Agrafil du 20 janvier 2025

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UE-Mexique: conclusion politique des négociations commerciales

La Commission européenne a annoncé le 17 janvier la conclusion des négociations politiques visant à moderniser l'accord commercial entre l'UE et le Mexique. Les grandes lignes de cet accord avaient été convenues en 2020. Il va permettre l'accès en franchise de droits à de nombreuses exportations agroalimentaires de l'UE vers le Mexique en supprimant certains droits de douanes qui atteignent aujourd’hui 100%. Ainsi l’UE bénéficiera d’un accès privilégié pour le fromage et les produits laitiers avec, par exemple, un contingent tarifaire à droit nul de 20.000 t pour les fromages affinés, de 5.000 t pour les fromages frais, 50.000 t pour la poudre de lait écrémé, 13.000 t pour les préparations laitières et 2500 t pour le beurre. La viande de porc sera entièrement libéralisée à l’exception d’un contingent tarifaire de 10.000 t pour les longes. Même chose pour la volaille à l’exception d’un contingent de 20.000 t pour les cuisses de poulet. Un contingent de 30.000t est prévu pour le bœuf. Les exportations de pommes, pêches en conserve et œufs seront progressivement entièrement libéralisés. Selon l'accord convenu en 2020, la Mexique obtient de son côté obtient des contingents de 10.000t pour la viande bovine et 10.000 t pour les abats de bœuf avec un droit de 7,5%, une libéralisation complète pour le porc, à l’exception du jambon congelé avec un contingent de 10.000t et le miel. Des contingent de 25.000 tonnes d’éthanol et 30.000 t (à 49 €/t) de sucre brut destiné au raffinage uniquement seront introduits progressivement. Les textes détaillés de l'accord seront publiés dans les prochains jours, selon la Commission européenne. Ils devront ensuite être finalisés techniquement et traduit avant que la Commission européenne ne les soumette au Conseil et au Parlement européen.

Budget: le gouvernement veut raboter les dépenses agricoles de 284 M€ supplémentaires

A l'occasion de la reprise de l'examen du projet de loi de finances (PLF) pour 2025, le 17 et 18 janvier, les sénateurs ont adopté les crédits de la mission Agriculture et forêt et du Casdar (recherche), rejetant au passage un amendement du gouvernement prévoyant une baisse supplémentaire des crédits de 284 millions d'euros. Déposé en dernière minute, cet amendement visait, à l'instar de ce qui a été proposé pour d'autres ministères, à atteindre «une cible de déficit public de 5,4 % du PIB en 2025», a expliqué la ministre de l'Agriculture en séance. Dans le détail, les coupes concernent les missions «Compétitivité et durabilité de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt» et «Sécurité et qualité sanitaires de l'alimentation». Après avoir augmenté d'un tiers sur l'année 2024, à 4,7 milliards d'euros (Md€), en loi de finances initiale, le projet de loi de finances pour 2025 du gouvernement Barnier - dont l'examen reprend actuellement au Sénat - intégrait déjà une baisse des crédits de la mission Agriculture et forêt, à 4,43 Md€ (-6%). En séance, la ministre a assuré le maintien des promesses faites sous le gouvernement Barnier: «maintien d'environ 100M€ pour le fonds Ecophyto, avec une sanctuarisation des fonds alloués à recherche alternatives (Parsada), maintien des fonds alloués aux plans fruits et légumes, et protéines. Deux amendements de sénateurs ont reçu avis de sagesse du gouvernement en séance: la baisse de 2,9 millions d'euros des crédits alloués à l'Agence bio (voir ci-dessous) et une hausse de 7 millions d'euros pour l'aide à l'installation et aux transmissions.

Bio: Genevard réfléchit à supprimer l'Agence bio et transférer ses missions

A l'occasion de l'examen des dépenses agricoles du projet de finances (PLF) pour 2025, les 17 et 18 janvier, les sénateurs ont adopté, avec avis de sagesse du gouvernement, un amendement du sénateur LR Laurent Duplomb visant à supprimer l'Agence bio et transférer ses missions au sein de FranceAgrimer ou au ministère de l'Agriculture. Il espère ainsi dégager 3 millions d'euros (les dépenses de l'agence étaient de 4 millions d'euros en 2022), sans préciser comment. La ministre a qualifié la proposition du sénateur de «tout à fait pertinente», lui indiquant toutefois son souhaite d'en discuter au préalable avec les intéressés: «Si je peux approuver le principe de l'internalisation, il faut tout de même que l'on travaille avec les acteurs pour la rendre opérationnelle. Il y a besoin de préparer l'atterrissage, c'est une question de meilleure acceptation». La ministre a ainsi souhaité les «convaincre que leurs missions continueront d'être exercées dans de bonnes conditions». Interrogé par Ouest France, le président de l'Agence bio Jean Verdier a fait part de sa surprise: « Nous sommes surpris et abasourdis. Surtout quand on voit l’efficience de notre structure avec seulement une vingtaine de personnes.» À l'occasion de son discours de politique générale le 14 janvier, le nouveau Premier ministre François Bayrou s'était s'interrogé sur la place des «plus de 1000 agences, organes et opérateurs», qui agissent selon lui «sans contrôle démocratique» et «constituent un labyrinthe».

OFB: les syndicats de l’établissement appellent à la grève des contrôles

Les syndicats de l’office français de la biodiversité (OFB) appellent pour la première fois les agents à cesser leurs contrôles, notamment auprès des agriculteurs, rapporte l’AFP le 17 janvier. «L'intersyndicale appelle l'ensemble des personnels à rester au bureau», mot d'ordre «applicable jusqu'à ce que le Premier ministre fasse des excuses publiques», déclarent dans un communiqué les syndicats de l’établissement public (Syndicat national de l'Environnement, FSU, FO, CGT, Unsa, EFA-CGC). Durant sa déclaration de politique générale à l’Assemblée le 14 janvier, le tout fraîchement nommé Premier ministre François Bayrou avait qualifié d’«humiliation» pour les agriculteurs et de «faute» le cas où des «inspecteurs de la biodiversité viennent inspecter un fossé avec une arme à la ceinture». L'intersyndicale demande aux agents de «ne plus réaliser aucune mission de police, que ce soit en police administrative ou en police judiciaire» et «ne plus effectuer aucune mission, quelle qu'elle soit, vers le monde agricole (formation, contrôles, constats prédateurs, arrêt du versement des subventions)». 

Contrôles: l’OFB demande le soutien du gouvernement, Pannier-Runacher rassure

En début de matinée du 17 janvier, dans une interview à l’AFP, la présidente du conseil d’administration de l’OFB, Sylvie Gustave-dit-Duflo, demandait au gouvernement de «soutenir» son établissement face aux critiques. «Lorsque le Premier ministre prend directement à parti l'OFB sans avoir pris la peine de s'intéresser à nos missions, à ses enjeux, c'est inconcevable, c'est une faute» a-t-elle estimé, soulignant que «seuls 7,5% des contrôles annuels exercés pas l’OFB ont un rapport avec le monde agricole». En déplacement au Guilvinec (Finistère), la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher a réitéré son soutien à l'établissement public. «Je dépose ou je demande au patron de l'OFB de déposer plainte systématiquement quand il y a des actes de nature pénale qui sont commis à l'encontre des agents et de l'institution», a rappelé Agnès-Pannier Runacher. La locataire de l’Hôtel de Roquelaure a regretté que, malgré les efforts faits pour que OFB et agriculteurs œuvrent «en bonne intelligence», des responsables politiques et syndicaux mettent «de l’huile sur le feu» alors qu’il y a besoin «d’apaisement».

Pesticides: la CJUE estime que Bruxelles ne peut pas bloquer sans raisons l’accès aux documents de travail

Dans un arrêt rendu le 16 janvier, la Cour de justice de l’UE estime que la Commission européenne ne «pouvait pas refuser l’accès aux documents demandés» en 2020 par l’association Pollinis lors des discussions sur l’évaluation des risques des produits phytopharmaceutiques pour les abeilles au sein du Comité permanent responsable (Scopaff). «Tant que l’objet exact d’une décision à venir n’est pas encore déterminé, tout risque d’atteinte au processus décisionnel du fait de la divulgation d’un document demandé est par définition hypothétique, étant donné qu’il serait, en réalité, impossible de vérifier si le contenu de ce document a réellement trait à ce processus décisionnel», souligne la Cour. Pour Pollinis ce jugement est capital car «la Commission ne pourra plus refuser l'accès aux documents sans justifier en détail les raisons d'un tel refus» ce «qui permettra de limiter le secret qui entoure le Scopaff et de freiner l’influence de l’industrie sur les politiques européennes». Le guide sur l’évaluation des risques des produits phytopharmaceutiques pour les abeilles a depuis été adopté (en 2023), après de longues et difficiles négociations entre les États membres et le Parlement européen.

Assises du sanitaire: le ministère veut aboutir à des «contrats de filière» (professionnels)

Pour les Assises du sanitaire, «la DGAL nous a annoncé qu’elle souhaite aboutir à des contrats sanitaires de filière», indique Kristel Gache, directrice de GDS France (groupements de défense sanitaire), à Agra Presse le 17 janvier. L’idée serait «d’engager toutes les parties prenantes» pour aboutir à un «système sanitaire rénové pour prendre en compte les nouvelles menaces (changement climatique, mondialisation des échanges)». Après l’annonce des Assises début novembre, quatre groupes de travail ont été mis en place (ruminants, porcs, volailles, sujets transversaux). Selon la directrice de GDS France, «l’ensemble des membres du Cnopsav ont été sollicités» pour donner leur diagnostic sur plusieurs sujets: financement, gouvernance, prévention, surveillance, lutte, anticipation, souveraineté. Des contributions qui seront présentées lors du lancement officiel le 30 janvier (et non le 31 comme indiqué par Contexte). Selon Kristel Gache, certains points feraient consensus, comme «l’ancrage territorial des acteurs», la «diminution des capacités financière de l’État», ou encore «la nécessité d’aller vers des approches préventives (biosécurité, vaccination)». Ce n’est pas le cas du financement, comme souligné par un rapport du CGAAER. «Ça reste un gros point d’interrogation», note Mme Gache, sachant qu’«un des attendus des Assises, c’est d’arriver à un modèle financier plus équilibré et plus anticipé».

Lait: l'interprofession annonce la reprise de ses travaux, après plus d'un mois de blocage

Bloqués depuis un mois et demi à la suite d'un différend autour de la publication des indicateurs de coût de production, les travaux entre les professionnels des différents collègues «reprennent» au sein de l'interprofession laitière (Cniel), annoncent, dans un communiqué commun paru le 17 janvier, les représentants des quatre métiers (producteurs, coopératives, industriels privés, distributeurs). «La publication du tableau de bord interprofessionnel d’indicateurs avec des nouveaux indices couvrant l’évolution des charges des exploitations laitières, assorti d’une notice méthodologique, permet d’obtenir un consensus et de se projeter sur l’avenir de la filière», déclarent les présidents des quatre collèges. Concrètement, la nouveauté réside dans l'insertion d'une notice méthodologique, qui détaille l'origine de certaines données utilisées pour le calcul des indicateurs, indique-t-on à la FNPL (éleveurs). Le 3 décembre, le collège des éleveurs avait suspendu ses travaux au sein du Cniel face au refus des laiteries privées de valider la publication d’un nouvel indicateur Ipampa. Les industriels privés (Fnil) souhaitaient un renforcement de la «méthodologie» et de la «représentativité» de l’indicateur, assurant qu’il n’existait pas d’accord interprofessionnel portant sur la reconnaissance de cet indicateur, ce que contestaient les producteurs. La Fnil espérait également voir «aboutir les travaux sur l’indicateur beurre poudre» lancés «il y a plus de deux ans». Un chantier que le Cniel pourrait accélérer suite à cet épisode, glisse-t-on à la FNPL.

Fièvre aphteuse: les Pays-Bas interdisent les mouvements de veaux dans le pays

Le ministère hollandais de l’Agriculture a interdit le 11 janvier tout déplacement de veaux dans le pays, après qu’une enquête a montré que 3600 veaux en provenance d’Allemagne ont transité par le Land de Brandebourg, où a été détecté un foyer de fièvre aphteuse. Seule exception possible: le transport pour abattage, à condition de respecter un «protocole d’hygiène obligatoire», selon un communiqué. «Plus de 3600 veaux ont été transportés du Brandebourg vers les Pays-Bas depuis le 1er décembre, via des centres de collecte situés ailleurs en Allemagne», indique le ministère. Ces veaux «se trouvent dans plus de 125 exploitations de veaux de boucherie», où les autorités recherchent la présence du virus. Les pouvoirs publics hollandais ont aussi instauré une «interdiction de visite» dans les élevages de veaux de boucherie, sauf pour les «visiteurs nécessaires, tels que les vétérinaires». La fièvre aphteuse est très contagieuse et peut notamment être transmise de manière indirecte (transport, matériel, etc.). Ces mesures visent à «minimiser le risque d'une éventuelle propagation», même si celui-ci reste «faible». Citée dans le communiqué, la ministre de l’Agriculture Femke Marije Wiersma affirme que «pour l'instant, il n'y a pas de cas ou de soupçon d'infection aux Pays-Bas».

Fièvre aphteuse: Bruxelles exclut la vaccination après le foyer allemand

Interrogée à la suite de la détection d’un foyer de fièvre aphteuse en Allemagne, une porte-parole de la Commission européenne a exclu le 16 janvier le recours à la vaccination contre cette maladie. «Pour vacciner les animaux, il faut une stratégie et, pour le moment, l’épidémie n’est pas assez importante pour que nous considérions» la vaccination, a-t-elle déclaré lors du briefing presse quotidien. «Il y a un vaccin et une banque d’antigènes gérés par la Commission européenne», rappelle l’exécutif européen. «Nous sommes en contact permanent avec les autorités allemandes et, hier (le 15 janvier, NDLR), il n’y avait aucun nouveau cas reporté», explique la porte-parole. Bruxelles a salué la «réaction rapide» des pouvoirs publics allemands, qui «ont appliqué immédiatement la réglementation européenne» (mise en place d’un zonage avec interdiction des mouvements d’animaux). La fièvre aphteuse a été détectée sur trois buffles d’eau près de Berlin le 9 janvier, le premier cas depuis 2011 dans l’UE. Dans une interview au journal Rheinische Post, le président du DBV (syndicat agricole majoritaire) Joachim Rukwied plaidait pour la vaccination, craignant une fermeture de l’export en cas de propagation de la maladie.

Grippe aviaire: les USA annoncent 211 M$ pour les vaccins humains à ARN messager

Le gouvernement américain a annoncé dans un communiqué le 16 janvier un nouveau financement de 211 millions de dollars (M$) pour développer des vaccins à ARN messager contre des maladies émergentes, avec comme objectif d'accélérer les tests sur la grippe aviaire. Aux États-Unis, 67 personnes ont été infectées par la grippe aviaire depuis début 2024, et les craintes d'une pandémie s'accentuent. Début janvier, pour la première fois, un homme âgé est décédé en Louisiane après avoir contracté le virus H5N1. «Ce dernier investissement illustre la réponse solide de l'administration Biden-Harris face aux menaces de maladies émergentes telles que la grippe aviaire», a déclaré le ministre américain de la Santé, Xavier Becerra. Ce nouveau financement arrive alors que Donald Trump prendra le relais de Joe Biden à la Maison-Blanche le 20 janvier, et que la façon du républicain de gérer la menace inquiète. M. Trump a choisi au ministère de la Santé Robert Kennedy Jr, sceptique notoire vis-à-vis des vaccins, qui a promis de réformer les agences sanitaires. M. Kennedy a aussi fait la promotion du lait cru, considéré comme un vecteur de la grippe aviaire. Les États-Unis avaient déjà annoncé début janvier consacrer 306 M$ pour la prévention et recherche médicale contre la grippe aviaire.

Porc: le plein air menacé par les audits de biosécurité, selon la Confédération paysanne

Dans un communiqué diffusé ce 17 janvier, la Confédération paysanne craint que l’audit de biosécurité contre la peste porcine africaine (PPA), qui démarre dans les petits élevages, ne serve surtout «à vérifier que tous les élevages plein air sont en non-conformité». Le syndicat s’émeut de l’injonction faite aux éleveurs commercialisant moins de 1000 porcs à l’année de faire réaliser (sur une base volontaire) un audit biosécurité PigConnect sur leur ferme. Elle réaffirme que les doubles clôtures, sas sanitaires multiples et autres désinfections chimiques sont irréalisables concrètement dans les élevages plein air, ce que les services de l’État ne manqueront pas de constater. Elle s’insurge donc contre l’aide de l’État encourageant aux audits dans les petits élevages porcins, que le communiqué qualifie de «cadeau de 2 millions d’euros aux filières industrielles». Persistant à dénoncer le coût de l’audit pour les petits élevages, la Confédération paysanne dénonce l’intention de l’interprofession «de rendre la réalisation de cet audit obligatoire tous les ans et d'imposer des amendes». Le communiqué rappelle son souhait d’une réglementation fondée sur «l’évaluation des risques et de leur maîtrise par l'élevage».

Œufs: la Slovénie vise la fin des cages de poules d’ici à 2028

Le ministère slovène de l’Agriculture a annoncé le 10 janvier entamer un processus d’abandon de l’élevage en cage, visant l’échéance de 2028, et a fait partie des pays qui ont demandé à la Commission européenne, au conseil Agri-Pêche du même jour, d’avancer dans ses propositions législatives visant à abolir les cages. Le communiqué du ministère slovène a été déclenché par la diffusion d’une vidéo choquante, rapporte l’association de protection animale Anima (anciennement L’assiette végétale), tournée dans le pays par l’association slovène de défense des animaux Animal Enterprise Transparency Project. L’échéance évoquée de 2028 sera précisée selon «les conversations avec toutes les parties prenantes et de la fourniture de ressources financières pour cette transition», d’après le communiqué. «La Slovénie rejoint l’Allemagne, la Slovaquie, la République tchèque, le Danemark et d’autres pays européens qui ont déjà programmé la fin des cages pour les poules pondeuses», applaudit le directeur d’Anima, Keyvan Mostafavi, association qui a décidé l’an dernier de se concentrer sur le combat pour abolir les cages de poules pondeuses et de promouvoir les alternatives végétales à l’œuf.

Elevage/ammoniac: un collectif exige la «transparence» de l'Etat sur les données 2023

Le collectif Bretagne contre les fermes-usine a lancé une pétition pour exiger la «transparence» des données sur les émissions d’ammoniac en 2023, selon un communiqué le 17 janvier. Le collectif, qui avait enquêté sur la pollution d’ammoniac en Bretagne en 2023, souhaite poursuivre son travail avec les données les plus récentes issues du portail Géorisques. Mais affirme-t-il, «dans le tableau [de données] de 2023, les élevages industriels ont été retirés et le polluant "ammoniac (NH3)" a disparu». «Les données actualisées sur les émissions d’ammoniac, un polluant reconnu pour ses effets néfastes sur la santé humaine et l’environnement restent indisponibles» appuie l’organisation qui estime que son droit citoyen à l’information environnementale, inscrit notamment dans la charte de l’environnement, est «bafoué». Contacté, le ministère de la Transition écologique à qui la pétition est destinée n’avait pas réagi au moment où nous écrivions ces lignes. 

Dénominations animales: vers une annulation complète des décrets (rapporteur/Conseil d'État)

Interprétant les implications françaises de l'arrêt de la Cour de justice de l'UE (CJUE) du 4 octobre, le rapporteur public a proposé au Conseil d'État, le 17 janvier, l'annulation dans son intégralité des décrets français de 2022 et 2024 interdisant l’utilisation de dénominations telles que «steak» ou «saucisse» à des produits végétaux. Même si certaines parties des textes pouvaient se rapporter à des dénominations légales (sans incidence, car non utilisées par les entreprises visées), le rapporteur retient que l'esprit des textes était de viser les dénominations usuelles, ce qui contrevient au droit européen. Le rapporteur est généralement suivi dans ses préconisations par le Conseil d'État. La CJUE avait indiqué en octobre que ce décret de 2024 – paru après l'annulation partielle du premier, dans l'attente de l'arrêt de la CJUE – «méconnaissait» la réglementation européenne. «Un État membre ne peut interdire l’utilisation de termes traditionnellement associés aux produits d’origine animale pour désigner un produit contenant des protéines végétales», estimait-t-elle, sauf si une dénomination légale a été adoptée. À sa suite, le rapporteur propose de donner complètement droit aux requête des plaignants – l’association Protéines France, l’Union végétarienne européenne (EVU), l’Association végétarienne de France (AVF) et la société Beyond Meat. Selon la CJUE, un État membre ne saurait empêcher, par une interdiction générale et abstraite, les producteurs de denrées alimentaires à base de protéines végétales l’utilisation de noms usuels ou de noms descriptifs.

Agrivoltaïsme : Genevard veut un «équilibre absolu» avec la production agricole

«L’agrivoltaïsme et l’agriculture doivent être dans une recherche d’équilibre absolu», a déclaré Annie Genevard le 15 janvier, lors d’un débat sur la crise agricole à l’Assemblée nationale. Avant d’ajouter: «Je ne peux pas vous dire aujourd’hui “pas du tout d’agrivoltaïsme” – même si je serais tentée, je ne le vous cache pas, de le dire. Mais enfin, je suis réaliste, je sais que ce n’est pas accessible.» La ministre de l’Agriculture répondait à une question du député LFI Christophe Bex. Sur le fond, la locataire de la Rue de Varenne estime que «que jamais, jamais, l’agriculture ne doit devenir un sous-produit de l’énergie. Jamais. La fonction première de la terre, c’est de produire de l’alimentation pour nourrir la population.» Pour Mme Genevard, «on a des énergéticiens très habiles pour appâter, particulièrement dans les territoires où l’agriculture ne fournit pas un revenu suffisant». «Je ne veux pas que l’agriculteur soit placé devant ce choix très difficile [entre production d’énergie et alimentaire] et pour lequel nous n’avons pas à le juger», a-t-elle encore martelé. Après que la loi Aper a fixé le cadre général de l’agrivoltaïsme, une proposition de loi est attendue sur le partage de la valeur, issue d’un groupe de travail ad hoc sous la houlette de Pascal Lecamp (EPR, Vienne).

Fruits rouges/agrivoltaïsme: un démonstrateur innovant chez Fruits rouges & Co

Le 15 janvier, lors du Sival à Angers, Fruits Rouges & Co, spécialisée dans la production de petits fruits rouges, le producteur français d’électricité solaire Photosol et le fournisseur de solutions suisse Insolight ont signé un partenariat visant à développer un démonstrateur agrivoltaïque innovant. Sur le «Campus fruits rouges» du producteur français, situé sur l’exploitation de Thomas Magnien, à Allemant (Aisne), Photosol déploiera la solution «Insolagrin». Développée par Insolight, il s’agit de panneaux solaires semi-transparents se présentant comme une alternative aux tunnels en plastique. Selon le concepteur, la solution protègerait les fruits des intempéries et réduirait l'évapotranspiration. «Insolagrin» optimiserait aussi l'usage de l'eau, tout en ajustant automatiquement l'ombrage grâce à des capteurs climatiques, le suivi continu et le contrôle étant pilotés par un logiciel dédié. Le projet recueillera des données sur l'impact agro-économique de cette solution pour la production de fruits rouges. Par ailleurs, Fruits Rouges & Co, grâce à un contrat d’achat d’énergie renouvelable de 20 ans avec Photosol, utilisera l’électricité solaire pour ses besoins de refroidissement et conservation des fruits.

Fruits et légumes: en Italie, dégradation de la balance commerciale en 2024

Le bilan des échanges des fruits et légumes italiens reflète une détérioration progressive sur les dix premiers mois de 2024, rapporte le site Italiafruit le 17 janvier, reprenant les derrières données du Moniteur fruits et légumes du cabinet Agroter. Le résultat en volume est résolument négatif et se rapproche d'un déficit de 349 000 tonnes (supérieur de 20% à la même période de l'année précédente), tandis qu'en termes de valeur le bilan reste positif, mais avec un excédent de seulement 131 M€, en forte détérioration par rapport à 2023 (-70%). Dans le détail, les exportations italiennes augmentent, tant en volume (+9%) qu'en valeur (+6%), mais ne compensent pas les prix plus élevés des importations (+10% en volume), qui ont progressé de 14% en valeur. Les agrumes demeurent un moteur de l’exportation transalpine, avec des volumes en augmentation de 16% par rapport à 2023. Les fruits tropicaux se maintiennent également (+15% en volume, +11% en valeur). En revanche, la période a été plus difficile pour les légumes et les légumineuses: les volumes ont été certes en progression de 14%, mais la hausse en valeur ne dépasse 1%, compte tenu des prix pratiqués sur les principales destinations. La situation est inversée concernant les importations, qui ont connu des plus élevés que l’an passé, spécialement pour les fruits frais, en progression de 19%, alors que leurs volumes n’ont augmenté que de 9%.

Tomate/Sahara occidental: pas à la France d'intervenir, mais à l'UE (rapporteur/Conseil d'État)

À la suite de l'arrêt rendu le 4 octobre par la Cour de justice de l'UE (CJUE) sur l'étiquetage des melons et tomates récoltés au Sahara occidental, la rapporteure publique a proposé au Conseil d'État, le 17 janvier, de ne pas imposer à la France d'interdire l'importation de produits marocains – même si l'origine mentionnée contrevenait massivement à la réglementation européenne – étant entendu que la politique commerciale est une prérogative communautaire. Selon la rapporteure, c'est donc en premier lieu aux instances européennes de mettre en œuvre la récente décision de la CJUE, selon laquelle «l’étiquetage des melons et des tomates récoltés au Sahara occidental doit mentionner ce territoire en tant que pays d’origine et non le Maroc», et toute autre indication serait susceptible de tromper les consommateurs de l’UE dans leurs décisions d’achat. D’ici un an, les produits agricoles de cette région ne bénéficieront plus des conditions douanières de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Maroc, et devront être étiquetés. Fin novembre, les producteurs français de tomates s'étaient inquiétés de l'attitude de Bruxelles. Relatant une séance de la commission Agriculture du Parlement européen (18 novembre), l'AOPn Tomates de France estimait que «le représentant de la Commission européenne n’a pu donner aucune garantie concernant le contrôle des importations en provenance du Maroc», pour savoir s'ils proviennent ou non du Sahara occidental.

Horticulture: une étude pointe les dangers phytosanitaires des variétés importées

Dans une étude publiée le 17 janvier dans la revue Bioscience, des chercheurs de l'université de Cambridge affirment que, malgré les réglementations et les contrôles aux frontières, les fleurs coupées et les plantes en pot importées présentent «un risque phytosanitaire croissant car le volume même des échanges rend leur surveillance et leur contrôle difficiles». En l’absence d’une base de données internationale complète sur le sujet, l’équipe a analysé les registres des parasites trouvés sur les plantes ornementales par les douanes des Pays-Bas entre 2017 et 2018 , ainsi que les données du Defra (ministère de l’Agriculture) au Royaume-Uni entre 2021 et 2023. Dans les deux cas, plus de 80% des parasites interceptés étaient des insectes. Mais, ceux-ci ne sont pas seuls: «Des champignons, des reptiles, des araignées et divers nuisibles agricoles sont transportés vivants à travers le monde sur des plantes ornementales», est-il expliqué. Sont spécifiquement désignées des variétés sauvages, comme les orchidées et les cactus, faisant parfois l’objet d’un commerce illégal. «Même avec un commerce mondial de plantes ornementales cultivées, il existe toujours un marché pour les espèces rares prélevées dans la nature, ce qui peut entraîner un déclin rapide des espèces, ainsi qu’une augmentation des risques que des parasites sauvages et des maladies des plantes puissent entrer dans la chaîne d’approvisionnement», a déclaré le Dr Amy Hinsley, chercheuse de l’université d’Oxford, qui a participé à l’étude.

Champagne: forte baisse des expéditions en 2024 dans un contexte «d'incertitudes économiques»

Les expéditions de champagne en 2024 ont atteint 271,4 millions de bouteilles, enregistrant une baisse de 9,2% par rapport à 2023, a annoncé le 18 janvier le Comité champagne dans un communiqué. En 2024, le marché français représente 118,2 millions de bouteilles, soit une baisse de 7,2% comparé à 2023, a-t-il détaillé. Selon le Comité, ce déclin sur le marché national reflète le climat de «morosité politique et économique ambiante». A l'international, les exportations s'élèvent à 153,2 millions de bouteilles, soit un recul de 10,8% par rapport à 2023. Toutefois, «la part des exportations (56,4 % du total) reste nettement supérieure aux ventes sur le marché national, ce qui confirme le renversement observé depuis quelques années», a précisé le Comité. Le Champagne est «un véritable baromètre de l'état d'esprit des consommateurs. Et l'heure n'est pas à la fête, entre inflation, conflits dans le monde, incertitudes économiques et attentisme politique dans certains des plus grands marchés du champagne, comme la France ou les États-Unis», a commenté dans le communiqué Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons, co-président du Comité Champagne.

Pommes de terre: une production française 2024-2025 à 7,7 Mt (syndicats)

La production hexagonale de pommes de terre de conservation, pour la présente campagne commerciale 2024-2025, est évaluée à 7 711 209 tonnes, indique un communiqué commun de l'UNPT (producteurs, FNSEA) et du CNIPT (interprofession) le 17 janvier. Il s'agit d'une progression de 12,2 % par rapport à 2023-2024, résultant essentiellement de la croissance des surfaces cultivées, de 11% annuellement, à 178 900 ha (source: Agreste). Les deux syndicats relèvent par ailleurs une demande nationale industrielle dynamique, ainsi que l'accroissement de l’intérêt de certains pays voisins, qui ont connu des déboires dans leurs récoltes. Néanmoins, les représentants de la filière déplorent «l’incapacité persistante à retrouver les niveaux de rendement atteints il y a dix ans. Cette stagnation soulève des questions cruciales sur l’avenir des rendements à moyen et long terme et sur ses conséquences directes pour la production nationale.» Les rendements décrochent en effet légèrement entre 2023 et 2024, passant de 44,9 t/ha à 44,5 t/ha.

Biotechnologies: Avril reprend les activités du chimiste Pivert

Le groupe Avril a annoncé reprendre les activités de la société Pivert, basée dans les Hauts de France et spécialisée dans les biotechnologies et la chimie, dans un communiqué du 17 janvier. Cela fait suite à la décision du tribunal de commerce de Compiègne, « en résolution d’une procédure de redressement judiciaire », précise le groupe. Contacté par Agra Presse, le service communication du groupe indique que « sur les 30 collaborateurs de Pivert, 21 seront conservés ». En revanche, aucune information n’a été dévoilée au sujet du montant de l'opération. La nouvelle entité prendra le nom d’Avril Technologie Végétale (ATV), filiale détenue à 100 % par Avril. Elle hébergera une autre filiale, Evertree, spécialisée dans la production d’adhésifs à partir de protéine de colza et de tournesol, et se situera à proximité du site français d’Oléon, également propriété d’Avril, et dédié à l’oléochimie. Paul-Joel Derian, directeur développement durable et innovation d’Avril, et directeur Avril Incubateurs, déclare dans le communiqué que l’opération permet de renforcer « notre capacité d’innovation autour du végétal, en réunissant dans une même unité géographique plusieurs activités d’Avril, tout en restant ouvert aux entreprises innovantes du secteur ». 

Décès de l'ancien ministre Didier Guillaume, chef du gouvernement de Monaco

L'ancien ministre français de l'Agriculture, Didier Guillaume, devenu en septembre ministre d'Etat de Monaco chargé de diriger le gouvernement de la principauté, est décédé le 17 janvier d'une «maladie fulgurante», a annoncé la Principauté. Le président Emmanuel Macron a salué la mémoire de cet «élu enraciné dans la Drôme, humaniste en République». «Son engagement pour les autres était comme lui, vibrant, chaleureux, entier. De Bourg-de-Péage à Monaco. Je pense à sa famille. Je perds un ami», a-t-il écrit sur X. Âgé de 65 ans, ce Drômois avait accumulé les mandats dans son département: maire de Bourg-de-Péage (1995-2004), président du Conseil général de la Drôme (2004-2015) puis sénateur (2008-2018). Spécialisé dans les questions agricoles, cet ancien fidèle de François Hollande puis de Manuel Valls avait finalement accédé à un portefeuille gouvernemental sous Emmanuel Macron, en étant chargé de l'Agriculture de 2018 à 2020. Auparavant, ce passionné de rugby avait été pressenti pour prendre la tête du comité d'organisation de la Coupe du monde 2023. Il y avait renoncé, la fonction étant essentiellement honorifique. Après son départ du gouvernement en juillet 2020, il était devenu membre de la Ligue nationale de rugby et conseiller du président sur les affaires publiques.

Évènementiel: Albert Richard nouveau président du Sival

À l’occasion de la 38e édition du Sival, qui s’est tenue du 14 au 16 janvier dernier, Bruno Dupont, après deux décennies à sa tête, a passé le relais de la présidence du salon angevin à Albert Richard, arboriculteur et président des Vergers d’Anjou. Ce dernier exploite à  Corzé, près d’Angers, 30 ha de pommiers et de 3 ha de cerisiers. Outre la présidence de Vergers D’Anjour, Albert Richard détient plusieurs mandats d’administrateurs (Felcoop, ANPP, Afidem, CTIFL, Idfel, Pink Lady Europe, Blue Whale) et il est président de la Sica Transfofruits. Il souhaite, pour les années à venir, pérenniser le travail de son prédécesseur et engager une réflexion sur l’attractivité du salon notamment auprès des nouvelles générations.

Addendum à l'agenda de la semaine agricole du 20 janvier 2025

Mercredi 22 janvier
Carrefour des gestions locales de l'eau, à Rennes (jusqu'au 23)
Colloque sur la protection des pollinisateurs à l'Assemblée