UE-Mercosur : l’application provisoire de l’accord n'est pas une option abandonnée
Alors que le Parlement européen a décidé, le 21 janvier, de saisir la Cour de justice de l’UE au sujet de la compatibilité de l’accord commercial UE-Mercosur avec les traités européens, l’application provisoire du texte sans l’aval de Strasbourg n’est pas une option écartée. À l’issue de la réunion informelle des chefs d’État et de gouvernement du 22 janvier à Bruxelles, le président du Conseil européen, le portugais Antonio Costa, a ainsi appelé Bruxelles à avancer en ce sens. « J’invite la Commission à mettre en œuvre, à titre provisoire, les dispositions de l'accord avec le Mercosur », a-t-il déclaré. Une possibilité soutenue par les États membres partisans du traité, à l’image de l’Allemagne ou de l’Espagne, mais pas par les opposants comme la France, dont le gouvernement considère cette application provisoire comme un « viol démocratique ». Mise sous pression, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a reconnu qu’il existe « un intérêt manifeste à récolter le plus rapidement possible les gains de cet accord ». Et de préciser qu’une décision sera prise au moment où au moins un des pays du Mercosur aura ratifié l’accord. « Nous serons prêts lorsqu'ils le seront », a-t-elle conclu.
UE/États-Unis : après les menaces tarifaires, les dirigeants européens préparent la suite
À l’issue du sommet des chefs d’État et de gouvernement du 22 janvier, où les relations commerciales transatlantiques étaient le principal sujet des discussions, l’UE a fait part de son soulagement tout en restant sur ses gardes après le retrait des menaces douanières de Donald Tump. « Notre attention, à présent, doit porter sur la poursuite de la mise en œuvre de l’accord commercial », a indiqué le président du Conseil européen, Antonio Costa, en conférence de presse. Et d’ajouter : « L'objectif demeure la stabilisation efficace des relations commerciales entre l'UE et les États-Unis ». Le sujet sera à l’ordre du jour de la réunion de la commission du Commerce international du Parlement européen (Cominta) du 26 janvier avec un débat à huis clos. Si la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, pousse pour une reprise rapide des discussions, les sociaux-démocrates (S&D) font preuve de plus de prudence. « Ce n'est pas au président du Parlement de décider du moment opportun », estime la coordinatrice en Cominta, la belge Kathleen Van Brempt. Autre outil un temps envisagé pour répondre à la menace de surtaxes américaines, l'application des contre-mesures correspondant à 93 milliards d’euros d’importations américaines devrait, selon toute vraisemblance, être suspendue au-delà du 6 février.
Budget du ministère de l'Agriculture: le gouvernement met en oeuvre ses annonces, et un «effort»
Dans la version adoptée par 49-3 du volet dépenses du projet de loi de finances (PLF) pour 2026, le gouvernement a légèrement révisé la copie agricole proposée par le Sénat en première lecture, par deux amendements. Un premier vise à financer les mesures d’urgence agricoles annoncées par le gouvernement les 9 et 10 janvier 2026, qui représentent un montant à 308 M€ en autorisation d’engagement (arrachage viticole, aides aux bovins bloqués par la dermatose nodulaire contagieuse, aides aux céréaliers…). Un second amendement a été adopté qui procède par avance à l’annulation d’une partie de la mise en réserve de crédits du ministère de l'Agriculture, pour un montant de 43,4 M€ (dont 36,5 M€ pour le programme 149 Compétitivité et durabilité, 5,9 M€ pour la sécurité et la qualité sanitaires, 1M€ pour la conduite et le pilotage des politiques agricole). «Ce nouvel effort en dépenses de l’État permettra de tenir l’objectif d’une baisse en valeur des crédits ministériels hors ministères régaliens», explique le gouvernement, alors que l'AFP annonçait que le ministère de l'Agriculture ferait partie des budgets épargnés par les nouveaux efforts demandés par Sébastien Lecornu. Par ailleurs, le gouvernement modifie la répartition des crédits choisie par le Sénat en première lecture : -161 M€ sur le programme 149 Compétitivité et durabilité de l'agriculture ; +88 M€ sur le programme Sécurité et qualité sanitaires,+66,7 M€ pour la conduite et le pilotage des politiques de l'agriculture.
Prêts garantis : ouverture du dépôt des dossiers pour la deuxième vague de l’Inaf
Dans le cadre de la deuxième vague de l’Initiative nationale pour l’agriculture française (Inaf), dotée de 2 Md€ jusqu’en 2028, « les bénéficiaires potentiels peuvent désormais se rapprocher des réseaux bancaires participants pour déposer leurs dossiers », annonce le ministère de l’Agriculture le 23 janvier. L’Inaf vise à « soutenir la création de valeur ajoutée et la transformation des systèmes de production » en finançant les projets de 15 000 agriculteurs (métropole et Drom) grâce à des prêts garantis par l’État « proposés à des conditions préférentielles ». Il pourra s’agir de projets d’installation, de modernisation, de diversification ou visant à « mieux répondre aux attentes des consommateurs » (filières de qualité, bien-être animal, etc.). Les objets financés pourront être « corporels et incorporels », (capital, foncier, parts sociales, matériel d’occasion, etc.). Le dispositif est porté par le ministère de l’Agriculture et la Banque européenne d’investissement (BEI) – qui ont signé une convention en mai 2025 –, ainsi que par quatre banques (Arkéa, BPCE, Crédit agricole, Crédit mutuel). La contribution de l’État français (garantie) atteindra 225 M€, qui s’ajoutera aux 45 M€ de contribution européenne. Le ministère précise que « des réunions mobilisant l’ensemble des parties prenantes » seront « prochainement organisées » pour présenter le dispositif.
AgroParisTech: les étudiants qui bloquaient une partie du campus expulsés par la police
Les étudiants qui bloquaient depuis le 20 janvier une partie de l’école d’ingénieurs agronomes AgroParisTech à Palaiseau (Essonne) pour protester contre la politique agricole du gouvernement et contre la gouvernance de l’école ont été expulsés par les forces de l’ordre le 24 janvier au matin, a appris l’AFP de sources concordantes. Cette évacuation a été décidée «pour permettre la reprise des cours lundi», une «grande majorité» des enseignements ayant été basculés en distanciel depuis le début de la mobilisation, a indiqué la direction générale d’AgroParisTech à l’AFP. Pour les étudiants, cette expulsion est «vraiment un cap qui a été franchi, de faire rentrer la police au bout de quatre jours parce qu’on a décidé que les négociations n’avançaient pas assez vite», a déploré Antoine (qui a préféré utiliser un prénom d’emprunt), étudiant en troisième année de 23 ans et membre du collectif d’occupants.La direction avait répondu mardi que la composition du conseil d’administration dépendait du ministère chargé de l’Agriculture. «Nous avons fait un certain nombre de propositions (dans lesquelles) nous sommes allés dans leur sens», a assuré le 25 janvier la direction qui considère que «les perspectives de sortie étaient nulles» en raison d’une story Instagram d’Agro en lutte évoquant un "record" de temps d’occupation à battre de 16 jours, datant d’une mobilisation en 2021.
Manifestations/CRS blessé à Strasbourg: un agriculteur relâché sous contrôle judiciaire
Un agriculteur qui avait été placé en garde à vue, suspecté d’avoir grièvement blessé un CRS à l’œil lors d’une manifestation devant le Parlement européen à Strasbourg, a été relâché et placé sous contrôle judiciaire, a appris l'AFP le 23 janvier auprès de la procureure.Quatre autres personnes ont fait l’objet de compositions pénales avec déferrement au parquet, et deux procédures ont été transmises au parquet pour examen, a indiqué la procureure de la République, Clarisse Taron. La composition pénale est une mesure alternative aux poursuites qui permet de condamner rapidement l’auteur de l’infraction, à condition qu’il reconnaisse les faits reprochés. Le 20 janvier, plus de 5.000 agriculteurs de toute l’Europe, notamment français, italiens et belges, s’étaient rassemblés devant le Parlement européen, contre l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur. Cette mobilisation avait été marquée par des heurts, lorsque certains manifestants avaient jeté des oeufs, des bouteilles ou encore des fumigènes contre les forces de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait indiqué mardi soir sur la plateforme X que le policier concerné avait été «blessé très gravement à l’oeil». Il a été opéré et ne perdra pas son oeil, mais devra sans doute faire de la rééducation, a précisé vendredi à l’AFP la police.
Syndicalisme: le président de la CR convoqué par la gendarmerie de Limoges
Le président national de la Coordination rurale (CR) Bertrand Venteau, qui fait l’objet d’une enquête pour avoir déclaré vouloir «faire la peau aux écolos» lors du congrès de l’organisation en novembre, est convoqué lundi à 14H30 par la gendarmerie de la Haute-Vienne, a appris l'AFP auprès du syndicat agricole. La CR 87, qui pointe des propos «largement sortis de leur contexte», appelle de son côté à un «large rassemblement de soutien» lundi à 14H00 devant les locaux de la brigade de recherche de Limoges. Le 19 novembre, Bertrand Venteau avait déclaré, sous les applaudissements: «les écolos, la décroissance, veulent nous crever, nous devons leur faire la peau». L’éleveur nouvellement élu et président de la chambre d’agriculture de la Haute-Vienne avait étayé son propos en lançant: «Il va falloir sortir et combattre les écolos, en les attaquant en justice. Nous devons les combattre (…) Ceux qui veulent notre mort sont partout, nous devons les combattre au quotidien, dans les départements, les régions, jusqu’au ministère». Destinataire de nombreuses plaintes d’élus et associations écologistes, le parquet d’Auch avait ouvert quelques jours plus tard une enquête du chef de «provocation publique non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit».
Lait infantile : deux enquêtes ouvertes après des décès suspects
La justice française a annoncé le 22 janvier l'ouverture d'une enquête sur le décès suspect, le 8 janvier, à l'hôpital Haut-Lévêque de Pessac, près de Bordeaux, d'un bébé né le 25 décembre 2025. « Une fois sorti de la maternité, le nourrisson avait notamment été alimenté, entre le 5 et le 7 janvier 2026, avec un lait artificiel de marque Guigoz (Nestlé) ayant fait l'objet d'un rappel pour une possible contamination par une bactérie Bacillus cereus », a précisé le procureur de la République à Bordeaux, Renaud Gaudeul. À Angers, où une enquête a été ouverte en décembre pour rechercher les causes du décès d'une petite fille de 27 jours, morte le 23 décembre, la mère de l'enfant a recontacté les enquêteurs pour évoquer une boîte de lait Guigoz donnée à son bébé, a indiqué le procureur de la ville, Éric Brouillard. « C'est une piste sérieuse », mais il est « beaucoup trop tôt pour dire que c'est la piste principale », a souligné le procureur, qui a saisi en urgence un laboratoire. Nestlé a engagé le 5 janvier un vaste rappel de laits infantiles des marques Guigoz et Nidal en raison de la présence potentielle de céréulide. Lactalis a également annoncé un rappel de lait infantile dans plusieurs pays.
Lait infantile : le groupe Vitagermine rappelle à son tour des lots de produits
Le groupe Vitagermine a annoncé le 25 janvier le rappel de trois lots de son lait infantile Babybio Optima, à la suite d’une série de rappels d’autres laits infantiles sur fond de risque de contamination d’origine bactérienne. «Dans le contexte sectoriel actuel et suite à l’évolution récente des recommandations des autorités, nous avons procédé à de nouvelles investigations. Les résultats que nous venons de recevoir nous amènent à prendre la décision ce jour de retirer trois lots», indique également le groupe dans son communiqué.Le site rappel.conso.gouv.fr indique aussi que les rappels du groupe Vitagermine ont été réalisés «en raison de nouvelles recommandations des autorités concernant la présence potentielle de céréulide». Plusieurs lots de lait infantile commercialisés en France comme à l’international, notamment par Nestlé et Lactalis, ont récemment fait l’objet de rappels en raison de la présence potentielle de céréulide, une toxine produite par certaines bactéries. Deux enquêtes pénales ont été ouvertes à Bordeaux et Angers après les morts récentes de deux nourrissons ayant consommé un lait infantile rappelé par Nestlé pour cause de "possible contamination" par une substance toxique liée à la bactérie Bacillus Cereus (céréulide), sans "lien de causalité" établi pour l’heure, selon les autorités.
Loup : dans les Bouches-du-Rhône, des attaques sur bovins inquiètent les éleveurs
Des attaques de loups sur des bovins ont fait onze victimes dans les Bouches-du-Rhône en 2025, un phénomène récent, a indiqué le sous-préfet d'Aix-en-Provence, Mathieu Gatineau, lors d'un point presse le 22 janvier. D’après un communiqué, en 2025, le département a connu 72 d'attaques « pour lesquelles l'origine lupine n'a pas été écartée » contre 59 en 2024. Le nombre de victimes, lui, est « stable ». Mais sur les 150 victimes du loup enregistrées, habituellement quasi exclusivement des ovins ou caprins, 11 étaient des bovins, a précisé le sous-préfet à l'issue d'un comité départemental sur le sujet. En Camargue notamment, ont expliqué les autorités, des bovins sont élevés en quasi-liberté, particularité locale qui les rend difficiles à protéger. « Je pense que le loup était présent sur le territoire, il a analysé la façon dont on élève, c'est un animal très intelligent », a témoigné Juliette Fano, éleveuse de taureaux à Istres et présidente de l'association Bovin 13. Comme le rapporte l'AFP, elle a expliqué que les loups attaquaient souvent à deux les bovins, l'un « tuant » le veau pendant que l'autre empêche la mère de défendre son petit. En 2025, a rappelé le sous-préfet, aucun tir de prélèvement n'a été effectué dans les Bouches-du-Rhône. Le résultat, selon les autorités, d'un travail de prévention : 1,2 M€ d'aides ont été consacrés en 2025 à la prévention (104 dossiers).
Porc : en Allemagne, l’obligation d’étiquetage des modes d’élevage est reportée à 2027
Le Parlement allemand a décidé de reporter au 1er janvier 2027 (au lieu du 1er mars 2026) l’entrée en vigueur de la loi sur l’étiquetage obligatoire des modes d’élevage, signale l’Ifip (institut technique français) sur son site internet. Selon les informations collectées par l’agroéconomiste Christine Roguet dans la presse allemande et auprès de l’ISN (filière porcine), les parlementaires ont jugé les règles d’étiquetage peu adaptées à la réalité du terrain, ne prenant pas assez en compte les produits importés et risquant de créer des lourdeurs administratives. L’ISN souhaite un étiquetage clair et harmonisé permettant au consommateur de se repérer à travers plus de 50 programmes de bien-être animal et de modes d’élevage dans la filière porcine en Allemagne. La filière estime aussi que cet affichage faciliterait les négociations commerciales et accélérerait les autorisations de construction ou de modernisation des élevages. L’étiquetage du mode d’élevage des porcs, en préparation depuis 2022, devait s’appliquer initialement le 1er août 2025, mais elle avait été repoussée après la victoire de la droite aux élections fédérales allemandes de février 2025.
Lapin : regain d’intérêt dans l’Ouest, Terrena soutient quatre projets en 2025 et 2026
Le groupement d’éleveurs de lapins de Terrena (une soixantaine d'éleveurs, 2,3 millions de lapins produits en 2025) se renouvelle doucement grâce à l’aide de la coopérative et au soutien des deux abatteurs partenaires (Alliance Lœil Piriot Multilap et ACVL), qui va jusqu’à financer sur 13 ans la construction d’un élevage, selon l’information donnée à Agra Presse par Thomas Humeau, responsable du groupement lapins. Ce dernier assure que l’élevage de lapins suscite à nouveau l’intérêt, notamment auprès des jeunes, grâce à la promotion de nouveaux types d’élevage. Il mentionne les quatre opérations réalisées depuis un an et en cours. En 2025 en Mayenne, un élevage de lapins a été créé « de A à Z » dans une exploitation porcine. En janvier 2026, un jeune s’est installé sur un élevage spécialisé, prenant la suite d’une tierce personne partie à la retraite. Deux autres projets ont été lancés en ce début d’année : l’un est le doublement d’un élevage en Bretagne, avec remplacement des cages de naissage donnant plus d’espace et de confort aux lapines, dans un bâtiment ouvert à la lumière naturelle, et installation d’un parc d’engraissement de 200 à 300 lapins. L’autre est l’agrandissement d’un tiers d’un bâtiment dans les Deux-Sèvres, à des fins de bien-être animal.
Engrais : Jacques Fourmanoir va quitter la présidence de l’Unifa (fabricants)
Jacques Fourmanoir, président de l’Unifa (Union des industries de la fertilisation) depuis le 18 juin 2025, quittera ses fonctions le 31 janvier, a annoncé le syndicat sur LinkedIn. C’est Renaud Bernardi, l’actuel vice-président, qui prendra le relai jusqu’à la mise en place d’une nouvelle gouvernance. La date de la prochaine élection n’est pas encore connue. L’Unifa précise que « cette période de transition s’inscrit dans un esprit de continuité et de responsabilité ». Pour rappel, Jacques Fourmanoir est également directeur général agrofourniture de Timac Agro France. (Anne Gilet)
Addendum à l'agenda de la semaine agricole du 26 janvier 2026
Mardi 27 janvier
Rencontres nationales de l'agriculture bio de conservation (jusqu'au 29)
Erratum sur le congrès de l’UNPT
Contrairement à ce qui était indiqué dans l’Agrafil daté du 23 janvier, le congrès de l’UNPT (producteurs de pommes de terre, FNSEA) se tiendra jeudi 29 janvier à Arras, en parallèle du salon Pro Pom’.