Agrafil du 12 mai 2026

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Négociations commerciales : vers des discussions au cas par cas à défaut d’une réouverture

Les négociations commerciales entre fournisseurs et distributeurs pourraient donner lieu à des « discussions au cas par cas », plutôt qu’à une réouverture en bonne et due forme, pour répercuter les hausses de coûts (énergie, emballages, carburant, engrais...) entraînées par la guerre au Moyen-Orient. C’est ce qui est ressorti de la réunion tenue le 11 mai par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard et le ministre du Commerce Serge Papin pour « faire le point sur les hausses de certaines charges » avec les représentants des agriculteurs, des industriels et des distributeurs. Les transformateurs veulent également « des ajustements sur un certain nombre de produits », comme l’a déclaré Jean-Luc Duval, vice-président de la Coopération agricole, ou encore Jean-François Loiseau, président de l'Aania (industriels agroalimentaires), qui a indiqué : « Il ne s'agit pas de négocier mais de répercuter les hausses subies ». Jérôme Foucault, président de Pact’Alim, juge « urgent que les industriels puissent répercuter leurs hausses de coûts ». Tandis que Léonard Prunier (Feef) insiste sur la mise en place du tarif fournisseurs révisable pour les PME et ETI comme solution à la crise actuelle. Une cellule de crise a été mise en place au ministère du Commerce pour faire remonter les difficultés que pourraient rencontrer les parties prenantes.

Engrais : l’ONU travaille au déblocage du détroit d’Ormuz pour éviter une crise humanitaire

Dans un entretien accordé à l’AFP le 11 mai, Jorge Moreira da Silva, chef d’un groupe de travail de l’ONU chargé de faciliter le passage des engrais dans le détroit d’Ormuz, met en avant le risque d’une « crise humanitaire majeure » d’ici « quelques semaines » en raison du blocage de la voie maritime. « Nous pourrions assister à une crise qui plongera 45 millions de personnes supplémentaires dans la faim », a-t-il indiqué. Ce groupe de travail a été créé en mars à l’initiative du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Il a pour objectif de mettre en place un mécanisme qui permettrait le passage non seulement des engrais mais aussi de matières premières connexes, telles que l’ammoniac, le soufre et l’urée. Pour l’heure, Jorge Moreira da Silva dit avoir rencontré plus de 100 pays pour obtenir leur soutien, mais ceux impliquées dans le conflit ne sont pas encore convaincus. Il estime que le passage de cinq navires chargés d’engrais et de matières premières connexes par jour permettrait d’éviter une crise pour les agriculteurs. En cas d’accord, le mécanisme pourrait être opérationnel en sept jours, affirme-t-il. Mais même si le détroit rouvrait immédiatement, il faudrait, selon lui, trois à quatre mois pour un retour à la normale.

Prix du GNR : des agriculteurs de la CR mobilisés près de la raffinerie de Feyzin

Quelques dizaines d'agriculteurs de la Coordination rurale (CR) ont manifesté le 11 mai près de la raffinerie de Feyzin (Rhône), au sud de Lyon – sans la bloquer –, pour demander des aides supplémentaires au gouvernement face à la flambée des prix des carburants. Malgré un arrêté préfectoral d'interdiction, ils se sont réunis en pleine nuit avec une vingtaine de tracteurs et se sont positionnés près de la raffinerie Total avant le lever du jour. Après avoir contraint une poignée de camions-citernes à faire demi-tour, ils les ont laissé entrer, selon un journaliste de l'AFP sur place. Des CRS et des policiers ont été déployés aux alentours. La guerre au Moyen-Orient, « ça n'a pas loin de doubler le prix » du carburant, constate Mégane Grenouiller, agricultrice à Les-Côtes-d’Arey (Rhône), dans une période d’importants travaux agricoles (semis de cultures de printemps notamment). Le gouvernement a annoncé diverses mesures de soutien, jugées néanmoins insuffisantes par les manifestants. Pour Cédric Archer, co-président de la CR de Haute-Loire, « si l'État ne prend pas en main les choses et propose de vraiment nous aider (…), les trésoreries des exploitations seront à sec » d'ici quelques mois.

UE-Mexique : les Vingt-sept autorisent Bruxelles à signer l’accord commercial modernisé

Le Conseil de l’UE a validé, le 11 mai, les décisions autorisant la Commission européenne à signer la modernisation de l’accord commercial entre l’UE et le Mexique, dont les négociations ont été bouclées en janvier 2025. Cette signature pourra donc intervenir, comme prévu, à l’occasion du sommet entre les deux parties qui doit se dérouler le 22 mai à Mexico (Mexique). Sur la forme, la Commission européenne a décidé de diviser l’architecture juridique entre un accord global modernisé (qui nécessite la ratification individuelle des États membres) et un accord commercial intérimaire afin d’appliquer plus rapidement les concessions commerciales. Ce dernier entrera en vigueur après l’assentiment du Parlement européen à la majorité simple. Dans le détail, le Mexique étant importateur net de denrées alimentaires, Bruxelles estime que l'accord modernisé devrait profiter fortement aux exportateurs européens. L’UE va ainsi bénéficier d’un accès privilégié pour le fromage et les produits laitiers, mais aussi pour la viande de porc ou la volaille. Un contingent de 30 000 t est prévu pour le bœuf. Les exportations de pommes, pêches en conserve et œufs seront progressivement entièrement libéralisées. À cela s’ajoute la protection de 568 indications géographiques de l’UE.

Bio : les Vingt-sept soutiennent les grandes lignes de la proposition de simplification

Les représentants des États membres du Comité spécial Agriculture se sont accordés, le 11 mai, sur une position de négociation concernant la proposition de simplification de la réglementation bio présentée fin 2025 par la Commission européenne. Ce texte vise principalement à apporter des précisions sur les conditions dans lesquelles le logo bio de l’UE peut être utilisé pour des produits importés. Il propose aussi de prolonger de dix ans, jusqu’au 31 décembre 2036, la reconnaissance des pays tiers dont les systèmes de production et de contrôle biologiques sont reconnus comme équivalents à ceux de l’UE. Toutefois, le Conseil de l’UE précise que les produits importés reconnus comme équivalents ne peuvent pas utiliser le logo bio de l'UE, mais uniquement celui de leur pays d'origine. Les Vingt-sept se disent néanmoins favorables à l'utilisation du logo de l'UE si ces produits satisfont à des exigences supplémentaires, allant au-delà des normes d'équivalence. Les États membres ont par ailleurs rejeté la proposition de Bruxelles visant à autoriser l'apposition du label bio sur des produits contenant jusqu'à 5 % d'ingrédients provenant de pays tiers ne répondant pas à ces critères supplémentaires. Les discussions au Parlement européen sur ce dossier sont moins avancées. Un vote en commission de l’Agriculture est prévu le 21 juillet afin que des négociations en trilogue puissent débuter probablement en septembre.

Eau : la Cour des comptes appelle à améliorer le système de sanctions de la police de l'eau

Le gouvernement doit revoir le système de contrôles et de sanctions de la police de l'eau, recommande la Cour des comptes dans un rapport consulté par l'AFP le 11 mai, à l'heure où la qualité de l'eau est « loin d'être satisfaisante » sur le territoire. « Les règles applicables sont (...) complexes et affaiblies, sinon contredites, par la mise en œuvre de normes ou de dispositifs issus de droits connexes, notamment dans le secteur agricole ; les moyens déployés sont limités ; les contrôles sont, contrairement à une idée largement répandue, peu nombreux et, même lorsqu'ils révèlent des infractions, ne conduisent que rarement à des sanctions », écrit la Cour des comptes en conclusion de ce rapport de 140 pages. La Cour met pourtant en avant l'urgence de la situation, à l'heure où les masses d'eau en bon ou très bon état écologique sont seulement de 44 %, avec une responsabilité importante des pollutions agricoles. Dans son rapport dont la publication est attendue mardi 12 mai, elle met en avant les effectifs « limités » : ils sont d'environ 1 500 personnes équivalents temps plein, notamment des agents de l'Office français de la biodiversité (OFB) et des directions départementales des territoires (DDT), pour des moyens totaux évalués à 130 M€.

Pesticides/inondations : nouveau feu vert aux drones dans trois départements

Face aux récentes inondations, l’État autorise temporairement la pulvérisation de pesticides par drone sur des vignes dans trois départements d’Occitanie et de Paca, selon un arrêté paru le 10 mai au Journal officiel. Cette dérogation est valable « jusqu'au 31 mai 2026, pour le traitement des parcelles de vignes rendues inaccessibles ou impraticables par la voie terrestre du fait des inondations », dans les Bouches-du-Rhône, le Gard et l'Hérault. Elle intervient après un même arrêté le 26 mars pour des vignes et vergers dans quatre départements d’Occitanie. Le feu vert est assorti de nombreuses conditions. Seule la bouillie bordelaise RSR Disperss figure dans la liste de produits phytosanitaires autorisés. Une déclaration préalable de traitement doit être transmise au préfet de département « avec un préavis d'au moins 48 heures ». L’arrêté fait suite aux « cumuls pluviométriques exceptionnelles enregistrés entre le 27 avril et le 5 mai 2026 (…), qui peuvent rendre inopérants ou dangereux les moyens d'application des produits phytopharmaceutiques par voie terrestres dans certaines zones agricoles ». Pour rappel, la loi du 23 avril 2025 autorise la pulvérisation par drone de produits de biocontrôle sur des parcelles de vigne dépassant 20 % de pente, ainsi que pour des expérimentations de trois ans au maximum. Les textes réglementaires restent à paraître.

Inondations en Espagne : 1,5 Md€ d'aide d'État pour les agriculteurs, feu vert de Bruxelles

La Commission européenne a approuvé, le 22 mai, un régime espagnol d’aides d’État d’un montant de 1,5 milliard d'euros (Md€) destiné à soutenir les agriculteurs touchés par une série de phénomènes météorologiques défavorables qui se sont déroulés en Andalousie et en Estrémadure entre le 10 novembre 2025 et le 9 février 2026. Dans le détail, les aides en question prendront la forme de subventions directes pouvant couvrir jusqu’à 100 % des coûts admissibles. Cela comprend les dommages matériels et les pertes de revenus résultant de la destruction totale ou partielle de la production agricole ou des actifs de production agricole. Selon Bruxelles, ce régime d’aides d’État a pour objectif de « prévenir les fermetures d'exploitations agricoles », de « préserver la production agricole », mais également de fournir « un soutien financier rapide pour rétablir la capacité de production des exploitations touchées ». Le régime est en vigueur jusqu'au 31 décembre.

Marchés publics/loi d’urgence : vote en commission pour permettre aux MIN d’acheter

La commission économique de l’Assemblée nationale a voté le 6 mai un amendement au projet de loi d’urgence agricole visant à permettre aux MIN (marchés d’intérêt national) d’intervenir en tant que centrale d’achat de denrées dans le cadre du Code de la commande publique. Huit députés de la Droite républicaine avaient déposé cet amendement le 28 avril, en argumentant que les 17 MIN « constituent des infrastructures stratégiques pour l’organisation des filières agricoles et alimentaires en assurant des fonctions structurantes d’approvisionnement et de logistique ». Comme le Code de la commande publique ne leur permet pas aujourd’hui d’acheter pour le compte de collectivités, l’amendement introduirait un insert selon lequel les MIN peuvent « exercer des activités de centrale d’achat pour le compte d’acheteurs soumis à ce code, pour leurs besoins de restauration collective en produits agricoles et alimentaires, dans le respect des règles de concurrence ». Cette faculté, ont souligné les députés, « s’inscrit dans le prolongement naturel de leurs missions, en valorisant leur rôle d’intermédiation, leur expertise logistique et leur ancrage territorial ».

Loi d'urgence : les distributeurs dénoncent un « projet inflationniste »

La FCD (distributeurs) a écrit le 11 mai aux députés pour leur faire part de tout le mal qu’elle pensait du projet de loi d’urgence agricole amendé et adopté en Coméco le 7 mai. Dans un courrier qu’Agra Presse a pu consulter, les patrons des sept premiers distributeurs français dénoncent un « projet inflationniste » qui renforce « quelques multinationales ultra-dominantes ». « Comment expliquer aux Français qu’au moment où leur pouvoir d’achat reste leur première préoccupation, la représentation nationale choisisse de rigidifier encore le système au bénéfice des acteurs les plus puissants de la chaîne ? », s’interrogent-ils. Les distributeurs prennent la défense de l’amont agricole et des PME : « Il est impératif de revenir aux fondamentaux d’un texte qui se veut agricole : transparence et différenciation, au bénéfice de l’amont agricole et des PME françaises ». Les distributeurs dénoncent enfin une inégalité de traitement à leur encontre qu’ils jugent « troublante » et fragilisant « tout un secteur, premier employeur privé dans les territoires ». Ils demandent aux députés de « mesurer les conséquences [de leur choix] avant le vote en séance publique » prévu à partir du 19 mai.

Loup/loi d’urgence : les éleveurs du Caf loup « déçus » du texte modifié en commission

Quelques jours après l’examen en commission du projet de loi d’urgence agricole, les représentants des éleveurs du Caf loup* se disent « déçus » du texte adopté par les députés, d’après un communiqué du 11 mai. Le 29 avril, les élus de la commission du Développement durable de l’Assemblée ont voté de nombreux amendements, dont l’un ouvrant la voie à une nouvelle logique de gestion du loup. Mais ces travaux parlementaires « déçoivent encore » les membres du Caf loup, qui déplorent que « l’évolution des conditions de tirs reste floue et largement soumise à l’arbitraire administratif ». Les représentants des éleveurs appellent le législateur à « des mesures concrètes et assumées » : « possibilité d’intervention dès la survenance d’un risque ou d’une attaque », « autorisation systématique des moyens de tirs adaptés, y compris les dispositifs de visée thermique », « capacité d’agir dans les parcs nationaux (y compris en cœur de parc) ». Les organisations du Caf loup réclament aussi « la suppression de l’obligation de mettre en œuvre des mesures de réduction de vulnérabilité » comme préalable aux autorisations de tirs de défense pour les élevages de bovins et d’équins. Une mesure prévue par le texte déposé par le gouvernement et non remise en cause.
* Chambres d’agriculture France, JA, FNSEA et associations spécialisées (FNO, FNB, FNPL, Fnec, FNC)

Lait/loi d’urgence : la Fnil opposée à un « empilement normatif qui étouffe l'initiative »

La Fnil (industriels laitiers) a dressé un sombre bilan du projet de loi d’urgence agricole, adopté par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale le 7 mai. Sur LinkedIn, son p.-d.g. François-Xavier Huard a déploré un « empilement normatif qui étouffe l'initiative », rappelant qu’elle constitue la sixième loi sur les relations commerciales agricoles entre 2014 et 2026. « Chacune est venue corriger la précédente », sans résoudre le problème de la création de la valeur dans la filière. Les transformateurs sont contre les tunnels de prix entre organisations de producteurs et acheteurs « qui creusent des tombes industrielles », contre les délais de négociation ramenés à quatre mois qui déboucheront sur des « accords bâclés ou des contentieux démultipliés ». Autre grief : les « huit nouveaux cas de sanction administrative (…) formulés, de l'aveu même de nos juristes, dans des termes juridiquement flous et difficiles à mesurer ». À l’inverse, la Fnil demande au Parlement de « préserver la liberté contractuelle, supprimer les tunnels de prix, clarifier et circonscrire les sanctions, et faire cesser (enfin) les contournements de la loi par les distributeurs et leurs centrales d'achat européennes ». Le texte doit être examiné par les députés en plénière à partir du 19 mai.

Bovins viande : EDS lève 100 M€ pour lancer une offre de leasing ouverte à la filière

Dans un communiqué du 11 mai, la société Élevage durable services (EDS) annonce avoir levé 100 millions d’euros (M€) pour financer le lancement, à l’automne 2026, de son offre de leasing Bovicash destinée aux éleveurs de bovins viande. Avec cette levée réalisée auprès de « deux fonds internationaux » (non précisés), l’entreprise compte « financer l’introduction d’environ 50 000 nouvelles vaches allaitantes » dans les élevages français. Cette offre de leasing (location avec option d’achat) pourra être activée au moment d’une installation ou d’une transmission d’exploitation, mais aussi pour des projets de développement. Au-delà des éleveurs, le dispositif s’adresse aussi « aux acteurs économiques de la filière qui souhaitent bénéficier directement d’une capacité de financement déjà structurée » (négociants, abattoirs, coopératives, etc.), selon le site de l’entreprise. Bovicash est lancée par Frédéric Senan et Sébastien Dumais ; ces deux entrepreneurs ont créé en 1972 Gestel (location de génisses prêtes à vêler), puis My Marguerit (financement participatif de bovins). Dans un contexte de décapitalisation et de flambée des prix des animaux, le lancement de Bovicash doit leur permettre de « changer d’échelle », selon leur communiqué.

Foie gras : le Parlement brésilien approuve un projet de loi interdisant le gavage

Le Parlement brésilien a ratifié en commission parlementaire, le 28 avril, un projet de loi interdisant toute méthode de gavage des animaux sur le territoire brésilien, ainsi que la vente de produits en résultant, dont le foie gras. Le texte prévoit des peines de trois mois à un an de détention en cas d’infraction. Le sénat brésilien l’avait déjà approuvé en 2022. Désormais, il ne reste plus au président Lula da Silva qu’à promulguer le texte, qui entrerait en vigueur 180 jours après sa publication au Journal officiel. Le rapporteur du projet de loi, le député Fred Costa, a rappelé que la production de foie gras reste autorisée au Brésil, mais sans gavage, « une pratique qui génère des souffrances atroces aux animaux ». « C’est une décision historique, le Brésil peut montrer au monde entier sa posture contre la cruauté envers les animaux », a réagi Sharon Nuñez, de l’ONG Animal Equality. Au Brésil, seules trois fermes déclarent produire du foie gras. Sa valeur atteindrait 350 €/kg sur le marché brésilien. En 2015, la municipalité de São Paulo avait interdit la vente de foie gras sur son territoire, une mesure toujours contestée en justice. (Marc-Henry André)

Chanvre : les produits alimentaires contenant du CBD interdits à partir du 15 mai

Dans un communiqué du 9 mai, l’Uivec (transformateurs d’extraits de chanvre) signale que la DGAL (ministère de l’Agriculture) va interdire de facto tout produit alimentaires contenant du CBD à partir du 15 mai. Plus en détail, les autorités vont « cibler l’ensemble des denrées et compléments alimentaires, dès lors qu’ils contiennent du CBD, quelle que soit sa teneur, et la suppression de la possibilité de déclarer des compléments alimentaires au CBD ». La mesure, annoncée lors d’une réunion tenue le 15 avril avec la profession, constitue en réalité la nouvelle interprétation française du règlement européen « Novel food ». Cette interprétation fait suite à une étude de l’Anses et de l’ANSM (agence du médicament) de juin 2025, alertant sur des intoxications liées à des produits contenant des cannabinoïdes de synthèse (produits en laboratoire). Alors « qu’aucune intoxication n'est imputée au CBD naturel seul, (…) le gouvernement manque sa cible », pointe ainsi l’Uivec. La profession, ainsi que la Confédération paysanne, s’insurgent contre ce changement de paradigme, qui menace la filière française de production de chanvre.

Vin : la mention « vieilles vignes » dans le collimateur de la DGCCRF (profession)

La mention « vieilles vignes », utilisée pour l’étiquetage des vins, est dans le collimateur de la DGCCRF, a-t-on appris auprès de la Cnaoc (vignerons d’appellations). « Nous avons déjà recensé un certain nombre de contrôles des brigades des fraudes sur le terrain », déclare le président Jérôme Bauer, cité dans des journaux syndicaux. Et d’appeler l’administration à la clémence vis-à-vis de cette pratique. La Cnaoc alerte les ODG sur « une zone de flou » réglementaire. Aucun texte français ou européen n’encadre l’usage de la mention « vieilles vignes ». Mais une résolution de l’OIV (Organisation internationale de la vigne et du vin) est « désormais intégrée dans la doctrine des Fraudes, dans l’attente de la publication d’un texte applicable en droit français », indique la source. Selon sa position adoptée en 2024, une « vigne ancienne » est âgée de « 35 ans ou plus ». « La DGCCRF travaille actuellement avec la filière viticole à clarifier les conditions d’utilisation de la mention « vieilles vignes », indique la Cnaoc. D’ici à l’instauration d’un cadre réglementaire, l’administration voit dans le seuil de 35 ans « un repère crédible » pour ces contrôles, d’après le syndicat.

Installation : en Bretagne, un « sursaut » des installations aidées en 2025 (chambre)

Après trois années de baisse, la Bretagne a connu en 2025 un « sursaut » de ses installations, avec 479 installations aidées, a indiqué la chambre d’agriculture de Bretagne lors d’une conférence de presse le 11 mai. Un rebond assez net, alors que la région avait connu un peu plus de 400 installations aidées en 2024 (pour un total d’environ 800 installations, avec ou sans aides). « Cette remontée se fait principalement en productions bovine et porcine », lit-on dans le bilan annuel de l’agriculture régionale (intitulé « ABC analyse et perspectives »), présenté à cette occasion. Une embellie qui « s’explique peut-être par la bonne conjoncture en élevage depuis 2022 », avance Olivier Carvin, agroéconomiste à la chambre. Mais ce rebond reste « largement insuffisant pour assurer le renouvellement » des exploitants et des cheptels. En raison d’un âge moyen plus élevé, le porc et le lait sont les productions présentant les plus faibles taux de renouvellement (respectivement 30 % et 25 % des départs remplacés). En moyenne, 48 % des départs sont remplacés en Bretagne. Seules les cultures spécialisées (maraîchage, horticulture, fruits) voient leur effectif progresser (116 % de renouvellement), grâce à « l’attrait des porteurs de projet pour ce type d’activité ces dernières années ». À l'échelle nationale, la production laitière connait un pic de départs à la retraite depuis 2018 (voir notre dossier).

Sucre de canne : Tereos se sépare d'une sucrerie à Maurice, pas à La Réunion

Le groupe sucrier Tereos a annoncé le 26 mars la cession de ses parts minoritaires (40 %) de la Sucrière des Mascareignes (Île Maurice). Miwa Sugar Ltd1, l’actionnaire majoritaire historique détient désormais 100 % du capital. En revanche, Tereos, contacté par Agra Presse, a indiqué ne pas avoir l’intention de vendre ses usines de production de sucre basées à la Réunion, exploitées via sa filiale Les Sucreries de La Réunion, contredisant ainsi les déclarations du député LFI Perceval Gaillard. Lors d’une séance de questions au gouvernement le 5 mai, le parlementaire évoquait une volonté du groupe coopératif de céder les sites en question au groupe La Martiniquaise. Il réclamait des actions gouvernementales, afin de « tordre le bras à Tereos », et de l’empêcher de vendre ses actifs à la Réunion, afin de défendre les producteurs de canne à sucre locaux. Dans un mail transmis le 7 mai, le service communication de Tereos affirme l’attachement du groupe aux Sucreries de La Réunion. Il reconnaît simplement avoir eu de premiers échanges avec des acteurs économiques locaux, en vue de potentielles prises de participation au capital, « afin d’assurer la pérennité à terme » des sites.

Pistache : la guerre en Iran entraîne une flambée des prix dans un contexte de forte demande

La guerre en Iran perturbe fortement les exportations de pistaches et provoque une flambée des prix dans un contexte de demande mondiale en hausse, rapporte le quotidien économique The Financial Times le 26 avril (article payant). Selon le cabinet d’analyse des marchés agricoles Expana, les prix ont atteint environ 11,6 €/kg, leur plus haut niveau depuis 2018. L'Iran représente environ un cinquième de la production mondiale de pistaches, et jusqu’à 30 % des exportations mondiales certaines années, selon le ministère de l'Agriculture américain (USDA). Mais l’acheminement des récoltes iraniennes est de plus en plus difficile ; la guerre perturbant les chaînes logistiques dans l’ensemble du Moyen-Orient, expliquent plusieurs négociants au Financial Times. Cette hausse intervient alors que le marché était déjà sous tension avant le conflit. En 2025, les récoltes des principaux pays producteurs (États-Unis, Turquie, Iran) se sont révélées inférieures aux prévisions. Déjà particulièrement affectée par la sécheresse, la production iranienne a également été entravée par des sanctions internationales et des troubles intérieurs, compliquant les exportations. Parallèlement, la demande mondiale continue de progresser, portée par l'engouement pour le « chocolat Dubaï », des tablettes fourrées à la crème de pistache, devenues virales sur les réseaux sociaux en 2023.

Semences potagères : le semencier Cérience fait l’acquisition de Seed In Tech

Dans un communiqué de presse du 11 mai, le semencier Cérience annonce l’acquisition de Seed In Tech, entreprise française de recherche et développement, spécialisée dans les technologies d’activation des semences, notamment le priming (technique permettant la levée de la dormance et la synchronisation de la germination). Développées notamment en cultures potagères, les technologies de Seed In Tech améliorent la qualité d’implantation des cultures et sécurisent les débuts de cycle. Ainsi, sa technologie Smart Priming active les processus métaboliques naturels de la graine et « permet de renforcer la vigueur ainsi que les mécanismes de défense des jeunes plantules, au-delà des effets attendus du priming classique ». Selon Luc Saint Bonnet, directeur général de Cérience, cette acquisition renforce l’expertise de l’entreprise et « accélère le développement de solutions innovantes à forte valeur ajoutée pour les semenciers et les agriculteurs ». L’opération s’inscrit également dans une dynamique de développement territorial en ouvrant des perspectives d’élargissement de son réseau d’agriculteurs multiplicateurs (environ 1 500).