Agrafil du 5 décembre 2024

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Le gouvernement Barnier renversé, de nombreuses mesures agricoles en suspens

Le gouvernement de Michel Barnier est tombé: les députés de la gauche et du Rassemblement national ont conjointement adopté le 4 décembre une motion de censure à l'Assemblée, la deuxième seulement de l'histoire de la Ve République. Michel Barnier présentera ce 5 décembre à 10h sa démission au chef de l'Etat et ce dernier s'adressera aux Français à 20h. Si elle est acceptée, le gouvernement est dit démissionnaire, et ne gère plus que les affaires courantes. Un nouveau gouvernement devra proposer un nouveau budget d'ici la fin de l'année. Le PLFSS comportait plusieurs articles agricoles portant sur les retraites agricoles, le TO-DE, l’exonération applicable aux jeunes agriculteurs, la taxe soda, la fiscalité sur les sucres ajoutés. Une éventuelle chute du gouvernement entraînerait aussi la fin de l’examen du projet de loi de finances pour 2025 (PLF). Il prévoyait une baisse des crédits du ministère de l’Agriculture pour la transition écologique, ainsi que plusieurs allègements fiscaux (transmission des exploitations, cheptel bovin, etc.) Le déploiement des prêts garantis par l'Etat pourrait aussi être affecté (voir dans ce numéro). En attendant la nomination d'un nouveau gouvernement, plusieurs textes pourraient prendre du retard: le projet de loi d'orientation agricole et les propositions de loi sur les Entraves, les épandages par drone, ou la Démocratie agricole. En l'absence de gouvernement, les textes peuvent seulement être examinés en commission. Cependant, les travaux de l’Assemblée nationale étant à ce jour ajournés, il est peu probable qu’ils soient inscrits.

Manifestations; une FRSEA et des JA prévoient une «visite» aux députés qui ont voté la censure

Les députés qui voteront en faveur de la censure du gouvernement Barnier recevront «la visite des agriculteurs pour avoir des explications sur leur position», ont annoncé la FRSEA et les JA en Bourgogne-Franche-Comté, dans un courrier consulté le 4 décembre par l'AFP. Les deux syndicats indiquent qu'ils seront «extrêmement vigilants envers les élus qui, par leur vote, empêcheraient la mise en oeuvre de mesures urgentes pour le secteur agricole» prévues dans le budget 2025. Dans leur lettre de mardi, les syndicats agricoles rappellent que «la situation actuelle rend imprévisible l'issue du vote du projet de loi de finances pour 2025 et du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2025», deux textes contenant des «avancées majeures» pour la profession. S'adressant aux députés, ils disent compter «sur (leur) engagement pour défendre le secteur agricole» et «sur (leur) responsabilité pour ne pas ajouter de la crise à la crise». La FNSEA a elle aussi adressé un message à ses adhérents, pour qu'ils passent le message aux députés, appelant à la stabilité gouvernementale des derniers jours.

Séparation vente/conseil: le gouvernement devait se positionner au Sénat par amendement

Répondant à Agra Presse le 4 décembre au matin, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard a indiqué que la position du gouvernement concernant la séparation de la vente et du conseil des pesticides devait être dévoilée «par voie d'amendement» à l'occasion de l'examen en séance publique de la proposition de loi sur les «entraves». Avant le vote de la censure, la séance était attendue au Sénat les 17 et 19 décembre, mais ne pourra se tenir en l'absence de gouvernement. Alors que la proposition de loi sur les «entraves» des sénateurs Duplomb (LR) et Menonville (centriste) proposait une suppression pure et simple de ce dispositif émanant de la loi Egalim, le flou persistait encore sur les intentions précises du gouvernement qui vient d'être renversé ; l'exécutif, plus à droite que le précédent, n'était plus tenu, depuis cet été, par la position de l'Élysée, hostile à une suppression. Lors de sa visite au dernier Salon de l’agriculture, fin février, le président de la République avait laissé entendre que cette seconde mesure serait maintenue: «Ce n’est pas celui qui vend les produits phytosanitaires qui peut faire le conseil», avait alors déclaré Emmanuel Macron. Et jusqu'à la dissolution, le gouvernement avait porté l'idée d'un «aménagement» de la séparation, et non d'une suppression. Toutefois, les propositions faites par le CGAAER dans son dernier rapport daté de juin semblent tendre à une quasi-suppression de la séparation.

Prêts garantis par l'État: conventions signées, mais besoin d'un budget pour 2025

À l'occasion d'une conférence de presse le 4 décembre, les betteraviers de la CGB se sont inquiétés des effets d'une censure du gouvernement sur de nombreux dossiers en cours (fiscalité, retraites, pesticides...), y compris les prêts garantis par l'État, dont les modalités ont été précisées par le ministère de l'Agriculture le 15 novembre. En retard sur les semis et achats d'intrants, et a priori rapetissé financièrement, le dossier semblait ficelé administrativement et décorrélé des débats budgétaires au Parlement, n'ayant pas été évoqué lors de présentation du projet de loi de finances (PLF) pour 2025. Mais l'inquiétude des professionnels est en partie confirmée par la ministre de l'Agriculture, auprès d'Agra Presse: «Les conventions sont signées entre le ministère et les banques, donc c'est possible», indique Annie Genevard. Mais une partie du financement des mesures est comptabilisée sur le budget 2025, «par report de crédits 2024». Le financement est donc opérationnel pour 2024, mais pourrait se compliquer l'an prochain. Pour rappel, les céréaliers de l'AGPB pressent le gouvernement depuis l'été pour une mise en place rapide des prêts garantis par l'État (PGE). Ils ont été présentés à l'automne sous la forme de deux dispositifs: prêts bonifiés à moyen terme et prêts de consolidation à long terme». Compte tenu du retard du dispositif, ils pourraient ne pas concerner beaucoup d'agriculteurs.

Élections des chambres d’agriculture: top départ pour la campagne FNSEA-JA

Alors que l’élection des chambres d’agriculture se tiendra le 31 janvier 2025, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) ont lancé leur campagne le 4 décembre, lors d’un meeting en Dordogne dans le cadre de l’université d’hiver des JA. À cette occasion, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau a porté «un double message», explique-t-il dans un entretien à Agra Presse. D’un côté, «le goût d’entreprendre en agriculture, qui est le cœur de notre action»; de l’autre «la nécessité de créer une dynamique collective», rappelant que les chambres d’agriculture ne se limitent pas au seul collègue des chefs d’exploitation. Interrogé sur la concurrence de la Coordination rurale – qui a multiplié les actions radicales ces dernières semaines –, M. Rousseau a indiqué que «la colère et le chaos ne peuvent pas faire l’objet d’un programme pour les six années qui viennent». Pour lui, les élections professionnelles sont «un moment de responsabilité pour les agriculteurs». «Céder aux sirènes de la démagogie et du chaos, c’est s’obérer la capacité à trouver des solutions», a-t-il estimé. Interrogé sur le modèle économique des chambres, Arnaud Rousseau s’est dit «très favorable au développement des services», mais aussi à ce que «les chambres ne soient pas traitées différemment des collectivités» pour la fixation de la taxe qui abonde leur budget.

Pesticides/PPL Entraves: au Sénat, la Coméco atténue la réforme de gouvernance des AMM

Réunis le 4 décembre pour examiner la proposition de loi sur les entraves, les sénateurs de la Coméco ont adopté un amendement (n° COM 33) qui revient sur la possibilité donnée au ministre de l’Agriculture de «suspendre» une décision de l’Anses relative à la délivrance ou au retrait d’autorisations de mise en marché (AMM) de pesticides, évoquée à l’article 2. A la place, ils proposent de permettre au directeur général de l’Anses de «s’en remettre à la décision du ministre». Le rapporteur Pierre Cuypers (Seine-et-Marne) évoque «l’insécurité juridique» comme source de ce revirement. «Il est proposé de maintenir la compétence de principe du directeur général de l’Anses dans la délivrance des AMM tout en permettant au ministre chargé du dossier d’évoquer le dossier pour pouvoir statuer en lieu et place du directeur général. En tout état de cause, le ministre devra statuer selon les mêmes critères que le directeur général de l’Anses, qui relèvent du droit européen», indique l’exposé des motifs. L’amendement propose aussi d’inscrire dans le marbre la possibilité donnée au ministre de l’Agriculture «d’examiner par priorité un dossier» en fonction des besoins les plus urgents des filières. Une priorisation déjà évoquée par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard dans le cadre de la pérennisation du comité des solutions

Pesticides: la justice déboute l'ancienne fleuriste dont la fille est décédée

La cour d'appel de Rennes a débouté le 4 décembre les parents d'une fillette de 11 ans morte d'une leucémie liée à l'exposition de sa mère, alors fleuriste, aux pesticides pendant sa grossesse et qui réclamaient une indemnisation au nom du préjudice subi par leur fille. La cour «déclare irrecevables les demandes» des parents «agissant en qualité de représentants légaux de leur fille mineure». En revanche, elle confirme leur indemnisation «à la somme de 25.000 euros chacun en réparation de leur préjudice moral», qui leur avait été proposée par le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides (FIVP). Elle fixe en outre «l'indemnisation des frais d'obsèques à 2.500 euros». Emmy Marivain, 11 ans, est morte d'une leucémie le 12 mars 2022. Sa mère, Laure Marivain, a été exposée dès ses 20 ans à de nombreux herbicides dans le cadre de sa profession de fleuriste et grossiste en fleurs, notamment en nettoyant «les taches bleues et jaunes» sur les plantes recouverts de pesticides qu'elle réceptionnait en grande quantité. La famille, qui vit en Loire-Atlantique, a engagé une procédure devant le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides (FIVP). Elle a obtenu «la reconnaissance du lien entre l'exposition aux pesticides et la leucémie en juillet 2023», rappelle l'association Phyto-victimes, qui soutient la famille, dans un communiqué. Le FIVP a proposé 25.000 euros d'indemnité à chacun des parents.

Betteraves à sucre: la CGB s'attend à un reflux des surfaces l'an prochain

«Si les charges restent à ces niveaux, la surface française de betteraves va baisser l'an prochain», a prédit Franck Sander, le président de la CGB (betteraviers, FNSEA), à l'occasion d'une conférence de presse le 4 décembre, dans un contexte de charges élevées et de redescente des prix du sucre, après des prix record l'an passé. «Nous étions autour de 400 000 hectares sous les quotas, nous avons connu une courte embellie à la sortie, à 480 000 ha, avant de descendre à 370 000 hectares, a retracé Franck Sander. Après avoir remonté à 410 000 hectares l'an dernier, je crains que nous repassions sous les 380 000 hectares.» Si la filière a connu des «prix historiques» l'an passé, à plus de 50 €/t, le retournement du marché du sucre européen, en raison notamment des importations ukrainiennes, pourrait dissuader certains agriculteurs qui font face à des charges «historiquement élevées (environ 3000 €/ha en 2024, contre 2600 €/ha en moyenne entre 2019 et 2029)». Avec le rendement moyen atteint cette année (79 t/ha), le coût de revient se situe autour de 37,5 €/t, calcule la CGB. Or, les rendements et les prix sont tous les deux dans une dynamique baissière.

Oléagineux: flambée inédite des cours de l'huile de palme

Le cours de l'huile de palme a bondi ces derniers jours sur le marché asiatique, sous l'effet de pluies diluviennes en Malaisie et du projet indonésien d'augmentation de sa production d'agrocarburants.  Le prix de cette huile a atteint mardi son plus haut niveau depuis 29 mois, à 5.390 ringgits la tonne (environ 1.200 dollars) à la Bourse de Kuala Lumpur (Malaisie), principale place de cotation de cet actif. «C'est la première fois que l'on voit l'huile de soja américain moins chère que l'huile de palme d'Asie du Sud-Est. C'est inédit», a déclaré à l'AFP Antoine de Gasquet, président de la société de courtage en huiles Baillon-Intercor. Plusieurs facteurs expliquent la brusque remontée des prix de cette huile, restée longtemps la moins chère du marché, comparée aux huiles tirées des grains de soja, colza ou tournesol. La Malaisie, qui assure avec l'Indonésie plus de 80% de la production mondiale d'huile de palme (environ 80 millions de tonnes par an), a été frappée par des pluies torrentielles ces derniers jours. Des pluies ont également touché l'île de Sumatra, qui assure près de la moitié de la production indonésienne d'huile de palme. 

Elevage/grandes cultures : la MSA déploie son dispositif d’aides aux exploitations

Dans un communiqué de presse du 2 décembre, la MSA annonce déployer un dispositif de soutien pour aider ses adhérents à faire face aux conséquences de la FCO, de la MHE, de la grippe aviaire, et des aléas climatiques. Elle lance ainsi une campagne d’information ciblée (24 000 appels, mails ou sms). Une action préventive a permis de contactés 13 000 exploitations : plus de la moitié (6 648) étaient directement touchés par une crise. Côté solutions, la MSA mets en place des échéanciers de paiement des cotisations (et remise totale ou partielle automatique des majorations et pénalités de retard de paiement) et des actions de prévention spécifiques pour les primo-débiteurs. L’enveloppe complémentaire de 20 millions d’euros pour la prise en charges de cotisations MSA annoncée par Annie Genevard est mobilisée sur les dispositifs, a confirmé la CCMSA à Agra. La Sécu agricole va par ailleurs proposer des rendez-vous Prestations renforcés, la mise en place d’aide au répit et au remplacement, les prises en charges de consultions psychologiques ou encore l’accompagnement en matière de prévention des risques au travail et sur les exploitations (avec par exemple l’allocation d’aides financières pour l’achat ou la modernisation de matériel de contention dans les élevages). 

Déforestation: accord des institutions européennes sur un report d'un an

Les États membres et le Parlement européen ont trouvé dans la soirée du 3 décembre un accord visant à repousser d’une année la date d’entrée en vigueur du règlement pour lutter contre  la déforestation. Le règlement s’appliquera donc à partir du 30 décembre 2025. Contrairement à ce que demandait le Parlement européen (sous la poussée des groupes politiques de droite notamment du PPE), aucun changement de fond n’a été apporté au texte. La Commission européenne s'est seulement engagée à finaliser le système d'information et le dispositif de classification des risques au plus tard six mois avant l’entrée en vigueur. Et dans le cadre du réexamen du règlement prévue mi-2028, Bruxelles analysera des mesures supplémentaires pour réduire la charge administrative. Les ambassadeurs des États membres ont validé dès le 4 décembre cet accord. Les eurodéputés de la commission de l’Environnement en ont fait de même. Reste au Parlement européen à donner son feu vert définitif en plénière le 17 décembre. Le règlement sur la déforestation établit des règles pour garantir que les produits dérivés de certaines matières premières (café, cacao, huile de palme, soja, bétail, caoutchouc et bois), qui sont mis sur le marché ou exportés depuis l’UE, n’ont pas causé de déforestation ou de dégradation des forêts pendant leur production.

Elevage/PPL Entraves: la Coméco du Sénat assouplit les obligations des ICPE

Dans le cadre de l’examen de la proposition de loi sur les entraves le 4 décembre, les sénateurs de la Coméco ont apporté plusieurs modifications à l’article 3 qui porte sur l’assouplissement des obligations pour éleveurs en installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE). La Coméco veut étendre la procédure d’enregistrement aux ICPE qui correspondent aux seuils de la directive EIE (Évaluation des incidences de projets sur l'environnement), plus élevés que les seuils de la directive IED (Emissions industrielles), pour alléger l’obligation de mener une enquête publique (amendement COM 32). Une proposition conforme aux demandes de l'UGPVB (groupements d'éleveurs bretons) qui confiait à Agra Presse, fin juin, que «sur le terrain, l’enquête publique a un effet plus dissuasif sur les porteurs de projets que l’évaluation environnementale (requise dans le cadre de l’EIE)». La Coméco souhaite aussi supprimer l’obligation d’organiser une réunion publique d’ouverture et de clôture en permettant, à la place, d’organiser «une permanence» dont «au moins une journée dans la mairie de chaque commune du lieu d’implantation du projet» (amendement COM-30). Par ailleurs, sur la question de la séparation de la vente et du conseil, la Coméco propose de créer un «conseil stratégique global» facultatif dont le conseil stratégique phytosanitaire serait «un volet» (amendement n°COM-27)

Lait: le collège des producteurs «suspend ses travaux» au sein de l’interprofession

Le collège des producteurs «suspend tous ses travaux» au sein du Cniel (interprofession laitière) «tant qu’il n’y aura pas d’avancée sur la publication de l’indicateur Ipampa» (coût de production agricole), a expliqué son président Yohann Barbe (FNPL) à Agra Presse, le 4 décembre. Les laiteries privées (Fnil) s’opposent à la publication par le Cniel d’un indicateur actualisé. «Le bureau du Cniel s’est mis d’accord en juin pour faire évoluer cet indicateur et a passé commande auprès de l’Idele [institut de l’élevage, ndlr] pour créer un indicateur qui prenne en compte toutes nos charges», indique Yohann Barbe. Cependant, le collège des industriels privés considère qu’il ne s’agit pas d’un indicateur interprofessionnel et que «la prétendue validation sortie de ce bureau n’a pas de portée», explique le président-directeur général de la Fnil, François-Xavier Huard. Dans l’attente d’une «réouverture globale du sujet du prix de revient», la Fnil demande que le nouvel Ipampa, dont elle conteste la méthodologie, soit uniquement publié par l’Idele. «C’est impensable à l’heure des négociations commerciales», affirme Yohann Barbe. Contacté, le collège des coopératives laitières n’a pas souhaité réagir dans l’immédiat. Par ailleurs, le dossier de l’indicateur beurre-poudre, sur lequel le Cniel butte depuis plus d’un an, est toujours bloqué. 

Lait : un fromage artisanal brésilien au patrimoine immatériel de l'Unesco

Les modes traditionnels de fabrication d'un fromage artisanal de l'État brésilien de Minas Gerais (sud-est) ont été inscrits le 4 décembre au patrimoine immatériel de l'humanité de l'Unesco. Ce fromage à base de lait cru de vache est connu sous le nom de Queijo Minas (Fromage Minas), allusion au nom de l'État à forte tradition minière et agricole où il est produit, le deuxième le plus peuplé du Brésil, avec plus de 20 millions d'habitants. C'est aussi le premier État producteur de lait et de fromage du pays sud-américain, puissance agricole de premier plan. Le Queijo Minas artisanal est produit le plus souvent par des «agriculteurs familiaux (...) dans de petites exploitations rurales» nichées dans des collines verdoyantes, selon le dossier de candidature déposé à l'Unesco, réuni cette semaine à Asuncion, au Paraguay. Environ 9 000 producteurs fabriquent ce fromage de façon artisanale dans le Minas Gerais. Il s'agit du septième bien culturel brésilien inscrit au patrimoine immatériel de l'humanité, au même titre que la capoeira ou le frevo, rythme traditionnel du carnaval de Recife (nord-est). Mais c'est la première fois qu'une denrée alimentaire de ce pays entre dans cette liste, qui comprend par exemple la pizza napolitaine ou le ceviche péruvien.

Élevage: «pas de consensus» sur la réforme du financement du sanitaire (CGAAER)

Missionnés par le cabinet de Marc Fesneau en juin 2023 pour tester auprès des professionnels un projet de «doctrine d’usage» sur la «rénovation du financement du sanitaire dans la domaine animal», deux inspecteurs du CGAAER (ministère) n’ont «pas constaté de consensus», d’après leur rapport publié le 3 décembre. La doctrine envisagée par l’exécutif vise une réforme «à coût constant pour l’État». Alors que le coût des mesures sanitaires est aujourd’hui supporté «essentiellement par les opérateurs de la production primaire et l’État», le ministère souhaiterait qu’une «part significative» soit «mutualisée au sein du maillon amont (…) voire au sein de la filière», selon la proposition de doctrine. «L’État a vocation à financer l’intégralité des indemnisations sanitaires», y lit-on, mais pas les indemnisations économiques, «hors crise sanitaire majeure». Dans ce domaine, les pouvoirs publics incitent l’amont à privilégier la «mutualisation professionnelle» (FMSE ou interprofessions) et l’aval les assurances privées. Toujours concernant les indemnisations économiques, le projet prévoit que la part de l’État «augmente à due concurrence de l’implication des professionnels dans le financement des mesures de prévention, de surveillance et de lutte». Les inspecteurs du CGAAER ont analysé le financement pour trois maladies (peste porcine africaine, influenza aviaire et tuberculose bovine), afin d’affiner la doctrine et de faire de propositions d’ordre méthodologique.

Nutrition animale : l’expert MG2Mix intègre un spécialiste du gibier à plumes

La firme-service en aliments pour animaux d’élevage MG2Mix est devenue actionnaire principale du spécialiste en petit gibier Arthamès, informe son directeur général Vincent Gerfault. «Cette entreprise de trois salariés se porte très bien sur un marché de niche à valeur ajoutée d’environ 100 000 tonnes d’aliments», souligne-t-il, précisant : «son dirigeant reste en place. Il garantit la pérennité de son entreprise en nous confiant son capital. Il s’ouvre aussi des perspectives d’export au Royaume-Uni». L’intérêt de MGMix est d’ajouter des espèces animales sauvages aux espèces domestiques – porc, bovins, volailles, lapin, cheval... - dont la firme est déjà experte. Cette petite croissance externe fait exception dans la stratégie historique de MG2Mix, dont l’expansion repose sur la croissance organique, «de 20% en 2023 et ce sera 20% aussi en 2024», précise le DG. Une croissance en production qui va se poursuivre grâce à la réorganisation du capital annoncée cet automne. Cette réorganisation s’opère autour des cadres clés pour l’avenir avec l’entrée d’un nouvel actionnaire, l’investisseur en agroalimentaire Cerea Partners. «Nous pérennisons le savoir-faire français en nutrition animale qui est très riche», souligne Vincent Gerfault.

Coopératives : «affaibli», Vivadour mise sur les contrats et les protéines végétales

Dans son rapport d'activité envoyé le 3 décembre à l’issue de ses assemblées de sections, le groupe coopératif Vivadour fait état d’une rentabilité «affaiblie» au titre de l’exercice 2023-2024. «Nous avions envisagé pour l'exercice précédent un résultat négatif qui a finalement (...) pu terminer positif. Cette précision s'est donc décalée en 2023-2024 et par conséquent sur le résultat de l'exercice s'en trouve affecté», indique le directeur général Jérôme Candau. Constatant sa fragilité dans les grandes cultures et la viticulture, il compte renforcer ses liens contractuels régionaux dans ces deux activités et il s’engage dans les protéines végétales texturées. Dans le rapport d’activité mis en ligne, le directeur général estime que les activités grains et vin «restent très exposées aux fluctuations du marché mondial» et qu’elles nécessitent d’«accélérer le développement des marchés contractuels». Parmi les contrats qui seront proposés en 2025 la coopérative prévoit 500 à 600 hectares de pois et de soja à destination d’un outil de texturisation des protéines qui sera opérationnel au second semestre 2025. Le groupe a investi dans cet outil nommé Texipro «en partenariat avec un acteur régional de la distribution agroalimentaire» pour produire des ingrédients destinés à l’industrie alimentaire et la restauration. 

Vin : un marché du bio «sous tension» après de fortes conversions

Le marché du vin biologique apparaît «sous tension» après de fortes conversions ces dernières années, a indiqué le 4 décembre l’interprofession SudVinbio. «Aujourd’hui, le marché du vin bio n’est pas à l’équilibre : il y a beaucoup plus d’offre que de demande», a déclaré le président Nicolas Richarme. «C’est l’importance des conversions ces dernières années qui crée un décalage. La commercialisation n’a pas progressé assez vite pour absorber tous les vins bio arrivant sur le marché.» En 2023, le secteur a vu ses ventes augmenter de 6% en volume (à 2 672 Mhl), de 7% en valeur (à 1 569 M€). Les surfaces en conversion ont grimpé de 1,6 % (à 171 265 ha) l’an dernier, après des hausses de 5,4 % en 2022 et de 17,2 % en 2021. Cette dynamique est alimentée notamment par la commercialisation en vente directe (+14,3 % en valeur) et chez les cavistes (+12,4 %), deux circuits plus empruntés en vin bio qu’en vin conventionnel (respectivement 34,5 % des volumes contre 11 % et 15,5 % contre 8 %). Moins prisée, la GMS (23 % des volumes en vin bio contre 51 % en vin conventionnel) affiche des ventes de baisse (-4,6 % en valeur sur 2023). «La grande distribution va faire partie des principaux débouchés, si on veut arriver à commercialiser tous les volumes arrivés en vin bio après les conversions massives des trois dernières années.»

Cognac : Océalia contrainte d’engager un plan de licenciement

«Ces derniers mois, nous avons rencontré de fortes difficultés au sein de notre filière cognac», a indiqué Mathieu Staub, directeur général du groupe Océalia (932,6 M€ de CA dont 19,2 M€ pour le pôle vins et spiritueux, en retrait de 4 M€), lors d'une conférence de presse le 4 décembre. «80% de nos volumes partent vers les États-Unis et la Chine (40/40). Aux États-Unis, nous avons subi le déstockage drastique de nos importateurs et de nos distributeurs, amplifié par une hausse des taux d’intérêt et une baisse de la consommation du cognac au profit de la Tequila et des Ready to Drink.» Le directeur général reconnaît que pour la Chine, c’est un «problème structurel, dû à notre approche commerciale inadaptée» qui a fait reculer les ventes. Le groupe n’a pas eu d’autre choix que de mettre en place un plan de licenciement qui a concerné 16 des 46 salariés du site de St-Germain-de-Lusignan (17), siège de la Maison Ansac, marque phare du groupe : il possède également les marques Jules Gautret et AE Dor. Pour la récolte 2024, 73 000 hl ont été récoltés, chez 250 adhérents-viticulteurs, contre 125 000 hl en 2023. Pour relancer l’activité, le groupe planche sur de nouvelles recettes de cocktails, avec des saveurs originales, concoctées à base de produits locaux comme le melon. Océalia distille également du whisky, avec l’objectif de proposer à la vente les premières bouteilles en 2026. (Anne Gilet)

Climat : un outil de Météo-France simule les évolutions des dates de maturité des cultures

Le service météorologique Météo-France, avec l’association Solagro, propose désormais 250 indicateurs dans son outil Climadiag Agriculture destiné à aider les agriculteurs à visualiser les effets du changement climatique sur leur activité, a-t-il annoncé le 4 décembre. Créé il y a deux ans, le portail s’est étoffé pour permettre aux agriculteurs et aux conseillers agricoles de calculer, par exemple, l’évolution de la température moyenne annuelle ou de la pluviométrie dans une zone donnée à différents horizons temporels (2010, 2050, 2100). Il est ainsi possible de simuler les modifications des stades de développement d’une culture en particulier, dans un contexte où les cycles de développement raccourcissent avec l’augmentation des températures. À titre d’exemple, l’outil estime une date de maturité du blé tendre le 2 juillet en 2030, contre une date de maturité au 6 juillet en 2010. Climadiag Agriculture permet également d’évaluer les conséquences du stress thermique sur les animaux comme les porcs ou les ovins. L’outil s’appuie sur la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) retenue par le gouvernement. «Nous partons de l’hypothèse qu’il faut se préparer à un réchauffement de 2 degrés en 2050 et de 3 degrés en 2100 au niveau mondial», précise Sophie Martinoni, directrice de la climatologie et des services climatiques chez Météo-France, lors d’un point presse, auprès de l’AFP.

Machinisme : JCB nomme un nouveau directeur général en France

JCB, constructeur de machines pour le BTP, l’agriculture et l’industrie, a annoncé le 2 décembre la nomination de Renaud Dehillotte comme directeur général de sa filiale en France. Il prend le relai de José Luis Goncalves, qui a assuré l’intérim depuis le départ du précédent DG Philippe Girard en mars. Renaud Dehillotte a mené une partie de sa carrière chez Daf. Entré en 2003 chez le spécialiste des poids lourds, il a occupé plusieurs postes de direction, dans la vente, les finances, le marketing, avant d’être nommé directeur général de Daf France en 2021. « L’industrie du poids lourds a de nombreux points communs avec nos métiers du BTP et de l’agricole », souligne José Luis Goncalves, cité dans le communiqué.

Céréales/port de Rouen : Philippe Lestrade, futur directeur général de Sénalia

Philippe Lestrade succèdera à Gilles Kindelberger au poste de directeur général de Sénalia le 1er juillet 2025 : ce dernier faisant valoir ses droits à la retraite après dix années passées à ce poste. Didier Verbeke, le président de Sénalia l’a annoncé le 4 décembre à l’issue du conseil d’administration. Une période de tuilage est prévue entre les deux hommes à partir du début de mois de février. À 49 ans, Philippe Lestrade a eu plusieurs expériences dans des compagnies maritimes, notamment en Afrique. En 2015, il prend la direction de MSC France. (Anne Gilet)

Fruits et légumes : Christel Teyssèdre, renouvelée à la présidence d’Aprifel

Christel Teyssèdre, présidente de Saveurs commerce (détail fruits et légumes)  a été renouvelée au poste de présidente d’Aprifel (recherche et information en fruits et légumes) lors l’assemblée générale élective du 3 décembre à Paris. Elle est à la tête de l’agence depuis 2014. L’assemblée générale a également permis d’élire les nouveaux administrateurs et le bureau de l’association. Alain Kritchmar (importateurs) à la vice-présidence, André Bouchut (confédération paysanne) au secrétariat et Georges Daniel (FCD) comme trésorier. Aprifel a pour mission d’ informer, sur base scientifique, le plus grand nombre sur les enjeux d’une alimentation saine et durable, avec des fruits et légumes.