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Produits laitiers/Difficultés Unicopa lance un cri d’alarme sur le dossier Entremont Alliance

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Les dirigeants d’Eolys (groupe Unicopa) ont lancé un appel solennel, le 15 juin, aux pouvoirs publics et aux acteurs français du paysage laitier, sur le dossier Entremont Alliance. Les producteurs de lait fournisseurs de l’entreprise s’inquiètent de ses pertes qui l’empêchent de respecter l’accord sur le prix du lait et souhaitent qu’un outil de gestion collective des excédents soit créé avec d’autres groupes laitiers ainsi qu’une caisse de péréquation. De son côté, le CIRI étudierait plusieurs solutions de reprise ou d’alliances pour éviter un effondrement du groupe.

Le groupe fromager Entremont Alliance, filiale commune de la CNP (Albert Frère) et d’Unicopa, est fragilisé par l’effondrement du marché des beurres et poudres sur lequel il commercialise 40 % de sa production. Entremont Alliance a enregistré en 2008 un résultat courant négatif de 55 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 1,7 milliard d’euros (autour de 200 000 tonnes de fromages). Son endettement se situe à 376 millions d’euros. Pour réduire ses pertes, encore de 17 millions d’euros (résultat courant) sur le premier trimestre Entremont Alliance a décidé de ne pas appliquer le prix plancher de l’accord interprofessionnel signé début juin. Entremont Alliance rémunère ses producteurs 205 euros pour 1000 litres.

Contacts avec Sodiaal et Lactalis

Les 6000 producteurs de lait d’Entremont Alliance en Bretagne dont 2000 d’Eolys (1,6 milliard de litres de lait, soit 30 % de la production bretonne) ne pourront pas résister longtemps. « Les moyens d’Eolys ne permettent pas de traiter le différentiel de prix. Il faut une solution collective », souligne Yannick Perquis, administrateur d’Eolys. Les dirigeants d’Eolys demandent aux autres entreprises laitières de réfléchir à « la création d’un outil de gestion collective » des excédents de lait, c’est à dire les produits industriels. Cette structure collective permettrait de séparer la gestion des marchés des produits de grande consommation et celle des produits industriels. Des contacts ont été engagés avec différentes entreprises, notamment Sodiaal et Lactalis, selon le président d’Unicopa, Gilles Bars. La France transforme 20 % de son lait en produits industriels, la Bretagne 30 à 35 %. Le syndicalisme majoritaire a un projet dans ce sens.

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Pour une caisse nationale de péréquation

Les dirigeants d’Eolys réclament aussi « la mise en place d’une caisse de péréquation entre tous les producteurs de lait pour (…) limiter l’écart de prix entre producteurs livrant à différentes entreprises. » Et l’orientation de l’aide de l’Etat en direction des producteurs de lait dont le lait est payé en fonction des débouchés beurre poudre. Cette réorganisation de la filière accélérerait « la mise en place de la contractualisation en volumes et en prix (entre laiteries et producteurs) », précise Eolys. Ils rappellent qu’il y a 25 ans, Entremont et Unicopa ont massivement investi pour orienter leurs fabrications de beurres et poudres vers les fromages de pâte pressée cuite. « Si ces deux entreprises n’avaient pas réalisé ces investissements, la Bretagne n’aurait pas 30 % de produits industriels, mais 60 % », souligne Gilles Bars.

Il y a urgence, ajoutent les dirigeants d’Eolys. Car la chute d’un aussi gros opérateur laitier provoquerait une onde de choc sur l’ensemble de la filière qui devrait récupérer un fleuve de lait. Si le président Bars exclut tout dépôt de bilan d’Entremont Alliance, une évolution du capital du groupe n’est pas à exclure. Actuellement, la Compagnie nationale à portefeuille (groupe Albert Frère) détient 63,5 % du capital, Unicopa 36,5%. Selon une information donnée par Challenges.fr, le Comité interministériel de restructurations industrielles (CIRI) réfléchirait à trois solutions pour sauver Entremont Alliance : « Une reprise par le géant Lactalis, une intégration à la joint-venture fromagère de Sodiaal et Bongrain (avec l’appui des fonds Unigrains et Agroinvest), ou la transformation d’une partie des créances bancaires en capital », selon Challenges.fr. Joint au téléphone, le porte-parole d’Entremont Alliance n’a ni confirmé ni infirmé ces informations.