Agrafil du 3 décembre 2024

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PLFSS: Michel Barnier engage le 49-3, plusieurs motions de censures attendues

Le Premier ministre Michel Barnier a engagé le 2 décembre la responsabilité du gouvernement sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025 (PLFSS) via l'article 49-3 de la Constitution. Les députés de la France insoumise et du NFP ont déposé une motion de censure contre le gouvernement. Marine Le Pen a indiqué que le groupe RN déposerait la sienne et que les députés d'extrême-droite voteraient l'ensemble des motions, «d'où [qu'elles] viennent», y compris de la gauche, rapporte l’AFP. En toute vraisemblance, elles devraient être discutées dans l’hémicycle ce mercredi. L'ensemble des voix de gauche et du RN pourrait conduire à la chute du gouvernement de Michel Barnier. Aujourd’hui plus qu'incertain, le texte du projet de loi, amendé à l’Assemblée nationale et au Sénat, avait été retravaillé et validé par la commission paritaire mixte la semaine dernière. Il comportait plusieurs articles agricoles: la pérennisation du TO-DE et son extension aux coopératives, le cumul de l’exonération applicable aux jeunes agriculteurs, le renforcement de la taxe soda, ainsi que la création d’une nouvelle fiscalité sur les sucres ajoutés, l’indemnisation pour déficit fonctionnel permanent versée sous forme de capital, et surtout la réforme des retraites agricoles basée sur les 25 meilleures années à partir du 1er janvier 2026. Une éventuelle chute du gouvernement entraînerait aussi la fin de l’examen du projet de loi de finances pour 2025 (PLF). Actuellement au Sénat, ce texte prévoit notamment une baisse des crédits du ministère de l’Agriculture pour la transition écologique, ainsi que plusieurs allègements fiscaux (transmission des exploitations, cheptel bovin, etc.).

Commission européenne: la nouvelle équipe se met au travail et ébauche son calendrier

Entré officiellement en fonction le 1er décembre, le nouveau collège des commissaires européens tiendra le 4 décembre sa première réunion. Selon une ébauche de calendrier en circulation, l’exécutif bruxellois présentera dans les 100 premiers jours de son mandat son programme de travail pour 2025, un plan d’action sur l’énergie abordable et bien sûr la «vision sur l’avenir de l’agriculture» à laquelle s’attèlera le commissaire Christophe Hansen. Avant l’été, sont aussi prévus des propositions pour lutter contre les pratiques commerciales déloyales transfrontalières, sur le cadre de libéralisation des échanges avec l’Ukraine, ainsi que le projet de cadre financier pluriannuel (2028-2034). Dans cette optique, chacun finalise son équipe. Christophe Hansen a confirmé sur le réseau social X qu’il avait bien choisi la néerlandaise Esther de Lange comme chef de son cabinet. Et il n’y a pas que le collège qui se renouvelle, mais aussi les porte-paroles de la Commission européenne. Pour l’Agriculture, le poste sera tenu par le polonais Maciej Berestecki (également en charge de la cohésion, de la simplification, de la pêche et des transports), qui remplace Olof Gill, lequel ne s’occupera plus que des dossiers liés au commerce.

Manifestations: la FNSEA et les JA en action sur le revenu les 9 et 10 décembre

La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs appellent à de nouvelles actions lundi 9 et mardi 10 décembre, a annoncé Arnaud Rousseau sur RMC le 29 novembre. Après l’accord UE/Mercosur et les «entraves», cette troisième phase portera, comme prévu, sur les prix et le revenu des agriculteurs, alors que les négociations annuelles entre distributeurs et industriels de l’agroalimentaire viennent de s’ouvrir. «Nous irons à la rencontre de l’ensemble de ceux qui construisent nos prix», a précisé le président de la FNSEA. Certains départements sont déjà mobilisés cette semaine, à l’image de la Sarthe, où la FDSEA a annoncé des contrôles en grande surfaces du 2 au 4 décembre. Comme l’a indiqué M. Rousseau, les syndicats majoritaires espèrent «conclure [leur] cycle [de mobilisation] avec une rencontre avec le Premier ministre». Concernant l’identité du locataire de Matignon, «que ce soit celui-là (Michel Barnier, NDLR) ou un autre, peu importe», a lancé le président de la FNSEA, ajoutant: «On a besoin que les résultats concrets soient au rendez-vous». Alors que le gouvernement est sous la menace d’une censure sur les textes de loi budgétaires, M. Rousseau a plaidé pour la stabilité de l’exécutif: «Nous avons besoin d’un gouvernement et d’un budget. Quand on est agriculteurs, on a besoin de visibilité.»

Négociations commerciales: l'agroalimentaire réclame «le juste prix» aux distributeurs

Dans un communiqué du 2 décembre, l'Ania, principal lobby de l'agroalimentaire, a appelé la grande distribution à payer l'alimentation «à son juste prix», affirmant que le secteur était fragilisé par de nouvelles hausses des coûts de production. Alors que débutent les négociations annuelles entre les supermarchés et leurs fournisseurs – qui détermineront in fine le prix des produits achetés par le consommateur en magasin – et que la mobilisation agricole a repris dans la rue, M. Loiseau appelle la grande distribution «à la responsabilité». L'Ania «alerte sur la situation économique précaire des 20 000 entreprises» du secteur, affirmant que les coûts de production sont en hausse sur «tous les postes de dépenses pour 64% des entreprises», citant la masse salariale (+4,8% sur un an), les transports (+4,3%) ou l'énergie (+2,4%). La fédération estime à +1,6% la hausse moyenne des coûts des matières premières agricoles, avec de fortes disparités, certains produits ayant vu leurs prix s'envoler, comme le café (+85%), le cacao (+83%) ou le beurre (+60%). En conséquence, selon l'Ania, près d'une entreprise sur deux constate «une baisse de rentabilité». Du côté des distributeurs, l'accent est mis sur «la baisse des prix» pour les consommateurs, annoncée par plusieurs patrons d'enseignes, a déclaré Layla Rahhou déléguée générale de la FCD (distributeurs) sur Radio classique le 2 décembre.

Légumes/tempête Caetano: les Maraîchers nantais chiffrent les dégats à un million d'euros

Lors de la tempête Caetano le 21 novembre dernier, les installations des maraîchers du bassin nantais ont essuyé des rafales de vents jusqu’à 130 km/h. À la suite de cet épisode météorologique, la Fédération des maraîchers nantais (FMN) a sollicité des aides auprès du ministère pour faire face aux dégâts, estimés à un million d’euros par les professionnels. Pour Régis Chevallier, le président de la fédération, les dégâts sont multiples et diffus: «Il y a beaucoup de débâchages plastiques des abris froids, mais aussi des dégâts sur les structures, avec des sommes pouvant aller jusqu’à 150 000 € dans certaines exploitations. Nous avons un certain nombre d’installations vieillissantes qui ne devraient pas permettre des indemnisations conséquentes des assurances.» Il remonte également des dégâts sur les serres verres, ainsi que dans les parcelles en tunnel nantais. Là aussi, le producteur ligérien s’inquiète des faibles sommes qui devraient être versées par les assurances: «Les tunnels nantais ne sont jamais assurés, mais ils peuvent représenter jusqu’à 3000 €/ha en main-d’œuvre et plastique pour rebâcher. Pour les serres verres, les franchises sont tellement élevées que les assurances ne seront pas sollicitées». (Tanguy Dhelin)

Oignons: récolte compliquée cette année, le négoce demande de la flexibilité aux GMS

Dans une lettre adressée aux GMS le 21 novembre dernier, Fedepom, la fédération du négoce en pommes de terre, ail, oignons et échalotes, demande plus de flexibilité à la distribution alors que la récolte d’oignons, marquée par la pluie, s’est étirée en longueur bien au-delà des dates habituelles. Le courrier évoque notamment la qualité externe des produits «sales, terreux, tachés», précisant que «cela n’altère en rien la qualité intrinsèque du produit». Face à ce constat, les producteurs et metteurs en marché demandent à l’aval de la filière «de faire preuve de compréhension en cessant les refus liés à ces motifs». Côté volumes, les rendements hétérogènes et les importants problèmes de conservation liés à la bactériose et à la fusariose ne devraient pas permettre un approvisionnement français jusqu’à la prochaine récolte. «Le recours à l’importation sera probablement nécessaire d’ici mai pour de nombreux acteurs économiques», avertit le courrier. La filière est également affectée par une part plus importante qu’à l’ordinaire de petits calibres. Face à cette situation globale, Fedepom appelle la distribution à adopter une «approche flexible, concertée et proactive tenant compte des aléas climatiques, économiques et réglementaires». (Tanguy Dhelin)

Concombres: prix bien orientés cette année malgré la météo, production en légère baisse

La production française de concombres a souffert des aléas climatiques pour cette campagne 2024, indique une récente note des services du ministère de l’Agriculture (Agreste). Selon les prévisions arrêtées au 1er novembre 2024, la production est estimée à 169 300 tonnes. Elle serait en baisse de 2% sur un an et inférieure de 4% à la moyenne quinquennale compte tenu d’une météorologie maussade et pluvieuse pendant une grande partie de la campagne. «La baisse sur un an serait particulièrement marquée dans le bassin Est (-8%) et, dans une moindre mesure, dans le bassin Sud-Est (-4%)», note Agreste. Les surfaces implantées seraient en baisse de 2% sur un an. La production baisse fortement à partir de septembre, en lien avec le raccourcissement usuel des périodes diurnes, mais également avec une fin de campagne pluvieuse qui affecte leur grossissement. Alors que le marché est resté globalement bien orienté pendant l’été, cette offre de début d’automne, moins abondante, a été en phase avec la demande, avant que celle-ci ne chute, les prix conservant cependant un niveau très supérieur à ceux de 2023 (+22%) et à la moyenne quinquennale (+26%).

Agroécologie: PADV développe des partenariats public-privé territoriaux

Avec la participation de l’État via France 2030, l'association PADV (Pour une agriculture du vivant) a lancé en début d’année, une «feuille de route collaborative» intitulée Covalo, qui doit permettre de financer et d'accélérer, à l’échelle des territoires, la diffusion des pratiques agroécologiques. Pour ce faire, PADV développe des «coalitions territoriales», qui s’appuient sur des partenariats public-privé. Elle a été lancée dans les Hauts-de-France en début d'année, et aujourd’hui dans cinq autres régions. Si dans les Hauts-de-France, PADV est le chef de file du projet, dans les autres régions, ce rôle a été confié à des coopératives ou à un négoce: Cavac, Natup, Terrena, Val de Gascogne et Soufflet Agriculture. L'objectif est de «créer du lien sur les territoires» entre les différentes parties prenantes (économiques, institutionnelles, politiques...) pour construire «un socle commun d’outils agroécologiques et bas carbone». L’idée est d’identifier de «nouvelles pratiques pour régénérer les sols et les écosystèmes, sécuriser la résilience des filières agroalimentaires françaises, faciliter la planification écologique des territoires», tout en soutenant économiquement les agriculteurs pour les services écosystémiques rendus. Ce projet espère, d’ici à 2028, mobiliser près de 5000 agriculteurs et 600 acteurs de l’écosystème agricole. À terme, l’objectif est de bâtir et de déployer à grande échelle des protocoles validés scientifiquement. (Anne Gilet)

Pesticides: les conseillers indépendants souhaitent préserver la séparation vente/conseil

Alors que la proposition de loi Les Républicains (LR) sur les entraves doit être examinée au Sénat à partir de mi-décembre, le PCIA (Pôle du conseil indépendant en agriculture) regrette, dans un communiqué le 29 novembre, que «certains acteurs, bien que minoritaires, cherchent à revenir sur la séparation encore essentielle entre conseil, distribution et application des produits phytosanitaires». Pour la structure, un tel retour en arrière «mettrait en péril l’indépendance et l’impartialité du conseil agricole: deux éléments clés pour garantir une agriculture respectueuse des producteurs, de l’environnement et de la santé publique». Le PCIA se dit également prêt à collaborer avec l’ensemble des parties prenantes «pour construire une agriculture durable et performante» et demande «à préserver et à renforcer les lois actuelles qui assurent cette séparation cruciale». En parallèle, le PCIA travaille à la création d’un ordre national des conseillers indépendants, également ouvert à la recherche, pour pérenniser ce métier «essentiel à l’agriculture et à la société». (Anne Gilet)

Eau: stress hydrique et climat variable menacent un quart des grandes cultures

En s’appuyant sur les données de sa nouvelle plateforme Aqueduct Food, le World Resources Institute (WRI) a publié, le 16 octobre, une analyse des risques liés à la disponibilité de l’eau pour la production agricole et la sécurité alimentaire. Selon le WRI, un quart des grandes cultures sont cultivées dans des zones où l’approvisionnement en eau est fortement contraint, très variable, ou les deux. Plus précisément, le riz, le blé et le maïs sont particulièrement vulnérables, avec 33% de ces trois grandes cultures produites avec des ressources en eau soumises à une forte pression ou une grande variabilité. À noter que les cultures irriguées comme pluviales sont confrontées à «des menaces croissantes». Les cultures irriguées, qui représentent 34% de la production mondiale totale en poids, sont vulnérables à une concurrence accrue pour les ressources en eau partagées. À eux seuls, dix pays* concentrent 72% des cultures irriguées mondiales, dont deux tiers font face à des niveaux de stress élevés à extrêmement élevés. «Cela constitue un problème non seulement pour la sécurité alimentaire, mais aussi pour l’économie, car les cultures irriguées sont souvent des cultures de rente exportées vers d’autres nations», précise le WRI. Les cultures pluviales sont quant à elles menacées par la variabilité des précipitations, qui devrait augmenter de 40% d’ici 2050. 
* Chine, Égypte, États-Unis, Inde, Indonésie, Mexique, Pakistan, Thaïlande, Vietnam

Sécheresse: l’ONU alerte sur les records en train de devenir la «nouvelle norme»

À l’occasion du premier jour de son Sommet sur la désertification, le 2 décembre, l’ONU a alerté sur les sécheresses records sur la planète en train de devenir une «nouvelle norme», une tendance qui doit obliger les dirigeants à «repenser radicalement» leur gestion. L’année 2024, qui sera vraisemblablement la plus chaude jamais mesurée sur Terre, a été marquée par plusieurs sécheresses dévastatrices dans le monde, provoquant des incendies, des pénuries d’eau et de nourriture. Les conséquences des sécheresses sont «moins visibles et attirent moins l’attention que les évènements soudains, comme les inondations et les tremblements de terre, mais il ne faut pas les sous-estimer», indique l'atlas publié par la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD). Par effet domino, les sécheresses constituent un «phénomène systémique» affectant de multiples secteurs, parmi lesquels l’agriculture ou l’approvisionnement en énergie, tout en menaçant la santé des écosystèmes et des personnes. En comptant leurs effets indirects, elles ont affecté 1,84 milliard de personnes en 2022 et 2023, dont environ 85% vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. D’ici 2050, trois personnes sur quatre dans le monde seront touchées, selon leurs projections, en raison du réchauffement climatique causé essentiellement par la combustion des énergies fossiles.

Événementiel: l'Open Agrifood lance un programme d’éducation à l’alimentation

Par l'intermédiaire de son fonds de dotation, le cercle de réflexion orléanais Open Agrifood, organisateur de l'évènement éponynme, propose de l’éducation alimentaire à l’école sur l’année scolaire 2024/2025. Les modules de formation sont dispensés à 30 classes, de la grande section de maternelle jusqu’à la terminale, dans toute la région Centre-Val de Loire. Open Agrifood travaille sur ce dossier depuis 2020. «L’enjeu de lutter contre l’obésité doit être affaire de tous», témoigne Florence Dupraz, nouvellement en charge de l'éducation à l'alimentation au sein de la structure. Concrètement, le contenu du programme est organisé, en général, autour de six ateliers cuisine, trois rencontres avec un agriculteur, trois ateliers de plantations avec un suivi du cycle jusqu’aux récoltes, deux échanges avec des diététiciens autour du petit-déjeuner et du goûter. Pour les collégiens et lycéens s’ajoutent des conférences thématiques, des visites de restaurant et d’exploitation agricole, ainsi qu'une visite de lycée agricole et hôtelier. Ce parcours est financé par le fonds de dotation de l’Open Agrifood, c’est-à-dire des entreprises mécènes, qui n’interviennent pas directement lors de la formation. Une évaluation conduite par deux groupes d’élèves d’UniLaSalle sera conduite en juin-juillet 2025. L’ambition est de généraliser le programme à une cohorte de classes, au niveau national. (Florence Rabut)

Événementiel: l’Open Agrifood recrute un directeur opérationnel

Organisateur de l'évènement éponyme, le cercle de réflexion orléanais Open Agrifood vient de recruter un directeur opérationnel, début novembre, en la personne de Pierre-Alain Charlet. Il participera notamment à l’organisation du Forum annuel de l’Open Agrifood et des Journées nationales de l’Agriculture. Jusqu'alors directrice, Florence Dupraz prend la direction sur l’Éducation à l’alimentation (lire ci-dessus). Pierre-Alain Charlet était jusqu'ici directeur régional du groupe Mousset (logistique/transport) et a occupé plusieurs fonctions dans la distribution. (Florence Rabut)

Agenda: précision sur la conférence de presse de la filière vins du Rhône

Mardi 3 décembre, la conférence de presse «viticulture 2024» annoncée dans notre agenda de la semaine agricole est coorganisée par Inter Rhône (interprofession) avec le Syndicat des vignerons des côtes-du-Rhône et l’Union des maisons de vins du Rhône.