Agrafil du 11 août 2025

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Acétamipride : le ministre de la Santé veut une « réévaluation » au niveau européen

Au lendemain de la censure de la réintroduction de l’acétamipride par le Conseil constitutionnel, le ministre chargé de la Santé Yannick Neuder a appelé le 8 août à « une réévaluation par les autorités sanitaires européennes, sans délai, de l’impact sanitaire » de cet insecticide. « Il s’agit bien de mettre la France au même niveau de principe de précaution que les autres pays européens » (qui autorisent tous cette molécule), a-t-il fait valoir dans un entretien sur France Inter. Et le ministre d’ajouter que « s’il y a un impact sur la santé humaine, il faudra naturellement interdire ce produit » dans toute l’UE. « Il y a des études en cours sur notamment le rôle perturbateur endocrinien potentiel ou neurotoxique » de cet insecticide néonicotinoïde, rappelle M. Neuder. Le 7 août, le Conseil constitutionnel a censuré la dérogation à l’interdiction de l’acétamipride prévue par la proposition de loi (PPL) Entraves, tout en validant l’essentiel du reste du texte. « Le Conseil constitutionnel a retoqué sur des données de santé animale et d’impact environnemental », mais pas en lien avec la santé humaine, considère Yannick Neuder. Dans leur décision, les Sages ont tout de même rappelé que les néonicotinoïdes présentent « des risques pour la santé humaine ». [Lire notre article sur la décision du Conseil constitutionnel]

Acétamipride : Genevard « prend acte » et se place sur le terrain européen

Dans un communiqué du 8 août, la ministre de l’Agriculture indique qu’elle « prend acte » de la décision du Conseil constitutionnel de censurer la réintroduction de l’acétamipride prévue dans la proposition de loi (PPL) Entraves. Annie Genevard déplore une « surtransposition par rapport au droit européen », cet insecticide de la famille des néonicotinoïdes étant autorisé dans les autres États membres jusqu’en 2033. Et la ministre d’ajouter qu’elle veut « poursuivre le travail auprès de la Commission européenne pour avancer vers une harmonisation des règles phytopharmaceutiques en Europe ». Son but ? « Que les décisions soient prises au niveau européen et non plus au niveau national. » La locataire de la Rue de Varenne souligne qu’elle a déjà reçu « le soutien d’une dizaine d’États membres » et qu’elle compte inscrire ce sujet « à l’ordre du jour des prochains Conseils européens ». Au niveau français, la ministre veut « accélérer les transitions vers des alternatives » aux néonicotinoïdes. « Certaines filières, comme la noisette, sont menacées », insiste Annie Genevard. « J’ai demandé à l’Inrae d’identifier les productions en danger. Les résultats seront rendus à la rentrée », prévoit-elle.

Acétamipride : les demandes des producteurs de pommes et de betteraves après la censure

Réagissant à la censure par le Conseil constitutionnel de la réintroduction de l’acétamipride, l’association nationale des producteurs de pommes et poires (ANPP) demande au gouvernement « d’activer la procédure de sauvegarde prévue à l’article 36 du Traité de Rome ». Ce mécanisme permet de bloquer les importations en provenance d’autres États membres pour différentes raisons, dont la « protection de la santé et de la vie des personnes ». Un motif évoqué entre autres par le Conseil constitutionnel dans sa décision. Alors que la France est la seule en Europe à avoir interdit l’acétamipride, cet article permettrait « d’interdire l’importation de produits agricoles et alimentaires issus de pays de l’UE qui ont le droit d’utiliser ces matières actives », selon le communiqué de l'ANPP. Ces dernières années, l’article 36 a déjà été utilisé pour l’ESB et le dioxyde de titane, précise son directeur Pierre Venteau à Agra Presse. De son côté, la CGB (betteraviers, FNSEA) demande par communiqué « des mesures drastiques de sauvegarde pour éviter un effondrement des filières concernées » : indemnisation des pertes causées par la jaunisse ; investissement dans la recherche d’alternatives ; et « un projet de loi adapté pour chaque filière concernée pour répondre à « l’encadrement insuffisant » du dispositif de la loi Duplomb soulevé par le Conseil constitutionnel ».

Vin blanc : la filière cognac prévoit des excédents dans la moyenne basse

Pour la vendange 2025, les viticulteurs de l’aire d’appellation cognac prévoient d’affecter 3 500 ha (sur un total d’environ 90 000 ha) à la production de vins sans indication géographique (IG), indique Anthony Brun, président de l'union des viticulteurs de l'AOC. Issu des déclarations des vignerons clôturées au 31 juillet, ce niveau se place dans la fourchette basse des dernières années, a-t-il précisé le 6 août à Agra Presse : « On est bien en-dessous de 2023 et des années précédentes, où plus de 4 000 ha avaient été affectés aux vins sans IG ». Selon lui, seule la vendange 2024 se situait à un niveau inférieur. Pour M. Brun, par ailleurs représentant des viticulteurs au BNIC (interprofession), l’incertitude géopolitique « pèse sur le négoce, puis se répercute rapidement sur les viticulteurs qui voient leurs contrats d’achat baisser ». Par ailleurs, note ce producteur, « les premières prévisions de récolte s’annoncent dans la moyenne basse, avec des symptômes de sécheresse par endroits, un faible nombre de grappes et parfois de petites grappes ». « Nous allons continuer à travailler pour que nos excédents perturbent le moins possible les marchés » des autres vins blancs, ajoute-t-il, rappelant que la filière vise « des marchés très spécifiques » (jus de raisin industriel, vins de base).

Vins : l’AOP médoc intègre les blancs, une production « confidentielle mais qualitative »

« Le comité des appellations viticoles de l’Inao a validé l’introduction des vins blancs au sein de l’AOP médoc », annonce l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité) dans un communiqué le 5 août. Le même jour est paru au Journal officiel l’arrêté homologuant le nouveau cahier des charges de l’appellation, qui encadre à la fois les vins tranquilles rouges et blancs. « Cette reconnaissance vient valoriser une production confidentielle mais qualitative, représentant moins de 2 % des volumes médocains », précise le communiqué de l’Inao. Il y est rappelé que 16 000 hectolitres de vin blanc étaient produits dans le Médoc en 1929, avant de décliner jusqu’à 1 800 hl en 1969. Les cépages sont le sauvignon blanc (fortement prédominant), le sauvignon gris et le sémillon blanc. D’après l’organisme public, les blancs du Médoc « se distinguent par leur fraîcheur, leur minéralité et leur richesse aromatique », avec « des notes d’agrumes, de pêche, d’abricot ou encore de litchi, complétées par une élégante touche florale ». Un passage « en contenant de bois » est obligatoire pour « au moins 30 % du lot » pendant au moins trois mois. « La vinification et l’élaboration des vins sur lies en barriques renforcent leur structure et leur potentiel de vieillissement, allant jusqu’à dix ans », précise l’Inao.

Agroforesterie : deuxième appel à projets pour la filière semences et plants

Les ministères de la Transition écologique et de l’Agriculture lancent la deuxième édition de l’appel à projets en faveur de la filière graines et plants forestiers et agroforestiers, annoncent-ils dans un communiqué le 7 août. Ouvert jusqu’au 15 septembre, cet appel à projets vise à « soutenir la productivité » des pépiniéristes, entreprises de récolte ou de commercialisation de semences forestières et agroforestières. « La disponibilité en graines et en plants est en effet indispensable pour accompagner, d’une part, la dynamique de renouvellement et d’adaptation des forêts face au changement climatique, et d’autre part, les plantations de haies et d’arbres intra-parcellaires », souligne le gouvernement dans un communiqué. Parmi les structures éligibles figurent « les pépinières agroforestières bénéficiaires de la marque Végétal local ou équivalent au titre d’une production de plants ligneux, engagées dans une activité de production et/ou commercialisation de ces plants auprès d’agriculteurs », ainsi que « les entreprises de production de semences agroforestières dont l’activité couvre la récolte ou la commercialisation auprès d’agriculteurs de ces dernières », détaille le cahier des charges. Lancée en juillet 2024, la première édition avait soutenu 50 lauréats pour 7,6 M€ d’aides.

Biodiversité : la mort de papillons monarques probablement due aux pesticides (étude)

D'après une étude publiée le 28 juin par Oxford Academic, la mortalité massive de papillons monarques en Californie en janvier 2024 « a probablement été causée par l’exposition aux pesticides », rapporte The Guardian dans un article le 1er août. Il y a un an et demi, des chercheurs avaient découvert « plusieurs centaines de papillons morts ou mourants » près d’un site d’hivernage. L’analyse de dix insectes morts révèle que chacun contient en moyenne sept pesticides, à des niveaux suspectés d’être mortels. Pour les chercheurs, cette découverte est significative malgré la petite taille de l’échantillon. « Cet incident nous a donné une occasion rare de documenter directement l'exposition aux pesticides et ses effets sur les monarques dans le monde réel », déclare l’entomologiste Staci Cibotti. En outre, tous les papillons analysés présentent des niveaux élevés de trois insecticides de la famille des pyréthrinoïdes, une classe de pesticides très utilisée sur les terres agricoles et dans les jardins de Californie. Dans certaines régions des États-Unis, jusqu’à 90 % de la population de papillons monarques a disparu ces dernières décennies. Les causes principales seraient les pesticides, la crise climatique et la perte de leurs habitats.

À nos abonnés : possible ralentissement des parutions en période estivale

En raison du ralentissement de l'actualité en période estivale, l'Agrafil et les Agra Lives pourront être diffusés à un rythme légèrement moins soutenu jusqu'à la fin du mois d'août. En vous remerciant de votre compréhension.