Agrafil du 31 mai 2022

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Guerre en Ukraine: les Vingt-sept entendent garantir la sécurité alimentaire

Alors que la guerre en Ukraine a un impact direct sur la sécurité alimentaire mondiale, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE, réunis à Bruxelles les 30 et 31 mai, appellent dans un projet de conclusions la Russie à mettre fin à ses attaques contre les infrastructures de transport en Ukraine, à lever le blocus des ports ukrainiens de la mer Noire et à autoriser les exportations de denrées alimentaires. Sur cet enjeu, le Conseil européen invite notamment les États membres à accélérer les travaux sur les «Voies de solidarité» proposées par Bruxelles le 12 mai afin de faciliter les exportations de denrées alimentaires en provenance d’Ukraine. Face à la pénurie d’engrais actuelle, le Conseil demande également que des efforts supplémentaires soient fournis afin de promouvoir une utilisation plus efficace des engrais et des solutions de remplacement. D’autre part, il se félicite du lancement par la Présidence française de l’UE, le 24 mars, de la mission de résilience de l'alimentation et de l'agriculture (FARM), qui vise à atténuer les conséquences sur le niveau des prix, la production, l'accès aux céréales et leur approvisionnement. Par ailleurs, les Vingt-sept réitèrent leur engagement à maintenir le commerce mondial des produits alimentaires ouvert, ou encore à renforcer la solidarité envers les pays les plus vulnérables. Sur ce point, le Conseil européen invite la Commission à étudier la possibilité de mobiliser les réserves du Fonds européen de développement pour soutenir les pays partenaires les plus touchés.

Glyphosate: l’Agence européenne des produits chimiques ne durcit pas la classification

L'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a décidé le 30 mai, lors de la réunion de son comité d'évaluation des risques, de maintenir la classification existante du glyphosate, qui est actuellement considéré dans l’UE comme responsable de lésions oculaires graves et comme toxique pour la vie aquatique avec des effets durables. Cette décision est une nouvelle étape franchie dans le cadre de la procédure de réexamen du glyphosate dans l’UE, qui a pris du retard. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a en effet annoncé début mai le report au mois de juillet 2023 de la publication de son rapport final dans cette procédure qui aurait dû être bouclée fin 2022, date à laquelle l’autorisation du glyphosate expire dans l’UE. Une situation qui devrait pousser la Commission européenne à prolonger d’une année l’autorisation de l’herbicide. L’ONG Générations futures regrette, dans un communiqué, que «l'ECHA ait une fois de plus rejeté les preuves solides existantes pour classer le glyphosate comme cancérogène présumé pour l'Homme» en s'appuyant «unilatéralement sur les études de l'industrie». «Désormais, la balle est dans le camp de l'Efsa», estime l’association.

Plan de résilience: l’aide à l’alimentation animale ouverte pour les élevages de l'Hexagone

Dans le cadre du plan de résilience face aux conséquences de la guerre en Ukraine, le guichet de l’aide à l’alimentation animale a ouvert lundi 30 mai sur le site de FranceAgriMer. Alors que la guerre fait flamber les cours des matières premières de l’aliment pour bétail, «ce dispositif vise à compenser une partie des surcoûts d’alimentation animale des exploitations agricoles et piscicoles», rappelle l’organisme public. Doté d’une enveloppe de 308,5 M€, ce premier volet s’adresse aux exploitants basés en France continentale (hors Corse et outre-mer), pour la période du 16 mars au 15 juillet. D’après un communiqué du ministère de l'Agriculture, il «pourrait bénéficier à plus de 100 000 éleveurs dès cet été», avec des montants variant «entre 1000 et 35 000 euros par exploitation». Ce volet sera complété par deux autres dispositifs (un pour l'outre-mer et la Corse, un pour les élevages en intégration) pour un total de 489 M€, précise la Rue de Varenne. Deux conditions sont nécessaires pour bénéficier de l’aide: avoir «au moins 3000 € de charges d’alimentation sur la période de référence», et afficher un «taux de dépendance à l’alimentation animale d’au moins 10%» (charges d’aliment divisées par les charges d’exploitation totales du dernier exercice). Ce ratio permet aussi de fixer le montant de l’aide.

Influenza: les accouveurs attendent 120 M€ d’indemnisations économiques (presse)

«Lundi 16 mai, le gouvernement a validé une aide de 120 millions d’euros pour compenser les pertes du secteur de l’accouvage sur la saison 2021-2022» en raison de l’influenza aviaire, indique Ouest-France le 26 mai. Attendues dans les prochaines semaines, ces indemnisations économiques seraient calculées, comme lors des précédents épisodes d’influenza, sur la base des pertes essuyées lors des périodes de restrictions de mouvements. En 2020-2021, alors que l’épizootie n’avait frappé que le Sud-Ouest, l’aide aux accouveurs s’était «chiffrée à 15 millions d’euros», rappelle le quotidien de l’Ouest (article payant). Cette année, la maladie a notamment ravagé les Pays de la Loire, où est concentrée une part importante de la génétique avicole. En palmipèdes par exemple, «60% des effectifs de reproducteurs ont été touchés. Ce pourcentage monte à 80% pour les seuls palmipèdes gras», indique la directrice du SNA (accouveurs) Ségolène Guerrucci, citée par Ouest-France. L’impact de la maladie est particulièrement lourd pour les filières cailles (80%), pintades (40%) et gibier. Il serait moindre en poulets de chair (25%), en poules pondeuses (15%) et en dindes (15%).

Bio: la campagne promotionnelle à un million d’euros est lancée

Dans un communiqué du 30 mai, l’Agence bio annonce le lancement, le jour même, de la campagne collective de soutien et de promotion de l’agriculture biologique, en partenariat avec les interprofessions* et la Maison de la bio (association de producteurs, transformateurs et distributeurs). Cette action «d’envergure» est dotée d’un financement d’un million d’euros, abondé par une dotation du ministère de l’Agriculture et des budgets débloqués par le Cniel (interprofession du lait), Interfel (interprofession des fruits et légumes) et La Maison du bio. Bien que partenaires du projet, les autres interprofessions n’ont pas participé à son financement en utilisant leurs Contributions volontaires obligatoires (CVO), comme le demandait la Fnab (voir Agrafil du 27 février et Agrafil du 4 mars). «C’est la première fois qu’une action d’une telle ampleur a pour objectif de sensibiliser les Français aux bienfaits de l’agriculture biologique pour l’homme et pour la planète», indique le communiqué. Consommer bio est aussi «source de plaisir, de partage et de convivialité», dit aussi en substance la campagne, qui se déclinera sous forme d’affiches, de spots radio et de publicités numériques personnalisées jusqu’à l’automne. Son slogan: «Pour nous et pour la planète, #BioRéflexe».
* Cniel, CNIPT, CNPO, InterApi, Interbev, Intercéréales, Interfel, Synalaf, Terres Univia

Grandes cultures: le chanvre concurrencé par le blé et le colza, en pleine flambée

L’expansion de la culture du chanvre, maintenant assurée par un dynamisme de la demande, doit faire face à une nouvelle menace, la concurrence du blé et du colza dans les prochains assolements: c'est la principale conclusion du congrès du chanvre, coorganisé le 30 mai par l’interprofession InterChanvre et le sénateur écologiste Guillaume Gontard. «Le souci aujourd’hui est de savoir comment rémunérer les producteurs avec le chanvre quand ils voient que le blé est passé de 200 à 400 €/t et le colza de 400 à 800 €/t», a déclaré Franck Barbier, président d’InterChanvre. Le problème se posera lors des prochains semis, pour la récolte 2023. Pour accroître la rémunération des producteurs de chanvre, le marché «semble prêt à accepter» une augmentation du prix de vente de 10 à 15% dans tous les segments (béton de chanvre, fibre dans les matériaux composites, papier, textile et alimentation). De plus, dans les mois qui viennent, plusieurs chanvrières auront terminé des augmentations de capacités de production allant du doublement au triplement. À plus long terme, la filière espère compter sur des compléments d’aides au titre du stockage du carbone (le chanvre capte 15 t de CO2 par ha) et au titre des futurs éco-régimes, comme l’a évoqué l’eurodéputée française Irène Tolleret.

Lait: les producteurs de la FNPL demandent une «augmentation générale» de 50 €/1000 l

Dans un communiqué du 27 mai, la FNPL (producteurs de lait, FNSEA) exige un «signal fort» de la part des acteurs de l’aval et une revalorisation du prix du lait payé aux producteurs pour faire face aux prix des intrants «qui explosent dans toutes les fermes». «Nous avons besoin d’une augmentation générale de 50 €/1000 l de lait payé», affirme le syndicat. Soit l’équivalent de 0,5 ct€ sur un yaourt ou de 6 ct€ sur une bouteille de lait, souligne le communiqué. «Le prix de l’avenir» pour la FNPL, qui agite le spectre de la «décapitalisation» du cheptel laitier. «Une ferme laitière ne reprend jamais son activité après l’avoir arrêtée.» Ciblant tour à tour la responsabilité de l’industrie et de la distribution dans cette dynamique (-1,5% de vaches laitières sur un an en avril, selon l'Idele), le syndicat demande le paiement du lait «à sa valeur». «Toutes les laiteries doivent dire maintenant à leurs éleveurs: "Nous avons besoin de vous", clame le communiqué. Tous les distributeurs doivent cesser ce jeu délétère qui entraînera la ruine de toute une filière et accepter les hausses.» En mars, le prix du lait standard (toutes qualités) s’est établi à 407 €/1000 l (+64 € par rapport à mars 2021), d’après FranceAgriMer. Le prix réel était, lui, de 434 €/1000 l. Quant aux coûts de production, ils ont augmenté de 19% sur un an.

Reçue par Marc Fesneau, la CR alerte sur les charges et la contractualisation

La Coordination rurale (CR), reçue le 30 mai par Marc Fesneau, a fait part de ses inquiétudes au nouveau ministre de l’Agriculture, entre «flambée des coûts de production et agriculture en crise». Les charges que subissent les agriculteurs et éleveurs, «et notamment celles liées aux matières premières, ne cessent d'augmenter», selon un communiqué. Conséquence, le coût de production du blé tendre est, en mars 2022, «60% plus élevé que celui de l'année 2020». «On a besoin d’une sécurisation des prix et des quantités» d’intrants, souligne à Agra Presse le président de la CR, Bernard Lannes, demandeur d’un état des lieux sur les disponibilités en engrais pour la campagne à venir. Le ministère l’a informé, après enquête dans l’agrofourniture, qu’«il n’y aurait pas d’entente pour faire monter les prix» des engrais azotés. Par ailleurs, la contractualisation «ne permet toujours pas d'obtenir des prix rémunérateurs», a regretté le syndicat minoritaire: «Les contrats doivent être remis à plat et les marges mieux réparties.» Les céréaliers qui ont vendu une partie de leur récolte avant l’envolée des prix doivent pouvoir «renégocier», considère Bernard Lannes, invitant les organismes stockeurs à se réunir avec les syndicats pour faire «une exception Ukraine».

Commerce extérieur: la valeur des exportations agroalimentaires en hausse de 13% en 2021

Après une année 2020 marquée par la crise sanitaire, la valeur des exportations françaises de produits agricoles et alimentaires «s’est nettement améliorée» en 2021 pour atteindre 69,7 Mrd€ (80,7 Mrd€ avec le bois et les biodiesels), soit une hausse de 13%, d’après un rapport de FranceAgriMer daté du 17 mai. Une croissance largement portée par celle des vins et spiritueux: +25%. La France conserve son rang de 6e exportateur mondial (4,5% de parts de marché). Selon la publication, qui exploite les données des douanes françaises, seules les exportations des mois de janvier et février 2021 ont été inférieures au niveau de 2020. Sur le reste de l’année, les expéditions sont mêmes supérieures à celles de 2018 et 2019. L’organisme public observe «une forme de retour à la normale», et même «des effets de rattrapages pour certains produits» avec l’allégement des restrictions sanitaires. L’augmentation des exportations est plus marquée sur notre premier marché: l’Union européenne (14%), qui pèse 37,7 Mrd€. Les expéditions vers les pays tiers ont, elles, progressé de 11% pour un montant de 32 Mrd€. Dans la même dynamique, les importations (origines UE et non UE) enregistrent une hausse de 11%. La balance commerciale de la France s’établit à près de 8 Mrd€ et «renforce son excédent» de 31% par rapport à 2020.

Collecte de données sur les pesticides: les ONG mettent la pression sur les États membres

Quelque 76 associations européennes (Pesticide Action Network, Ifoam, BirdLife, syndicats de travailleurs….) expriment dans une lettre du 30 mai «leurs profondes préoccupations quant à la direction que prennent les négociations sur la réforme du règlement sur les statistiques agricoles». Elles appellent donc les États membres à soutenir les propositions du Parlement européen afin de garantir «que des données précises sur l'utilisation des pesticides soient collectées et publiées sans plus tarder». Les négociateurs du Parlement européen et du Conseil de l'UE sont censés finaliser leurs discussions sur ce texte lors d’une réunion en trilogue programmée le 2 juin. Lors de leur précédente réunion (fin avril), un début de compromis avait été trouvé autour de l’idée d’une période de transition de trois ans (débutant en 2025) durant laquelle une seule enquête sera réalisée. Le dispositif de suivi annuel entrerait donc en vigueur en 2028. Bien que ce compromis prenne la bonne direction, de nombreux aspects clés restent extrêmement préoccupants et peu clairs, écrivent les ONG, qui formulent plusieurs demandes: que la collecte des données des agriculteurs débute dès 2025; que la Commission européenne adopte avant juillet 2022 un format électronique harmonisé de collecte de données: et que ces données soient publiées par substance active, par surface traitée (ha) et par culture.

Pollution de l’air: des éleveurs bretons s’engagent dans la réduction de l’ammoniac

Une trentaine de producteurs de lait et de porcs du Pays de Brest (Finistère) vont être accompagnés pendant quatre ans (2021-2025) pour améliorer leurs pratiques en matière de gestion des effluents (épandage, stockage) et réduire leurs émissions d’ammoniac (NH3). Présenté lundi 30 mai à la presse, ce groupe baptisé ABAA (Ammonia Brittany air ambiant) a été mis en place par les chambres d’agriculture de Bretagne et Air Breizh, organisme régional de la qualité de l’air. L’ammoniac est un composé chimique à 99% d’origine agricole en Bretagne, et classé comme un des polluants atmosphériques à l’origine de 40 000 décès prématurés par an en France (selon le ministère de la Santé). Il fait l’objet d’un plan national de réduction des émissions depuis 2017, qui fixe des objectifs chiffrés. Le territoire des éleveurs d’ABAA va être équipé de capteurs pour mesurer le niveau de particules fines après épandage ou près des fosses à lisiers. Il est également prévu de la formation, des bilans de performance et des conseils. Ce projet bénéficie d’un solide financement de 2 M€, provenant à 55% du Fonds européen pour le climat (LIFE). Dans un second temps, il est prévu que ce projet soit dupliqué dans d’autres territoires, en Bretagne et en France. (Franck Jourdain)

Chlordécone: manifestation aux Antilles, la Conf’ demande une audience au gouvernement

Dans un communiqué commun du 30 mai, la Confédération paysanne, l’association Attac France, la fondation Copernic et les syndicats FSU, CGT et Union syndicale Solidaires estiment que «la non-réaction du gouvernement est inadmissible» face au «crime du chlordécone». Les organisations critiquent le non-lieu attendu dans le cadre de l’enquête sur l’empoisonnement des Antilles au chlordécone. Le 28 mai au Lamentin, en Martinique, une manifestation citoyenne contestant l'issue probable de l'affaire judiciaire a rassemblé «1500 personnes» selon le communiqué, et «moins d’un millier» de manifestants selon le site d’information France-Antilles Martinique. Le même jour, les six organisations espéraient être reçues par la nouvelle ministre des Outre-mer Yaël Braun-Pivet et par le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti. «Notre demande [d’audience envoyée le 25 mai] est restée sans réponse de leur part. Cette non-réponse en dit long sur le traitement réservé à la population des Antilles», accuse le communiqué.

Emballages plastiques: trois mois de grâce supplémentaires pour les fruits et légumes

Les professionnels des fruits et légumes frais disposent d’un délai supplémentaire de trois mois pour écouler leurs stocks d’emballages composés en tout ou en partie de matière plastique. Dans une mise à jour de sa foire aux questions (FAQ) sur l’obligation de présenter les fruits et légumes frais sans conditionnement en plastique relative à la loi Agec, postée sur le site internet du ministère de l’Agriculture le 9 mai, le gouvernement justifie cette décision par les «difficultés d’approvisionnement de certains emballages alternatifs» et les stocks d’emballages «issus de la saison 2021 encore disponibles pour certains fruits ou légumes». Les professionnels ont désormais «jusqu’au 30 septembre au plus tard» pour liquider leurs stocks d’emballages contenant du plastique, et non plus jusqu’au 30 juin.