Agrafil du 22 février 2025

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Allemagne: les élections fédérales de dimanche pèseront sur les décisions européennes

Les résultats des élections fédérales allemandes anticipées qui se tiennent le dimanche 23 février auront des conséquences sur la politique européenne des prochains mois. Le camp conservateur (CDU/CSU) est actuellement largement en tête des sondages, avec 30%, suivi de l’AfD (extrême droite), avec 20% puis du Parti social-démocrate (SPD) du chancelier Olaf Scholz avec seulement 15% des intentions de vote, devant les Verts (14%). Les libéraux du FDP, qui ont entraîné la chute du gouvernement actuel en le quittant, ne devraient même pas atteindre le seuil minimal de 5%. Si ces prévisions se confirment dans les urnes, les Conversateurs devraient former une coalition avec les sociaux-démocrates et peut-être un troisième parti. Un résultat qui devrait signer le retour d'un ministre de l’Agriculture issu des rangs de la CSU/CDU en remplacement du Vert Cem Ozdemir actuellement en poste. Lors des précédentes élections en 2021, il avait fallu un peu plus de deux mois pour que le gouvernement (issu d’une coalition entre le SPD, les Verts et les libéraux du FDP) prenne ses fonctions. Au niveau de l'UE, les premières conséquences de ce changement de majorité devraient se faire sentir sur les orientations du futur budget européen. Mais cela pourrait aussi faire bouger les lignes sur un dossier comme les nouvelles techniques génomiques (NGT) si celui n'est pas réglé d'ici là, l'Allemagne faisant partie des Etats membres les plus réticents à la proposition de déréglementation mise sur la table par Bruxelles.

Salon de l'agriculture: un an après une visite calamiteuse, le retour de Macron

Après la visite calamiteuse d'Emmanuel Macron l'an passé, en pleines mobilisations agricoles, l'Elysée table sur un format classique cette année: inauguration de bon matin du grand rendez-vous annuel du monde agricole, passage obligé auprès d'Oupette, la vache égérie de cette édition, et puis début d'une longue déambulation pendant «le temps qu'il faudra, ni dans une logique de marathon ni dans une logique express», dixit son entourage. Depuis un an, le contexte politique a considérablement affaibli l'influence du président de la République. L'Elysée n'a d'ailleurs pas organisé de briefing pour la presse en amont de cette édition, ni de consultation des syndicats. Il faut dire qu'en 2024, c'est l'annonce par un conseiller présidentiel, aux journalistes, d'un grand débat au salon entre Emmanuel Macron et plusieurs acteurs, dont le collectif écologiste radical Les Soulèvements de la Terre, qui avait contribué à mettre le feu aux poudres. Difficile de prédire l'accueil qui sera réservé à cette visite, qui intervient après des élections faisant la part belle à la Coordination rurale, et une loi d'orientation agricole (LOA) qui vient tout juste d'être adoptée. «Le président sera très probablement pris à parti», prédit le président de la FNSEA Arnaud Rousseau, évoquant des «services de sécurité (...) un peu sur les dents». La présidente de la Coordination rurale (CR), Véronique Le Floc'h, a, elle, prévenu le 21 février sur Europe 1 que sa venue risquait d'être une «provocation» qui «allumera le feu». Mais elle a aussi assuré avoir passé à ses sympathisants un message d'apaisement, dans l'espoir qu'Emmanuel Macron «aura vraiment quelque chose» à leur dire.

Salon de l'agriculture: la taille des cortèges politiques limitée cette année

A l'occasion du 61e Salon international de l'agriculture, le président Jérôme Despey a décidé de mieux encadrer les visites politiques pour faciliter le dialogue avec des agriculteurs qui attendent des réponses face aux crises multiples. Une Charte des pratiques pour le bien-vivre ensemble au Salon de l'agriculture propose notamment de limiter les délégations politiques à 25 personnes, hors sécurité, a-t-il indiqué à l'AFP. «Le Salon, c'est 82 visites protocolaires. Les délégations de partis politiques pouvaient atteindre 30, 40, 60, 80 personnes. Ce n'est plus possible. Et quels que soient les partis politiques, quels que soient les ministères, pas plus d'une journée (de visite), et on évite le tractage pour les partis.» Le viticulteur a également «écrit à toutes les organisations syndicales pour dire que le Salon était un lieu d'expression: on peut s'exprimer auprès d'un président de la République ou d'un représentant d'un parti politique, on peut être en désaccord avec ce qu'il dit, il peut y avoir des discussions, des confrontations. Mais dans le respect des biens et des personnes».

Salon de l'agriculture : les JA attendent du président Macron «un plan de défense de l’agriculture»

A l’occasion de la visite d’Emmanuel Macron au Sia le 22 février, les Jeunes agriculteurs vont demander au président de la République «un plan de défense de l’agriculture». «L’arme alimentaire est au cœur des sujets géopolitiques», a expliqué le patron du syndicat Pierrick Horel, lors d’une conférence de presse la veille. Pour justifier sa demande de «plan de défense de l’agriculture», il pointe les «attaques» du président américain Donald Trump, avec des «pressions douanières très fortes» sur les produits français et européens. La réponse doit se décliner en trois points, selon lui. «Si le président de la République ne donne pas à la France une capacité à se protéger, à répondre à ces attaques-là, on sera très vite dépassés», a souligné Pierrick Horel. «On ne peut pas subir tout le temps des mesures douanières coercitives sur nos produits à l’export.» Le «plan de défense» doit également assurer la capacité de «produire et exporter de façon durable». Il en va de l’attractivité du métier pour les jeunes, selon lui. En matière d’exportation, Pierrick Horel évoque «des horizons à explorer», comme l’Inde. Et de réclamer enfin que l’agriculture ait sa part dans «la stratégie autour du développement de la technologie et notamment de l’intelligence artificielle».

Numérique: Agdatahub repris par un éditeur de logiciels français, pour le «pérenniser»

Placée en cessation de paiement le 14 novembre, la société AgDataHub (infrastructure de partage de données agricoles) a été reprise le 4 février par NetFrame (logiciels informatiques) en vue de la conforter dans son rôle historique, annonce cet éditeur de logiciel français spécialiste  du «cloud souverain» dans un message adressé à Agra presse et l'AFP le 21 février. Netframe «reprend les actifs techniques afin de pérenniser les infrastructures d'échange de données et surtout de développer un opérateur numérique au service des acteurs agricoles : des exploitations, des filières, des institutions, des coopératives et du Ministère de l'agriculture», peut-on lire dans le communiqué. Victime collatérale de la dissolution de l'Assemblée, AgDataHub avait été placée en redressement faute d'avoir pu recevoir à temps les engagements financiers de l'Etat, qui devait devenir actionnaire majoritaire. Agdatahub avait été créé en 2016 par l’Acta (instituts techniques) et l’APCA (chambres d’agriculture) sous le nom d’ApiAgro. La société devait animer le projet européen CEADS (data space agricole). «Nous espérons ainsi préserver le statut de Dataspace agricole de la France acquis par le Agdatahub, ainsi que son rôle d’authentification de l’agriculteur dans ses échanges de données, notamment avec les pouvoirs publics», indique l'équipe de Netframe.

Agriculteur actif/sociétés : le critère des 5 % conforté au Conseil d’État

Dans un avis rendu le 21 février, le Conseil d’État a rejeté la demande du Château de Campuget, une SAS viticole, de faire annuler l’arrêté du 13 mai 2023 du ministère de l’Agriculture sur l’accès au statut d’agriculteur actif (et donc aux aides Pac). Pour les sociétés dont aucun associé n’est affilié à l’Atexa (assurance maladie des exploitants), ce texte fixe un plancher de 5 % de détention des parts sociales pour ses dirigeants. Lors de l'audience début février, la rapporteure publique avait rappelé que cette disposition, qui concerne des sociétés anonymes (SA), des SAS, SARL ou certaines SCEA, permet de «garantir un minimum de pouvoir décisionnel et de vérifier que le dirigeant est bien intéressé au résultat». Et pour ce faire, le critère choisi était, selon elle, «objectif et rationnel». Le requérant arguait d’une discrimination selon le statut sociétaire choisi ; mais la rapporteure a souligné que si cette condition capitalistique n’est pas requise pour les sociétés dont un des associés est affilié à l’Atexa, c’est que ces derniers sont rattachés à des formes sociétaires (Gaec, GFA exploitants…) garantissant d’ores et déjà l’atteinte desdits objectifs. La rapporteure proposait ainsi au Château de Campuget de faire évoluer son capital, détenu actuellement à 0,0012 % par son président.

Foncier : les Jeunes agriculteurs réclament des «Etats généraux» cette année

Confirmant leur demande d’une réforme des politiques foncières agricoles, les Jeunes agriculteurs ont émis le 21 février l’idée du lancement «cette année» d’Etats généraux. «On doit redonner de l’attractivité à certains dispositifs», a déclaré le président des JA Pierrick Horel, lors d’une conférence de presse d’avant Salon de l'agriculture. Et de proposer à cette fin «quelque chose qui pourrait s’apparenter à des Etats généraux du foncier cette année». Jeunes agriculteurs «va faire signer des chartes d’engagement (pour une réforme foncière) à des partenaires qui travaillent sur le sujet», a-t-il expliqué, citant les Safer, les collectivités territoriales. L’idée est de lancer les discussions «sur la base des propositions élaborées par les JA», d’après le syndicat qui a élaboré un document de travail. Auditionné le 24 septembre à l’Assemblée nationale, le vice-président Julien Rouger avait détaillé ses positions. JA propose notamment de s’appuyer sur l’accord de 2021 entre les sections des fermiers (SNFM) et des propriétaires (SNPR) de la FNSEA. Leur projet de réforme vise notamment à limiter les contentieux, inciter les propriétaires à mettre à bail, tout en facilitant l’installation des jeunes dits «hors cadre familial».

Betterave : Tereos s’associe à Lénéo pour produire du biométhane sur son site de Morains

La coopérative Tereos et Lénéo, start-up proposant des solutions innovantes dans le domaine des énergies vertes, annoncent, le 18 février, avoir signé un accord pour créer une unité de production de biométhane, de carburant et de produits décarbonés à Morains (Marne) sur le site de l’ancienne distillerie du groupe sucrier, fermée en mars 2023. La capacité de l’usine monterait à 200 GWh de gaz renouvelable par an. Cette énergie serait produite à partir de matières organiques locales et serait destinée aux acteurs du territoire, notamment le monde agricole : une tonne de résidus de cultures permettrait de produire, sous forme de biométhane ou de bioGNV, l’équivalent énergétique de près de 200 litres de diesel. Pour mener à bien ce process, Lénéo utilisera également de l’eau et des coproduits issus de l’activité de transformation de la betterave sucrière de Tereos et génèrera la production d’un amendement organique : du carbone stable sera ainsi restitué aux sols. Le projet, d’un montant de plus de 60 millions d’euros, devrait créer 35 emplois sur les volets agricole, logistique et industriel : sa mise en service est prévue à l’horizon 2028-2029. (Anne Gilet)

Ovosexage : les distributeurs demandent l’accord de novembre et la levée du boycott

Dans un communiqué commun diffusé ce 21 février, les deux fédérations de la distribution FCD et FCA, représentant le collège des distributeurs de l’interprofession de l’œuf, demandent au gouvernement de mettre en œuvre l’accord interprofessionnel de financement de l’ovosexage « de principe » qui avait été trouvé en novembre 2024. Elles appellent aussi les éleveurs à « lever le boycott » privant certaines enseignes d’œufs en représailles de l’annulation d’une conclusion d’accord qui devait avoir lieu sous l’égide du ministère le 20 février, du fait de l’absence des distributeurs. A quelques jours de l’échéance, prolongée jusqu’à la fin février, du précédent accord interprofessionnel, les distributeurs se déclarent en faveur de la solution consistant, selon nos informations, à faire supporter une part du coût de l’ovosexage (20% selon le CNPO en novembre) sur les circuits de la restauration, ce coût étant jusqu’alors supporté uniquement par la GMS. La FCD et la FCA demandent au gouvernement de «valider juridiquement» l’accord de novembre alors que celui-ci avait émis des doutes en janvier 2025 sur ce plan. Le communiqué rappelle qu’avant cet accord, le collège de la distribution avait demandé au ministère de proposer une solution de financement, ce qu’il n’a pas obtenu.

Porc : Inaporc valide sa démarche de RSE «Demain, Le Porc» par un sondage

A travers une enquête CSA auprès de consommateurs en janvier 2025, l’interprofession du porc valide sa trajectoire de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) qu’elle avait présentée en juin 2024 sous l’intitulé «Demain, Le Porc». Ainsi, 92% d’un échantillon représentatif d’un millier d'adultes «déclare son soutien» à la démarche, d’après le compte rendu d’Inaporc remis à la presse le 20 février. La stratégie se compose d'objectifs d’amélioration du bien-être animal et de diminution de la production de gaz à effet de serre tout en maintenant une production nationale équivalente à la consommation. Plusieurs objectifs sont fixés à l’horizon 2035 : la couverture d’au moins 100% des besoins en viande (contre 98% en 2024 selon Inaporc), 50 % de produits porteurs du logo «Le Porc Français» en rayon, une truie sur deux élevée en bâtiment « liberté » (100% dans les nouvelles construction), des émissions de gaz à effet de serre et d’ammoniac réduites de 25%. La démarche comprend aussi la poursuite de la réduction des traitements antibiotiques et des teneurs en nitrites des charcuteries. 

Origine : Naturalia vise 80% de ses MDD portant l’étiquetage Origin’Info en 2026

L’enseigne spécialisée bio Naturalia (filiale de Monoprix) prévoit qu’en 2026, 80% de ses produits alimentaires sous marque de distributeur (MDD) porteront l’étiquette Origin’Info. Selon un communiqué diffusé le 21 février à la veille de l’ouverture du Salon de l’agriculture, Naturalia précise que cet étiquetage concernera 200 références l’année prochaine, sur un total de 220 références alimentaires sous MDD. «Le premier produit porteur du logo Origin’Info (la sauce tomate Naturalia) est visible en magasin depuis fin janvier 2025. Les autres devraient commencer à arriver courant mars 2025 en rayon», indique l’enseigne, surtout présente en région parisienne. A terme, son but est de généraliser l’étiquette Origin’Info à 100% de ses références sous MDD. Lancé en 2024 par l’Etat, l’étiquetage Origin’Info vise à indiquer la provenance des matières premières agricoles des principaux ingrédients d’un produit transformé. L’étiquetage n’est pas obligatoire et repose sur une démarche volontaire de l’industriel. Lors du lancement en mai 2024, 119 marques avaient adhéré à la démarche.