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Cession Yoplait vote pour Nestlé

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Le devenir du numéro deux mondial des produits laitiers frais n’a pas fini de faire couler de l’encre. L’offre de Lactalis à peine rejetée, Lucien Fa, directeur général de Yoplait, affichait sa préférence pour Nestlé dans un entretien au journal suisse Le Matin Dimanche. Si la liste des prétendants à la reprise ne cesse de s’allonger, la complexité du dossier demeure. Du fait du poids de Sodiaal et de General Mills notamment.

L’offre de 1,4 Md EUR déposée par Lactalis la semaine dernière aura eu le mérite de préciser les positions des uns et des autres. Dans l’idéal, le groupe mayennais se verrait bien contrôler 100 % de Yoplait, même si, gage de sa bonne foi, il se dit prêt à associer Sodiaal à la gestion de la marque et à maintenir les contrats d’approvisionnements laitiers avec le groupe coopératif dans les mêmes conditions. Cette offre qui « donnerait naissance à un grand champion français du secteur de l’industrie laitière au niveau mondial » a été rejetée en bloc par PAI Partners et Sodiaal. Les deux actionnaires clarifient officiellement la position de Sodiaal au passage : « Le nouveau partenaire détiendra, aux côtés de Sodiaal, le co-contrôle (50-50) de la société de marque et le contrôle majoritaire de la société opérationnelle », indique un communiqué conjoint. Et lancent les enchères : « Le prix proposé par le groupe Lactalis ne reflète ni la valeur intrinsèque et stratégique de Yoplait, ni ses perspectives de croissance. » Chez Lactalis, on prend acte, on ne s’attendait pas, après tout, à ce que la première offre soit la bonne, et on continue à jouer la carte de l’offre patriotique, argument d’autant plus sensible que le secteur laitier est très politique, la reprise d’Entremont l’aura prouvé.

« Le candidat idéal »

Mais au groupe mayennais, Yoplait préfère son partenaire suisse, Nestlé, que Lucien Fa a qualifié de candidat idéal dans un entretien au Matin Dimanche. Pour lui, Yoplait a désormais besoin d’un actionnaire capable « d’investir bien au-delà de l’actuelle capacité à générer du cash flow ». Et il voit en Nestlé « le candidat idéal. Il a l’argent, les structures, les hommes. Il est partout et partage aussi le souci de produits bons pour la santé. »

Le nom de Nestlé figure fréquemment dans la liste des prétendants au contrôle de Yoplait. General Mills, Unilever, Lala, Pepsico, Kraft, Coca Cola, Arla Foods ou encore Parmalat ont également été évoqués. Selon le JDD, le chinois Mengniu Dairy serait intéressé. Ce géant des produits laitiers avait tenté de s’associer à Danone en 2006, avant d’abandonner le projet un an plus tard. Le titre avance également le nom du fonds d’investissement américain Kohlberg Kravis & Roberts (KKR) déjà présent en France dans Tarkett (leader mondial du revêtement pour sols), Legrand (matériel électrique) et le groupe d’annuaires PagesJaunes.
Le dossier Yoplait est compliqué. Parce que le repreneur devra composer avec Sodiaal. Mais aussi du fait du poids de General Mills. Le franchisé américain pèse la moitié des volumes de la marque à la petite fleur, mais contribuerait proportionnellement beaucoup moins à sa rentabilité. Yoplait a dénoncé son contrat de franchise avec General Mills en septembre dernier, dénonciation contestée par l’intéressé qui avait certainement pour ambition de rendre la mariée plus belle. D’autant que le marché américain est promis à un bel avenir. A 5 kg par an et par habitant, la consommation aux Etats-Unis est sept fois moindre qu’en France (voir graphique).

 

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La fin de l’ère de la franchise

Car le prix de Yoplait, Lucien Fa l’estime à 1,5 Md EUR, soit 12,5 fois l’Ebitda de la société. Certes, Yoplait a accompli un gros travail depuis 2002, doublant son chiffre d’affaires et redevenant bénéficiaire en net en 2007. L’entreprise emploie 1 400 personnes en Europe, dont 1250 en France et ses produits sont distribués sur 70 marchés (franchises, filiales, licences et export).
Mais le gros des volumes est toujours réalisé via les franchisés. Le groupe, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 891 M EUR en 2009, estime à 4 Mds EUR les ventes dans le monde (valeur en prix consommateur). Et de grands marchés comme l’Inde, la Chine ou le Brésil restent à développer.
Récemment, Yoplait a infléchi sa stratégie et a décidé d’intégrer voire de racheter certains franchisés. Cela a été le cas en 2009 avec la reprise des 49 % de Dairy Crest dans la joint venture Yoplait Dairy Crest. « Nous allons opérer une rupture avec le modèle du passé fondé sur le système de franchise, et approcher ces marchés en participant au contrôle des opérations, avec les partenaires locaux. Cela signifie de gros investissements, notamment pour la Chine et l’Inde, nos priorités », a expliqué Lucien Fa au Matin Dimanche.

Une place de numéro deux mondial à consolider

Cette perspective de mieux maîtriser l’activité à l’international explique évidemment l’intérêt que pourrait porter à Yoplait un acteur tel que Nestlé, mais aussi les ambitions de la marque. Les produits laitiers sont un marché en croissance et la marque à la petite fleur, tout en bénéficiant d’une bonne notoriété, offre encore des perspectives de développement intéressantes. Si elle a récemment opté pour un développement international par investissement direct après s’être appuyé sur un système de franchise, il peut encore être largement être approfondi. L’investissement, s’il est suffisant, pourra donc permettre au repreneur de la part de PAI de consolider le rang de Yoplait comme numéro deux des produits laitiers frais dans le monde. Yoplait, avec 7 % de parts de marché, est devancé de loin par Danone (21 %) mais précède Yakult (4 %) et Nestlé (3,5 %). Reste que pour prendre les 50 % de PAI justement, il faudrait, selon Lucien Fa, débourser 750 M EUR, s’accommoder de la présence de Sodiaal au capital, et, peut-être, d’un franchisé de poids avec General Mills (la remise en cause du contrat de licence est en cours d’arbitrage).
Les choses se compliquent encore un peu dans le cas de Nestlé. Le groupe suisse s’est désengagé des produits laitiers frais en 2006 en créant une filiale, Lactalis Nestlé Produits Frais, détenue à 60 % par Lactalis. Le chiffre d’affaires de cette activité représente environ 1,5 Md EUR. Si Nestlé mettait la main sur Yoplait, qu’adviendrait-il de ce partenariat ?