Protéines végétales: la Commission européenne prépare un plan pour début 2023
La Commission européenne «présentera au premier trimestre de l’année prochaine» un plan pour le développement de la production de protéagineux dans l’UE, a annoncé le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski aux ministres des Vingt-sept réunis le 21 novembre à Bruxelles. Plusieurs d’entre eux lui avaient demandé une stratégie en la matière pour, notamment, participer à la réduction de la dépendance de l’UE aux importations d’engrais dont les prix s'envolent. Le commissaire européen n’a pas apporté de réelles précisions sur les pistes explorées, se contentant de rappeler que, dans le cadre de la nouvelle Pac, les protéagineux pourraient être soutenus via les éco-régimes et les soutiens couplés. Le même jour, la Commission européenne a publié son bilan annuel de la production et de la consommation de protéines végétales, qui montre que l'autosuffisance de l'UE pour toutes les sources de protéines devrait se maintenir à 77% en 2022, malgré des disponibilités moindres en maïs en raison de la sécheresse de cet été. Toutefois, pour les tourteaux d'oléagineux (soja, colza, tournesol), l'UE ne produit que 26% de sa consommation destinée principalement au secteur de l'élevage.
Engrais: plusieurs ministres demandent des fonds en dehors de la Pac
Plusieurs ministres de l'Agriculture* réunis le 21 novembre dans le cadre du Conseil à Bruxelles ont regretté que les mesures financières (aides d’État, réserve de crise agricole) proposées le 9 novembre par la Commission européenne dans sa stratégie sur les engrais soient insuffisantes pour soutenir durablement les agriculteurs face à la flambée des prix des engrais. Ils estiment que la solution la plus adaptée serait d’utiliser des fonds situés en dehors de la Pac. Toutefois, le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski a expliqué que «la Commission avait mis sur la table tous les instruments financiers qu’il était encore possible d’activer». Il a assuré avoir «bon espoir que l’argent versé via les aides d’État soit utilisé efficacement afin de soulager immédiatement la vie des agriculteurs». Sur ce point, plusieurs ministres de l’Agriculture (Slovaquie, Irlande, Grèce, Croatie) ont émis des doutes quant à la pertinence d’un tel outil en raison des risques de distorsions de concurrence qu’il pourrait engendrer entre les États membres. Sur la réserve de crise agricole, Janusz Wojciechowski a indiqué en conférence de presse qu’«aucun État membre n’a encore appelé à l’activer». À l’heure actuelle, «ils ont encore besoin de temps pour évaluer la marge de manœuvre dont ils disposent pour aider à court terme leurs agriculteurs» avant d'avoir recours à cet instrument, a-t-il-précisé.
* Grèce, Hongrie, Croatie, Malte, Slovénie, France, Lituanie
Céréales: la start-up Infarm va «relever le défi» du blé indoor
Jusqu'ici spécialiste de la production indoor de légumes feuilles et d'aromates, la start-up néerlandaise Infarm a annoncé le 10 novembre qu'elle sera «la première entreprise à relever le défi de la culture de blé dans des installations indoor», mettant en avant que celle-ci ne serait pas directement affectée par le changement climatique et consommerait moins d'espace naturel que la culture en plein champ. La start-up annonce avoir conduit des essais lui permettant d'atteindre un rendement de 1117 quintaux par hectare et par an, sans précision sur le nombre d'étages de culture et de récoltes par an. Dans une modélisation parue en 2020 dans la revue Pnas, des chercheurs américains avaient estimé le potentiel de la culture de blé indoor entre 7000 et 19 000 quintaux par hectare (qx/ha) et par an, sur 10 étages et plusieurs récoltes par an (jusqu'à cinq). Soit 220 à 600 fois le rendement moyen mondial estimé à 32 q/ha – le record du monde de rendement, en conditions réelles agricoles, se situe autour de 170 q/ha. Les auteurs estiment que ce mode de culture «consommait moins de terre arable, serait indépendant du climat, réutiliserait davantage d'eau, se protégerait des maladies et ravageurs, et n'aurait pas de pertes de nutriments dans l'environnement». Toutefois, avertissaient-ils, «compte tenu du coût énergétique élevé de l'éclairage artificiel et des capitaux requis, il est peu probable qu'il soit économiquement viable aux prix de marché actuels».
Biodiversité: les ministres de l'Agriculture s'inquiètent des nouveaux objectifs proposés
Les ministres de l’Agriculture de l’UE, réunis le 21 novembre à Bruxelles, ont dans leur grande majorité exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis des propositions de la Commission européenne sur la restauration de la nature. Présenté au mois de juin, le projet prévoit de réparer les 80% d’habitats européens en mauvais état, dont les écosystèmes agricoles. Pour y parvenir, le texte fixe des objectifs contraignants face sur la lutte contre le déclin des pollinisateurs, des populations de papillons et d’oiseaux dans les zones agricoles, sur le carbone des sols ou encore sur les caractéristiques paysagères à haute diversité. Mais les ministres estiment que ces dispositions risquent de remettre en cause la sécurité alimentaire de l’UE. Beaucoup considèrent également que les délais fixés, comme inverser le déclin des populations de pollinisateurs d’ici 2030, ne sont pas réalistes. Pour le ministre français Marc Fesneau il faut faire attention à ce que «l’empilement des zonages et des contraintes ne devienne ingérable». Ces propositions font «doublon avec les directives Oiseaux et Habitats», a ajouté la ministre portugaise Maria do Ceu Antunes. Les ministres s’inquiètent enfin du manque de moyens financiers prévus pour soutenir les objectifs proposés.
Pac: trois nouveaux plans stratégiques nationaux validés, dont celui de l’Allemagne
La Commission européenne a validé le 21 novembre trois nouveaux plans stratégiques nationaux de la Pac, ceux de l’Allemagne, de la Grèce et de la Lituanie. À un peu plus d’un mois de l’entrée en vigueur de la nouvelle Pac (le 1er janvier 2023), dix plans doivent encore être approuvés. Les trois nouveaux plans disposent de budgets de 30,5 milliards d’euros (Mrd€) pour l'Allemagne, 13,4 Mrd€ pour la Grèce et 3,9 Mrd€ pour la Lituanie. L’Allemagne avait remis son projet de plan stratégique national avec près de deux mois de retard sur le calendrier prévu. Le ministre Cem Ozdemir, nouvellement nommé, avait voulu imposer sa marque – plus verte – au projet préparé par sa prédécesseuse. Les plans grec et lituanien mettent, eux, l’accent sur les petites et moyennes exploitations, en ayant recours en particulier aux paiements redistributifs et aux soutiens couplés.
Influenza aviaire: premiers cas en élevage dans le Tarn, le Nord et le Pas-de-Calais
Après la confirmation d’une contamination par l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP), l’ensemble des poules pondeuses d’un élevage proche d’Albi (Tarn) ont été abattues le week-end dernier, informe France 3 Occitanie le 20 novembre. La télévision locale cite un communiqué de la préfecture du Tarn, qui fait état «des derniers résultats d’analyses transmis par le laboratoire de référence et de la forte augmentation du taux de mortalité observé ces dernières heures». Il s’agit du premier cas dans ce département. Par ailleurs, un premier cas en élevage dans le département du Nord a été détecté à Le Doulieu, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Lille. «Un élevage en lien épidémiologique avec ce foyer situé sur la commune d’Allouagne (…) dans le département du Pas-de-Calais a également été déclaré infecté d’IAHP le 16 novembre», ajoute la préfecture dans un communiqué. Un troisième cas, toujours en lien épidémiologique avec celui du Doulieu, a également été confirmé à Illies (Nord), selon la carte de nos confrères de Réussir Volailles. Au niveau national, la France compte 66 foyers confirmés en élevage au 18 novembre (sans compter le cas tarnais), en grande majorité dans l’Ouest. L’Hexagone est passé en risque «élevé» le 10 novembre, ce qui implique la mise à l’abri obligatoire des volailles.
Fromages AOP: la protection de l’apparence visuelle du morbier reconnue par la justice
La cour d’appel de Paris a accepté, le 18 novembre, la demande du syndicat interprofessionnel du morbier «de reconnaître que la reprise de son apparence visuelle caractéristique était de nature à induire le consommateur en erreur» et à porter atteinte à l'AOP, indique le syndicat dans un communiqué du même jour. «Au-delà du cas particulier du seul morbier, l’arrêt rendu ce jour était attendu par tous les produits AOP dont le succès même est source de tant de tentatives d’imitations et de confusions», déclare le syndicat. La décision de la cour d’appel s’appuie sur un avis rendu en décembre 2020 par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) portant sur l’interprétation du règlement européen sur les appellations d’origine. Cet avis interdit «la reproduction de la forme ou de l’apparence caractérisant un produit couvert par une dénomination enregistrée» lorsque cette reproduction est «susceptible» d’induire le consommateur «en erreur». La CJUE avait été saisie dans le cadre d’une procédure engagée en 2013 opposant le syndicat du morbier à la Société fromagère du Livardois. L’AOP reprochait à l’industriel de «commettre des actes de concurrence déloyale et parasitaire» en reprenant des caractéristiques de son fromage et notamment sa raie sombre centrale et horizontale.
NBT: Greenpeace demande un étiquetage obligatoire à la grande distribution
Dans 23 villes françaises, les groupes locaux de Greenpeace France se sont mobilisés le 19 novembre autour de supermarchés pour inviter les enseignes de la grande distribution à demander au gouvernement la mise en place de l’étiquetage obligatoire de «tous les OGM», dont les «nouveaux OGM» ou NBT. «Sans le savoir, nous pourrions retrouver demain des nouveaux OGM dans nos champs et nos assiettes. (…) La grande distribution a le pouvoir de changer les choses en interpellant le gouvernement pour plus de transparence», précise Suzanne Dalle, chargée de campagne agriculture à Greenpeace France, citée dans un communiqué de presse publié le 19 novembre. Cette journée nationale intervient alors que des discussions sur un possible assouplissement de la législation concernant les NBT sont en cours au niveau européen. Concernant ces derniers, Greenpeace estime que «le principe de précaution doit être respecté» et qu’une «réglementation stricte» doit être mise en place. Aux yeux de l’association, ils comportent en effet «les mêmes risques pour la biodiversité que les OGM classiques». Et d’ajouter qu’ils «renforcent le poids économique d’une poignée de multinationales qui s’approprient les semences, contribuant ainsi à l’industrialisation de l’agriculture et à la dépendance du monde paysan».
Blé tendre sans résidu de pesticides: absence de débouchés, mais des «signaux positifs»
À l’occasion de son assemblée générale organisée le 21 novembre, la filière CRC (Culture raisonnée contrôlée) – qui pèse 10% des blés écrasés par la meunerie – a fait le point sur la poursuite de sa production de blé tendre sans résidu de pesticides pour la seconde année consécutive, pour laquelle trois organismes stockeurs sont aujourd’hui «engagés dans la course»: Ynovae, Cavac, le négoce Néolis. Malgré des «signaux positifs de la part du marché», le dossier du blé tendre sans résidu de pesticides «arrive peut-être un peu tôt face au contexte économique actuel», a précisé Marc Bonnet, directeur général de la filière CRC. Faute de marché, la récolte de ce blé tendre a d’ailleurs été vendue via la filière CRC classique. «Aujourd’hui, nous n’avons pas trouvé de débouché pour ce blé tendre sans résidu de pesticides», a reconnu Jean-Luc Billard, directeur général d'Ynovae, laquelle ne renouvellera pas la campagne pour une troisième année en attendant de voir «comment le marché se structure». La filière rassemble 131 adhérents, soit 36 coopératives et négoce, 58 meuniers, 28 industriels et neuf distributeurs. Sa récolte 2022 totalise 540 000 t de céréales, dont 528 525 t de blé tendre, quelque 8263 t de seigle, des tonnages plus faibles en blé dur, grand épeautre et sarrasin.
Prairies: grâce à une belle arrière-saison, pas d’alerte sur les stocks de fourrages cet hiver
«Grâce aux reports de stock de l’année 2021, la majorité des éleveurs et éleveuses sont sereins pour cet hiver mais sont préoccupés par la possibilité que l’année 2023 puisse ressembler à 2022, auquel cas les bilans fourragers seraient loin de l’équilibre», rapporte la dernière note agro-climatique de l’Idele (Institut de l'élevage), publiée le 17 novembre. Avec le retour des pluies mi-septembre et les températures «exceptionnellement douces» au mois d’octobre, les prairies se sont remises du «choc» de l’été. «Si elles ont mis du temps à reverdir en septembre, elles ont par la suite montré une très bonne capacité de résilience au chaud et au sec: la plupart d’entre elles se sont redensifiées et sont reparties en croissance à partir de début octobre», soulignent les auteurs de la note. La situation reste cependant hétérogène «en fonction de la répartition des précipitations». Le pâturage a repris à l’automne après avoir été interrompu cet été en raison des fortes chaleurs et du déficit de pousse d’herbe. Et «de très nombreux chantiers d’ensilage et d’enrubannage se sont prolongés jusqu’à mi-novembre dans des conditions très correctes» avec une herbe de «très bonne qualité», informe la note. Cependant, la repousse automnale ne compense pas les pertes liées à la sécheresse, comme le soulignait une note récente d’Agreste (voir Agrafil du 31 octobre).
Enseignement: réunion interministérielle sur l'avenir du domaine de Grignon
Une réunion interministérielle devait se tenir le 21 novembre à Matignon à propos de l'avenir du site de Grignon, berceau de l'agronomie française, qui accueillait l'école d'ingénieurs agronomes AgroParisTech (déménagée sur le plateau de Saclay), un an après le renoncement de l'État à le vendre au promoteur immobilier Altarea Cogedim. À l'issue de la réunion le 21 novembre à midi entre plusieurs ministères dont celui de l'Agriculture, une décision devait être prise sur l'avenir du site, selon l’AFP, qui cite une source proche du dossier, sans préciser d'échéance. Il y a un an, l'État avait finalement renoncé à vendre le site à Altarea Cogedim après la mobilisation d'élus, d'associations de défense de l'environnement et d'anciens et actuels élèves d'AgroParisTech. Ceux-ci reprochaient à Altarea de ne pas respecter le patrimoine environnemental du site et de vouloir «démanteler le domaine». «Il n'est pas possible de maintenir la procédure actuellement engagée. Une nouvelle procédure de cession» du domaine «sera lancée au second semestre 2022», avait indiqué dans un communiqué la préfecture le 15 novembre 2021. Le domaine de Grignon comprend un château du XVIIe siècle, inscrit aux monuments historiques, 130 hectares de terres agricoles, dont une ferme expérimentale, et plus de 133 hectares de bois.
Fruits et légumes: Arnaud Le Gualès nouveau directeur de Demain la terre
Marc de Nale quitte ses fonctions de directeur général de l’association Demain la Terre après neuf ans passés à ce poste, indique l’association dans un communiqué le 21 novembre. Il est remplacé par Arnaud Le Gualès, chargé de développement commercial de l’association depuis septembre 2021, selon sa page LinkedIn. Ce dernier est par ailleurs président de Lucinière & Co, une société de conseil en affaires et gestion auprès des entreprises du secteur agri-agro implantée en Loire-Atlantique. Marc de Nale avait annoncé son départ à la presse mi-novembre. Il a confié prendre «la direction générale d’un organisme de formation professionnelle agricole et agroalimentaire». Pour rappel, l’association Demain la Terre rassemble 24 entreprises agricoles de fruits et légumes (frais et transformés). Elle se veut une référence en matière de RSE et fait partie du Collectif de la troisième voie des filières agricoles et agroalimentaires responsables.