Agrafil du 23 avril 2024

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Thiaclopride: Bruxelles propose, finalement, de ramener à zéro toutes les LMR

Les experts des États membres, réunis les 22 et 23 avril en Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux (SCoPAFF), ont eu une discussion (sans prise de décision à ce stade) sur une proposition de Bruxelles visant à abaisser toutes les limites maximales de résidus (LMR) pour l’insecticide thiaclopride (néonicotinoïde) aux limites de détermination (c’est-à-dire 0,01 mg/kg). En janvier, le Parlement européen s’était opposé à une première version de ce texte qui maintenait ces LMR à leur niveau actuel pour une trentaine de produits (thé, prunes, fraises, tomates, aubergines, froment, pomme de terre…) afin de permettre les importations de pays tiers. Cette fois, la Commission européenne a corrigé le tir, et propose donc de soumettre le thiaclopride aux mêmes règles que celles appliquées depuis début 2023 à deux autres insecticides néonicotinoïdes: la clothianidine et le thiaméthoxame, dont les LMR ont toutes été ramenées au seuil de détection. L'utilisation du thiaclopride est interdite pour les agriculteurs de l'UE depuis 2020, en raison de risque pour la santé humaine (toxique pour la reproduction) et de la contamination des eaux souterraines.

Ecophyto/indicateurs: le gouvernement va missionner l'Inrae pour «améliorer» le HRI 1

Le ministère de l'Agriculture va «lancer une mission avec l'Inrae» avec pour objectif «l'amélioration» de l'indicateur HRI 1, récemment choisi pour être l'indicateur du plan Ecophyto 2030, en lieu et place du Nodu, a indiqué le cabinet de la ministre déléguée de l'Agriculture, Agnès Pannier-Runacher, à Agra Presse le 22 avril. La lettre de mission est «en cours d'élaboration», précise-t-on rue de Varenne. Début février, Générations futures avait rappelé les biais du HRI 1: un risque trop important associé, à «nocivité» égale, aux produits interdits par rapport à des produits sur la sellette; des groupes de risque trop larges, associant notamment un trop fort risque à certains produits utilisés en bio par rapport à des produits conventionnels. Pour justifier le changement d'indicateur, Marc Fesneau soulignait que le Nodu (nombre de doses unités) n'était pas un indicateur européen, et qu'il ne prenait en compte que «l’usage» des produits, et non pas leur «impact» sur la santé ou l’environnement. Dans un texte de décryptage, le comité scientifique et technique (CST) du plan Ecophyto rappelait que le calcul d’une «dose unité» était élaboré non seulement sur «la base de l’efficacité» du produit, mais aussi «de la toxicité et écotoxicité». Et ils proposaient d'en simplifier le calcul pour le rendre calculable à l'échelle européenne.

Simplification de la Pac: le Parlement européen avance son vote au 24 avril

La date d’examen par le Parlement européen des propositions de simplification de la Pac (suppression de l’obligation de jachères, assouplissement des règles encadrant la rotation des cultures, allégement des contrôles…) a finalement été avancée au 24 avril dans l’après-midi (au lieu du 25). Réunis du 21 au 25 avril en plénière, pour la dernière session de la législature avant les élections du mois de juin, les eurodéputés sont invités à adopter ce texte sans amendement, pour s’aligner avec la position du Conseil et permettre son entrée en vigueur dans la foulée ou presque. Quelques opposants aux propositions vont toutefois tenter (sans beaucoup d’espoir) d’en limiter la portée. Des eurodéputés des groupes Social-démocrate, des Verts et de la Gauche ont, en effet, déposé des amendements pour, soit rejeter les dérogations, soit les minimiser. Par contre contrairement à ce qu’auraient souhaité ces parlementaires, aucun débat ne sera organisé en amont du vote, leur demande ayant été rejetée à une courte majorité le 22 avril (157 pour, 167 contre et trois abstentions). Avant cela (le 22 avril), les eurodéputés doivent également se prononcer sur l’acte délégué assouplissant les règles encadrant les prairies permanentes.

LOA: feu vert du Conseil constitutionnel à l'examen du projet de loi

Dans une décision du 22 avril, le Conseil constitutionnel a donné son feu vert à l’examen au Parlement du projet de loi d’orientation agricole (LOA). Les Sages, «sans préjuger de la conformité à la Constitution du contenu», jugent la présentation du texte «conforme aux conditions» fixées par la loi. Ce détour par le Conseil constitutionnel n’aura «aucun impact sur le calendrier», a répété le 22 avril la ministre déléguée à l'Agriculture Agnès Pannier-Runacher au micro de Sud Radio, en visant une adoption au mieux «avant le mois d’août». Comme annoncé précédemment, la Rue de Varenne table sur un examen du texte «mi-mai» à l’Assemblée nationale, puis «grosso modo mi-juin» au Sénat, en vue d’une adoption «avant le mois d’août» si les deux chambres tombent d’accord, a précisé la ministre. L’objectif, en cas de deuxième lecture, est un vote «avant l’automne». À l’initiative de LFI, une coalition des oppositions à l’Assemblée a décidé le 9 avril de renvoyer le projet de loi devant le Conseil constitutionnel, estimant l’étude d’impact du gouvernement potentiellement insuffisante et insincère. La ministre dénonce «une manœuvre politicienne»: «Certains groupes politiques essayent de faire dérailler ce projet, alors qu’il est utile». Réagissant de son côté sur X, le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau a jugé que la décision du Conseil constitutionnel «prouve que le projet de loi d’orientation agricole, et son étude d’impact, ont bien été travaillés, en responsabilité, contrairement à tous ceux qui affirmaient le contraire».

Gel: les agriculteurs vigilants face au risque de gelées blanches

Les températures baissent et les bourgeons sont déjà là: du Var à la Bourgogne, les agriculteurs vivent une semaine de tous les dangers avec des risques de gelées blanches. «On se prépare pour la nuit prochaine. On annonce des gelées blanches avec des températures de -1 à -2°C. Fin avril, ce n'est pas anormal comme température, mais par contre cela peut faire des ravages sur les cultures», a déclaré à l'AFP Françoise Koch, présidente de la FNPF (producteurs de fruits, FNSEA). «La plupart des vignes ont débourré, c'est pareil pour le kiwi, les abricotiers ou les pommiers: sur ces fruits en formation, il suffit d'une gelée un peu forte et on perd tout», a expliqué cette arboricultrice dule Tarn-et-Garonne, qui estime qu'aucune région n'est à l'abri. Selon Météo-France, «de petites gelées ont été observées» le 22 avril matin «du Nord-Est jusqu'au Sud-Ouest», et le «risque de gelées en plaine se maintient jusqu'à vendredi du Massif central au flanc est» mais «est écarté dans le Sud-Ouest dès jeudi». «Il y a déjà eu quelques pertes chez des viticulteurs dans le Var, le Vaucluse et certaines zones de l'Hérault. On sera très vigilants dans les prochains jours», a indiqué à l'AFP Jérôme Despey, premier vice-président de la FNSEA.

Foncier: un rapport propose de reboiser 200 000 ha de terres agricoles «délaissées»

Boiser une part des terres délaissées par l'agriculture avant qu'elles ne s'enfrichent: c’est l’une des propositions d’un rapport publié le 3 avril par le CGAAER (ministère de l’Agriculture), l’inspection générale des Finances (IGF) et de celle de l’Environnement (IGEDD) sur la «mise en gestion durable de la forêt française privée». Les auteurs visent le reboisement de 200 000 ha de terres délaissées en dix ans, pour un budget total annuel de 200 M€. Priorité doit, selon eux, être donnée aux surfaces d’au moins 20 ha, afin d’«encourager les propriétaires à se regrouper». «Aujourd’hui, 2,7 à 3 Mha de terres agricoles seraient «en état d’abandon» en France, soit 10%» du total, soulignent-ils, reprenant les chiffres d’un rapport du CGAAER du 18 octobre. L’action de reboisement pourrait s’inspirer du programme forestier irlandais (2023-2027), poursuit le rapport. Cofinancé par l’UE, celui-ci encourage la création de forêts par les agriculteurs et propriétaires fonciers via une combinaison d'aides couvrant les frais de boisement de terres agricoles délaissées et de primes compensant le manque à gagner (entre 746 €/ha/an et 1103 €/ha/an sur 15 à 20 années), ainsi que d’incitations fiscales.

Bovins/MHE: piqûre de rappel du ministère pour les demandes d’aides sanitaires

Alors que le guichet fermera le 30 avril, «il est encore temps de déposer son dossier de demande» pour bénéficier de l’aide sur les frais vétérinaires dus à la maladie hémorragique épizootique (MHE), rappelle le ministère de l’Agriculture dans un message relayé par la fédération des groupements techniques vétérinaires (FRGTV) des Pays de la Loire le 22 avril. Quelque «1545 dossiers de demande ont été déposés» sur la plateforme gouvernementale «Démarches simplifiées», et «plus de 1000 dossiers sont en cours de préparation», indique la Rue de Varenne; or, «plus de 3800 exploitations» sont éligibles. Annoncé le 19 janvier, ce dispositif d’aide couvre les frais vétérinaires et les mortalités d’animaux des élevages confirmés foyers de MHE en 2023. Pour les cas confirmés en 2024, c’est le FMSE (fonds professionnel) qui prend le relai, «avec l’appui de de l’État» et dans les mêmes conditions. Initialement fixé à 80%, le taux d’aide a été porté à 90% en réponse aux manifestations agricoles de ce début d’année. D’après le dernier bilan arrêté au 18 avril, la France compte 4270 foyers de MHE dans 20 départements du sud et de l’ouest (du Tarn à la Loire-Atlantique, en passant par la Haute-Vienne).

Machinisme: la sélection de projets AMI est légitime sans la FNEDT (Conseil d’État)

Dans une décision du 22 avril, le Conseil d’État a rejeté la requête de la FNEDT (entreprises de travaux agricoles) qui s’opposait à la composition du jury d’experts chargés de sélectionner les projets de l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) «Équipements pour la troisième révolution agricole». La fédération reprochait notamment le fait de ne pas en faire partie. Rien n’impose que les règles régissant la composition et le fonctionnement du jury d’experts assurent «une représentation équilibrée de l’ensemble des groupes d’intérêts concernés par cet AMI», d’après le Conseil d’État. L’impartialité du jury n’est guère contestable, poursuit-il. D’une part, ce principe «n’implique pas que chaque personne qui y concourt établisse une déclaration d’intérêts». D’autre part, il est prévu une procédure de signalement en cas de conflit d’intérêts de l’un des experts. La FNEDT soutenait enfin que le président du jury entretient des liens d’intérêts avec des entreprises susceptibles d’être candidates à l’AMI. «Cette seule circonstance, à la supposer avérée, ne saurait par elle-même entacher d’illégalité cette désignation, dès lors que le président est soumis à l’obligation de déport».

Volailles de chair: Arterris lance un poulet «100% occitan» via sa filiale tarnaise

La coopérative sudiste Arterris lance un poulet «100% occitan» – autrement dit «né, élevé et préparé en Occitanie» –, annonce-t-elle dans un communiqué le 22 avril. Ces volailles sont nourries «exclusivement avec une alimentation à base de céréales et co-produits de céréales issues de la coopérative ainsi que de tourteaux». Elles sont actuellement produites par cinq éleveurs du Tarn, de la Haute-Garonne et de l’Aude, qui seront bientôt rejoints par «trois éleveurs supplémentaires» durant le deuxième trimestre, avec un objectif d’«une dizaine d’éleveurs à moyen terme». Arterris vise une production «d’environ 2 500 poulets par semaine d’ici juin». Ils sont abattus et transformés dans l’usine du groupe à Labruguière (Tarn), spécialisée en canards gras et lapins. Ce poulet vendu entier prêt à cuire est commercialisé sous la marque «Secret d’éleveurs», propriété de Fermiers occitans, la filiale tarnaise d’Arterris. Avec 15 000 adhérents en Occitanie et Paca, le groupe est surtout orienté vers les productions végétales: en 2022/2023, sur un chiffre d’affaires global de 1,22 Md€, l’élevage représentait 104,6 M€ (ovins, bovins, palmipèdes, porcins, nutrition animale).

Maïs grain: l'avancement des semis en retard de 14 points par rapport à la moyenne

Au 15 avril, les semis de maïs étaient réalisés à 12% à l’échelle nationale, contre 3% une semaine auparavant, rapporte FranceAgriMer dans son dernier rapport Céré’Obs publié le 19 avril. Ils sont en retard de cinq points par rapport à 2023, et de 14 points par rapport à la moyenne quinquennale. Le retard est particulièrement marqué dans le Centre-Val de Loire, où seulement 6% des surfaces de maïs ont été semées, contre 31% en 2023 et 43% au cours de la période 2019-2023. De même, on observe un écart de semis en Occitanie, où 25% des surfaces étaient semées au 15 avril, contre 49% en 2023 et 38% sur la moyenne des cinq années précédentes. De leur côté, les surfaces d’orges de printemps ont rattrapé leur retard, avec 98% des surfaces semées au 15 avril, contre 91% une semaine auparavant (100% en 2023 et 100% sur la moyenne des cinq dernières années). La chute des températures amorcée mi-avril, qui devrait aboutir au retour des gelées dans les jours qui arrivent, selon Arvalis, fait toutefois craindre pour les cultures, alors que la plupart des céréales à paille sont dans leur phase de montaison (blé tendre, blé dur, orges d’hiver).

Lait: la collecte de lait AOP recule dans les mêmes proportions que le bio

La collecte de lait de vache AOP (appellations d’origine protégées) enregistre un recul important en 2023, de l’ordre de 5% selon les données de FranceAgriMer, rapporte la dernière publication Tendances de l’Institut de l’élevage (Idele). La collecte de lait bio a elle aussi, pour la première fois, fortement reculé l’année dernière, d’environ 4,5%. Cette tendance se poursuit sur le début de l’année 2024 pour les laits sous Siqo (signes d'identification de qualité et d'origine), dont la collecte recule de 5%, qu'il s'agisse des laits AOP comme du lait bio. Pour le bio, les déterminants restent la baisse de la consommation et les arrêts de certification, liés à des cessations d’activité ou à des retours en conventionnel. La mauvaise qualité des fourrages a aussi joué sur la productivité des vaches, pour les deux productions (bio et AOP). «Cette qualité dégradée des fourrages continue d’affecter le niveau de collecte sur la première partie d’année», note l’Idele. En lait AOP, la diminution du cheptel laitier, en lien avec la baisse du nombre d’éleveurs, se fait sentir.

Négociations commerciales: la Feef demande la «sanctuarisation» du tarif des PME-ETI

Afin de «supprimer la complexité liée aux clauses de révision», la Feef demande, dans un communiqué du 22 avril, la «sanctuarisation du tarif» proposé par les industriels pour les PME et ETI dans le cadre des négociations commerciales avec les distributeurs, dont les modalités devraient évoluer d’ici la fin de l’année. Alors qu’une mission parlementaire est en cours sur les lois Egalim, la fédération qui représente les PME et ETI fournisseurs de la grande distribution appelle à «un choc de simplification». Elle demande d’abord d'entériner la différenciation entre les grandes entreprises et les PME et ETI avec un seuil à 350 M€ de chiffre d’affaires mondial. Cette différenciation permettrait de mettre en œuvre une deuxième mesure: «la sanctuarisation du tarif de l’industriel» pour les entreprises entrant dans les catégories PME et ETI. La Feef pointe la «complexité» du cadre actuel qui prévoit que les contrats comportent des clauses de révision et de renégociation en cas de forte variation du coût des matières premières. Selon 72% des répondants à une enquête de la fédération, ces clauses sont «inefficaces». Et 84% les jugent «trop complexes». «Pour 79% des répondants, ces clauses n’ont pas permis d’améliorer le résultat de l’activité économique de l’entreprise», complète la Feef.

Presse agricole: nouveaux rédacteur en chef et directeur de la rédaction à La France agricole

Jusque-là responsable du service élevage de La France agricole, Vincent Guyot a été nommé rédacteur en chef, annonce l’hebdomadaire spécialisé du groupe NGPA dans un communiqué le 22 avril. Sa nomination s’inscrit dans le cadre plus large d’une «réorganisation plurimédia», qui voit Philippe Pavard, jusqu'ici rédacteur en chef, devenir «directeur de la rédaction et garant de la caution éditoriale». M. Guyot travaillera aussi «en étroite collaboration» avec Éric Roussel, également rédacteur en chef. «Un des axes majeurs de cette nouvelle orientation est le déploiement de contenus vidéo», ainsi que «l'intégration de nouvelles compétences», précise le média. Diplômé de l’école d’ingénieurs UniLaSalle (Rouen) en 2015, Vincent Guyot est entré à La France agricole en 2017, après une première expérience chez Crédit mutuel Arkéa, selon sa page LinkedIn. Sa nomination «fait suite au départ de Yvon Herry», qui a «consacré 38 années à la rédaction».