Loi Entraves : Emmanuel Macron promulgue le texte, sans l’acétamipride
Comme annoncé, le président de la République a promulgué la loi Entraves le 11 août, moins d’une semaine après sa censure partielle par le Conseil constitutionnel. La loi « visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur » est donc parue au Journal officiel le 12 août, expurgée par les Sages de la rue Montpensier de sa mesure la plus polémique : la réintroduction de l’acétamipride. Alors que cet insecticide de la famille des néonicotinoïdes est autorisé dans le reste de l’UE, la FNSEA réclame déjà un nouveau texte pour déroger à son interdiction en France. Le Conseil constitutionnel a validé quasiment tout le reste de la loi : fin de la séparation vente/conseil des pesticides, assouplissements des enquêtes publiques pour les ICPE en élevage, recours pour l’assurance des prairies, stockage de l’eau considéré comme « d’intérêt général majeur », etc. Conçue comme une réponse au mouvement de colère agricole de l’hiver 2023-2024, la loi Entraves avait été déposée par les sénateurs Laurent Duplomb (LR, Haute-Loire) et Franck Menonville (centriste, Meuse). En juillet, une pétition demandant son abrogation a recueilli plus de deux millions de signatures sur le site de l’Assemblée nationale. La présidente du Palais-Bourbon, Yaël Braun-Pivet, s’est dite « favorable » à un débat dans l’hémicycle à la rentrée. [Lire notre dossier sur la PPL Entraves]
Acétamipride : la Conf’ demande l'application d'une « clause de sauvegarde »
« La France doit mettre en place une clause de sauvegarde pour interdire l’importation de produits traités avec de l’acétamipride », demande la Confédération paysanne dans un communiqué le 12 août. Se réjouissant du maintien de l’interdiction de cet insecticide néonicotinoïde en France à la suite de la décision du Conseil constitutionnel sur la PPL Entraves, le syndicat minoritaire estime toutefois qu’il faut « protéger la production française et notre santé » par « une régulation du marché », étant donné que l’acétamipride est autorisé dans le reste de l’Union européenne et à l’international. « Cette mesure permettrait un sursaut des prix, atténuant les conséquences des pertes de rendement liées à la non-utilisation de ce pesticide », estime le syndicat. La Conf rappelle qu’une telle clause avait été instaurée en 2016 pour interdire l’importation de cerises traitées au diméthoate, avec succès puisqu’elle « n’avait à l’époque déclenché aucune guerre commerciale ». Cette clause avait finalement débouché sur l’interdiction du diméthoate dans l’UE en 2019 et l’abaissement des limites maximales de résidus (LMR) à zéro sur les produits de pays tiers importés dans l’UE, en 2020. Pour rappel, le 10 août, l’association nationale des producteurs de pommes et poires (ANPP) a demandé au gouvernement l’activation de « la procédure de sauvegarde » pour bloquer les importations en provenance d’États membres utilisant l’acétamipride.
Loi Entraves/porc : des dizaines de projets vont sortir des cartons (syndicat)
Le Conseil constitutionnel n’ayant pas censuré l’article 3 de la proposition de loi Entraves sur les procédures ICPE en élevage, plusieurs dizaines de dossiers en production porcine pourraient être déposés ces prochains mois, selon le directeur de la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA) Éric Thébault, interrogé le 8 août par Agra Presse. C’est le cas de projets soumis à enquête publique (au titre de la loi Industrie verte) qui attendent de bénéficier de la dérogation consistant à remplacer la réunion publique par une permanence organisée par le commissaire ou la commission d’enquête. Quant aux projets de plus grande échelle soumis à autorisation ICPE (installations classées pour l’environnement), quelques autres dizaines ne nécessiteront plus d’étude d’impact environnemental dès que les seuils seront relevés au niveau européen, soit à compter de septembre 2026 (avec la révision de la directive européenne IED). Comme le souligne Éric Thébault, « par définition, les bâtiments neufs ne présentent pas de risques pour l’environnement et offre de bonnes conditions de travail et d’élevage ». Par ailleurs, ajoute-t-il, « souvent, les prescriptions [des administrations] pour dossiers d’enregistrement sont proches des dossiers d’autorisation [ICPE] ».
FCO : l’Ouest confronté à une hausse rapide du nombre de foyers
Selon le dernier bilan du ministère de l‘Agriculture, arrêté au 7 août, la France compte 2 096 foyers de fièvre catarrhale ovine (FCO) de sérotype 3, soit un quasi-doublement en une semaine. Le sérotype 8 progresse moins vite, avec tout de même plus de 300 nouveaux cas en une semaine, pour un total de 1 377 foyers. L’Ouest – où les animaux, non exposés à la maladie l’année dernière, n’ont pas pu développer une immunité naturelle – est en première ligne. Les départements les plus touchés par la FCO-3 sont l’Ille-et-Vilaine (453 cas), la Manche (404 cas) et la Mayenne (232 cas). Pour la FCO-8, il s’agit du Morbihan (431 cas) et des Pyrénées-Atlantiques (338 cas). En Bretagne, le Cropsav, qui réunit administration et professionnels, « recommande la suspension des rassemblements de bovins, ovins et caprins lors des comices », apprend-on sur le site de la fédération régionale des GDS (groupements de défense sanitaire). « Il est encore temps de vacciner », insistent encore les GDS, alors qu’une campagne de vaccination est en cours pour la FCO-8, afin de protéger gratuitement sept millions d’ovins. En revanche, la maladie hémorragique épizootique (MHE), véhiculée par les mêmes moucherons que la FCO, n’a provoqué que deux foyers depuis le 1er juin, contre 3 906 entre juin 2024 et juin 2025.
Bovins/DNC : 70 % des animaux vaccinés, 1,2 M€ d’acomptes versés (ministère)
« Plus de 70 % des bovins » présents dans la zone réglementée autour des foyers de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ont été vaccinés, indique le ministère de l’Agriculture dans un communiqué le 12 août. « L’immunisation des bovins de la zone commence à se mettre en place » (21 jours après injection), précise la Rue de Varenne, alors que la campagne de vaccination obligatoire avait commencé le 18 juillet. Le dernier bilan arrêté au 11 août fait état de 74 foyers dans 39 élevages, sans extension géographique – la maladie reste cantonnée à la Savoie et à la Haute-Savoie. « Depuis le 22 juillet, la zone réglementée n’a pas évolué », rappelle le ministère, « ce qui traduit une absence de propagation de la maladie ». Par ailleurs, « l'État a mis en place le versement d'un premier acompte » d’indemnisations sanitaires (abattages sur ordre de l’administration), pour « plus de 1,2 M€ ». Alors que la Confédération paysanne et la Coordination rurale refusent l’abattage total des lots d’animaux touchés, le ministère rappelle « les trois piliers » de la lutte contre la DNC : restriction des mouvements d’animaux, vaccination et « dépeuplement de l’ensemble des bovins infectés. » Conformément au droit européen, « l’objectif demeure l’éradication rapide et totale de la maladie ».
Incendie dans l’Aude : Genevard attendue sur place jeudi, vigilance toujours « maximale »
Après François Bayrou le 6 août, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard se rendra jeudi 14 août dans l’Aude, où l’incendie hors normes qui a ravagé le massif des Corbières est « maîtrisé » depuis le 10 août. « La vigilance reste maximale sur le secteur, compte tenu des conditions météo qui restent difficiles, et notamment de notre vigilance canicule rouge, qui devrait se prolonger jusqu'au moins demain soir » (mercredi13 août, NDLR), a déclaré la secrétaire générale de la préfecture, Lucie Roesch, à l'AFP. Le feu a fait 26 victimes (dont une personne décédée) et parcouru 16 000 ha (surtout de la forêt), dont 2 000 ha de terres agricoles, selon un communiqué de la préfecture. Entre 800 et 900 ha de vignes ont été touchés. La chambre d’agriculture de l’Aude a mis en place un « dispositif d’accompagnement d’urgence », avec un « numéro d’écoute et de recensement », un formulaire sur internet pour recenser les dégâts, ainsi que des permanences à la mairie de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, la commune la plus touchée. Dans un communiqué cité par nos confrères de Réussir, la chambre rappelle que « les incendies ne sont pas reconnus comme calamités agricoles ». Elle appelle donc les agriculteurs sinistrés à « porter plainte contre X auprès de la gendarmerie et à effectuer une déclaration auprès de leur assureur, à titre conservatoire ».
Betterave sucrière : un potentiel de récolte « élevé », la jaunisse peu répandue (institut)
Au moment où une forte canicule s’étend, la récolte de betterave sucrière s’annonce prometteuse compte tenu d’une jaunisse peu présente. Les conditions sont « très favorables à la productivité » de la betterave, selon un bulletin de l'ITB (institut technique) publié le 6 août. « Le potentiel (de rendement) est élevé, et la jaunisse apparaît comme le principal facteur limitant pour l’instant, cantonné à quelques territoires », déclare la directrice du département technique et scientifique Fabienne Maupas, citée par nos confrères de Réussir Grandes cultures. Le Nord, le Pas-de-Calais, l’Aisne et la Seine-Maritime sont relativement épargnés par la jaunisse en 2025. Les symptômes ne dépassent pas 5 % de la surface des parcelles les plus touchées, se manifestant généralement par quelques betteraves isolées ou des foyers très limités, sans impact sur la productivité, d’après l’ITB. L’Île-de-France est le bassin le plus affecté, avec 20 % de parcelles présentant des symptômes sur plus d’un quart de leur surface. Viennent ensuite la Champagne et le Centre-Val de Loire, avec 10 % de parcelles touchées dans les mêmes proportions. L’Eure, l’Oise et la Somme se situent dans une situation intermédiaire.
Colza : Terres Inovia conseille d’attendre la prochaine pluie significative avant de semer
Les semis et les levées précoces des colzas constituent un levier efficace pour contourner les attaques d’insectes à l’automne et notamment celles des adultes de grosses altises. Mais cette année, alors que les cumuls de pluie restent très bas depuis la récolte des céréales et que la météo annonce de fortes températures, Terres Inovia alerte sur les risques de mettre en place une telle stratégie. L’institut technique dresse, dans une note parue le 4 août, un état des lieux par région et liste les éléments à prendre en compte avant de sortir le semoir. Quand les préparations de sol ont débuté tôt, les fortes chaleurs actuelles dessèchent le lit de semences. « Seules les parcelles prévues en semis direct ou travaillées tôt après la récolte du précédent, et roulées, maintiennent leur fraîcheur, dans la mesure où la pluviométrie a été suffisante », insiste l’institut. Il ajoute que « les semis de colza risquent aussi de stimuler la levée des repousses de céréales et ainsi, concurrencer les colzas, notamment dans un contexte de fortes températures et de faibles disponibilités en eau ». Selon les situations, le colza a besoin de 10 à 30 mm de précipitations pour lever. Mieux vaut donc attendre le prochain épisode pluvieux significatif pour viser une levée autour du 1er septembre et un stade « quatre feuilles » au 20 septembre. (Anne Gilet)
Oléagineux : la Chine inflige des droits de douane temporaires sur le canola canadien
La Chine va percevoir des droits de douane temporaires sur les importations en provenance du Canada de produits issus du canola, a annoncé le ministère du Commerce le 12 août, après une enquête ayant déterminé de façon préliminaire qu'il y avait dumping. En mars, Pékin avait déjà imposé une surtaxe de 100 % sur l'huile de canola canadienne, les pois et les tourteaux, utilisés pour l'alimentation animale. Une réponse à la décision d'Ottawa prise en 2024 d'imposer des droits de 100 % sur les véhicules électriques chinois. Le Canada est parmi les principaux producteurs mondiaux de canola (un oléagineux apparenté au colza), et la majorité de ses exportations vont aux États-Unis et à la Chine. Les autorités chinoises ont commencé à examiner les expéditions de canola canadien en septembre 2024. À partir de jeudi, les importations de canola canadien seront soumises à des droits de 75,8 %, à payer sous forme de « dépôt » pendant que les mesures sont finalisées, a-t-il ajouté. Le même jour, le ministère du Commerce de Pékin a annoncé une enquête anti-dumping sur les importations d'amidon de pois canadien.
Vin : vers une vendange « moyenne » en 2025 malgré 20 000 ha arrachés (ministère)
Selon les premières estimations, la production viticole française s’établirait entre 40 et 42,5 Mhl, un volume « proche de la moyenne quinquennale », a indiqué le 8 août le service statistique du ministère de l’Agriculture. Elle marquerait une nette hausse après les 37 Mhl de 2024, année proche des niveaux historiquement bas, et ce malgré des arrachages notamment sur plus de 20 000 ha dans trois vignobles. « Le début d’été, sec et chaud, a permis de limiter la pression des maladies, et aucun aléa météorologique majeur n’est à signaler à ce stade » (au 1er août, NDLR), d’après une note de conjoncture d'Agreste. Particulièrement favorisés, les bassins de Bourgogne, Champagne, Val de Loire et des Charentes voient une hausse significative de leur récolte. Dans le Bordelais, le Sud-Ouest ou le Languedoc-Roussillon, cette augmentation est atténuée par une baisse des surfaces, conséquence des plans d’arrachage. Plus de 20 000 ha ont ainsi été supprimés dans les trois vignobles depuis la dernière récolte. Le Bordelais connaît une pression mildiou nettement moindre qu’en 2024 et de meilleurs rendements permettraient d’atteindre le même niveau de récolte, malgré 8 000 ha arrachés. En Languedoc-Roussillon, la situation s’améliore, en particulier dans le Roussillon, qui a reçu des pluies. Malgré l’arrachage de plus de 10 000 ha sur un an, la vendange serait plus élevée qu’en 2024.
Tomates d’industrie : récolte attendue en hausse dans le nord de l'Italie
Les prévisions de récolte de tomates d’industrie sont meilleures que prévues en Italie, rapporte le site Tomato News le 11 août. Les volumes attendus s’élèvent à 5,8 millions de tonnes (Mt), au lieu des 5,6 Mt initialement prévues. Cette révision à la hausse concerne le cycle tardif dans le nord de l’Italie, où la récolte attendue passe « de 3 Mt à 3,2 Mt, sous réserve d'une météo favorable jusqu'à la fin de la récolte ». Par ailleurs, dans le nord, la récolte précoce « est presque terminée » avec 700 000 t récoltées au 3 août. La récolte de mi-saison « commence » tout juste, avec un pic attendu la semaine prochaine pour une durée de quinze jours. Dans le centre-sud du pays, la prévision de 2,6 Mt demeure inchangée. Les surfaces plantées sont « proches de celles de l’année dernière (-600 ha) ». Dans les Pouilles subsiste le problème de la disponibilité en eau « qui aura une incidence sur le volume de récolte de tomates allongées ».
Sécheresse : en Angleterre, une pénurie d'eau « d'importance nationale »
La pénurie d'eau en Angleterre a été classée comme « d'importance nationale », le pays ayant connu les six premiers mois de l'année les plus secs depuis 1976, a indiqué le 12 août l'Agence pour l'environnement (EA). Selon l'EA, cinq régions d'Angleterre sont touchées par la sécheresse, confrontées à une diminution des réserves d'eau et à une baisse des rendements agricoles. Le Groupe national sur la sécheresse, qui réunit le gouvernement, des représentants du secteur agricole et des compagnies des eaux, s'est réuni pour discuter de la situation. La vice-présidente de l'Union nationale des agriculteurs, Rachel Hallos, a fait part d'« une inquiétude croissante pour les mois à venir », les agriculteurs continuant à faire face à « des conditions de sécheresse extrême ». « Certaines exploitations signalent une baisse significative de leurs rendements, ce qui est financièrement dévastateur pour le secteur agricole et pourrait avoir des répercussions sur l'ensemble des récoltes au Royaume-Uni », a-t-elle ajouté. Les niveaux des réservoirs à travers l'Angleterre n'atteignaient ces derniers jours que 67,7 % de leur capacité, soit nettement moins que la moyenne pour une première semaine d'août, qui est de 80,5 %. Anticipant « une pénurie d'eau croissante au cours de la prochaine décennie », le gouvernement prévoit de construire de nouveaux réservoirs.
Observatoire des prix et des marges : trois nouveaux représentants au comité de pilotage (JO)
Via un décret paru au Journal officiel 9 août, le comité de pilotage de l’OFPM (Observatoire de la formation des prix et des marges alimentaires) s’enrichit de trois nouveaux membres. Parmi eux, le médiateur des relations commerciales agricoles (ou son représentant), ainsi qu’un « représentant de l’agriculture biologique ». Le troisième nouveau membre est un représentant supplémentaire pour les « associations nationales de consommateurs », qui occupaient jusque-là deux sièges. Le décret paru le 9 août ne mentionne pas les noms des représentants désignés, qui feront l’objet d’un texte ultérieur. L’OFPM produit chaque année un rapport sur les prix et les marges dans les filières alimentaires, qu’il présente au Parlement. Créé en 2010 par la loi de modernisation de l’agriculture, il est présidé par Sophie Devienne, professeure à AgroParisTech, qui a succédé en 2023 à l’économiste Philippe Chalmin.
À nos abonnés : possible ralentissement des parutions en période estivale
En raison du ralentissement de l'actualité en période estivale, l'Agrafil et les Agra Lives pourront être diffusés à un rythme légèrement moins soutenu jusqu'à la fin du mois d'août. En vous remerciant de votre compréhension.