse ». La CR s’inquiète par ailleurs de l’avenir des agriculteurs britanniques « sous perfusion des aides de la Pac ».
BB