Fruits et légumes: Lecornu annonce des clauses de sauvegarde sur cinq pesticides
Comme Annie Genevard en avait annoncé l’intention lors du lancement des Conférences de la souveraineté, le Premier ministre et la ministre de l’Agriculture ont indiqué le 4 janvier la suspension prochaine d’importations de denrées alimentaires, surtout des fruits et légumes, contenant des résidus de plusieurs substances interdites en Europe. «Un arrêté sera pris dans les prochains jours, à l’initiative de la Ministre de l’agriculture Annie Genevard, pour suspendre l’importation de produits contenant des résidus de substances interdites en Europe : mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyl et carbendazime», des produits fongicides ou herbicides, a annoncé sur X (ex-Twitter) Sébastien Lecornu. A Agrapresse, Annie Genevard ajoute également le benomyl à la liste. Les denrées concernées seront «essentiellement des fruits et légumes», a précisé la ministre sur CNews. Avocats, mangues, goyaves, agrumes, raisins et pommes «d’Amérique du Sud ou d’ailleurs», mais aussi melons, cerises, fraises ou pommes de terre ne pourront plus entrer en France ni être commercialisés, a listé M. Lecornu. Il s'agira d'activer des clauses de sauvegarde, comme l'avait fait Stéphane Le Foll pour le diméthoate en cerise, ou l'avait demandé Gabriel Attal en 2024 pour le thiachlopride. Contacté par l’AFP, le ministère de l’Agriculture a indiqué que l’arrêté serait publié mardi. La France devra toutefois obtenir le feu vert de la Commission européenne dans les 10 jours, un accord qu’espère obtenir mercredi la ministre lors de son déplacement à Bruxelles, a-t-on expliqué de même source.
Manifestations: Genevard appelle à la «désescalade», avant les rendez-vous à Matignon
La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a de nouveau appelé le 3 janvier à la «désescalade», dans un entretien à la Tribune Dimanche, alors que les syndicats agricoles, qui rencontreront le Premier ministre lundi et mardi, veulent relancer la mobilisation face notamment à la crise de la dermatose bovine. La ministre déclare que les syndicats «préciseront leurs attentes ces prochains jours». Matignon a fait de premières annonces ce dimanche, et en réserve «tout au long du mois de janvier». Une réunion de ministres sur l'agriculture sera présidée par Sébastien Lecornu ce mardi. «Il faut vraiment opérer une désescalade de la violence, cesser les blocages, et cela est la responsabilité des organisations syndicales», déclare Annie Genevard, appelant à sanctionner violences et dégradations, «oeuvre d’une minorité». Interrogée sur le MACF de l’Union européenne entré en vigueur le 1er janvier, qui pénalise les céréaliers importateurs d’engrais, elle assure avoir «déjà agi pour réduire la facture de plus de moitié». «Mais le coût reste tout de même de 4.000 euros par an par exploitation. Nous voulons un coût zéro pour nos agriculteurs», ajoute-t-elle. Elle a indiqué que le Premier ministre Sébastien Lecornu a écrit à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à ce sujet et qu’elle entend rallier d’autres pays européens pour «exiger un report ou une suspension du mécanisme pour les engrais».
Bovins/DNC : deux nouveaux cas en Ariège, 73,5% du cheptel du Sud-Ouest vacciné
Un troisième cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a été détecté en Ariège, a appris l'AFP de source proche du dossier au lendemain de l’abattage de 113 vaches dans un autre élevage pour tenter de contenir la propagation de la maladie dans ce département frontalier de l’Espagne. La bête porteuse de la DNC, un veau, a été découverte par les services vétérinaires venus vacciner ce lot d’environ 25 animaux séparé du reste du troupeau, qui ne sera donc pas euthanasié, a ajouté cette source. Conformément au protocole en vigueur, cette vingtaine de bêtes sera abattue lundi, toujours selon cette source ainsi que l’antenne ariégeoise de la Confédération paysanne. Celle-ci a appelé dans un communiqué à un rassemblement de soutien le même jour à midi à Audressein, commune située à l’entrée de la vallée de la Bellongue où se trouvent les animaux. Avant la détection de ce cas, le ministère de l’Agriculture dénombrait sur son site 116 foyers identifiés en France depuis l’apparition de la maladie. Dans les dix départements du Sud-Ouest engagés dans la campagne de vaccination, 539 579 bovins, soit 74,7 % du cheptel concerné, ont reçu une injection, selon un bilan du ministère de l’Agriculture, actualisé au 4 janvier.
DNC/Mercosur: manifestation «symbolique» d'une intersyndicale agricole à Toulouse
Quelque 80 manifestants défilent le 3 janvier à Toulouse lors d’une action «symbolique» de l’intersyndicale agricole de Haute-Garonne visant à rappeler leurs revendications concernant la gestion de la dermatose bovine par le gouvernement et le Mercosur, ont constaté des journalistes de l’AFP. Après le blocage de nombreux axes routiers et le déversement de tonnes de lisier et déchets agricoles devant des préfectures un peu partout en France depuis mi-décembre, les membres de cette intersyndicale ont voulu aller «à proximité des Toulousains pour leur expliquer» leur démarche, a expliqué Luc Mesbah, secrétaire général de la FDSEA 31. Lors de ce défilé que M. Mesbah a décrit comme «symbolique», les manifestants ont brandi plusieurs dizaines de croix portant les prénoms - Victoire, Tina, Clara... - de certaines des 106 vaches abattues en Haute-Garonne depuis le début de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). A l’appel de l’intersyndicale, bonnets jaunes de la Coordination rurale, casquettes rouges des Jeunes agriculteurs, drapeaux de la FNSEA et de la Confédération paysanne cohabitent dans ce cortège parti du palais de justice, en direction de la préfecture, en passant par la place du Capitole. Arrivés à l’hôtel de ville, les manifestants ont entonné la Marseillaise a capella avant d’observer une minute de silence face à la statue de vache remorquée par un petit tracteur orange.
Présidence de l’UE : Chypre dévoile les agendas provisoires de ses réunions jusqu’en juin
Depuis le 1er et jusqu’au 30 juin, Chypre détient la présidence semestrielle du Conseil de l’UE. Dans cette optique, un document détaillant les projets d’ordre du jour des réunions des Vingt-Sept pour les six prochains mois vient d’être rendu public. Comme indiqué dans le programme de travail chypriote, la Pac devrait être le principal sujet du Conseil Agriculture. La présidence prévoit, pour l’heure, d’organiser trois débats politiques sur les propositions de Bruxelles (en février, en avril et en juin). Le dernier serait accompagné d’un rapport de progrès. Au-delà de la Pac, Chypre devrait tenir, en alternance, les traditionnels échanges de vues sur la situation des marchés agricoles (en février et en avril) et sur le commerce (en mars et en mai). La première réunion, le 26 janvier, devrait être principalement consacrée à la simplification du règlement bio. Les Etats membres devraient aussi avoir un échange de vues sur la stratégie bioéconomie et le rapport d’évaluation de la directive Pratiques commerciales déloyales. En mars, à l’occasion de son premier anniversaire, les ministres devraient discuter de la mise en œuvre de la vision pour l’Agriculture et l’alimentation.
Maraîchage : l'agriculture urbaine atteint un «plateau» en France (observatoire)
D'après les premiers résultats de son observatoire de l'agriculture urbaine, publié en 2025, l'Afaup constate un ralentissement des nouvelles installations. Après avoir connu un pic de nouveaux projets en 2022 avec 74 créations, le rythme a baissé, à seulement 13 projets en 2025. Le secteur a connu une décennie d'euphorie, marquée par le développement de politiques publiques (voir notre enquête). C'est ainsi que le nombre de «fermes participatives» est passé de 200 à 440 sur la période entre 2015 et 2025. «Ce comptage n’est pas exhaustif, précise Marie Fiers, coordinatrice de projet à l’Afaup. En revanche, on est certainement arrivé à un plateau en termes de nouvelles installations». Au total, l'Afaup a recensé 4545 sites, couvrant un peu moins de 600 hectares, dont une très grande majorité de jardins et potagers collectifs (3683, 80%), qui se situent hors des circuits commerciaux. L'Afaup recense aussi 862 fermes commerciales (20% du total), dont la moitié (422) de «fermes spécialisées» et l'autre moitié (440) de «fermes participatives» (moins de 50% des revenus tirés des ventes de légumes). Selon l'observatoire, une ferme urbaine couvre 0,5 ha en moyenne, contre 24,7 ha pour une exploitation maraîchère moyenne en France. Mais les résultats sont à prendre avec prudence. Sur l’ensemble des lieux sélectionnés, 11% ont des données complètes (surfaces, surface cultivées, production…).
Melon : campagne 2025 décevante, plombée par la météo estivale (RNM)
Selon le bilan du Réseau des nouvelles des marchés, l’année 2025 aura été frustrante pour les melonniers français, avec deux périodes de crise conjoncturelle, fin juillet-début août et en fin de campagne. La première partie de saison, avec des conditions estivales favorables aux ventes, s’est plutôt bien déroulée, d’autant plus que la concurrence espagnole s’atténuait et que des opérations promotionnelles dans la grande distribution renforçaient la dynamique. « La qualité gustative (était) bonne et les enseignes (mettaient) en avant le produit, assurant des ventes fluides en magasin », relate RNM. Un revirement violent s'est produit à la mi‑juillet. Des pluies soudaines ont refroidit les températures et freiné la demande. « Les récoltes (se sont intensifiées) inondant le marché avec des volumes journaliers proches de 6 000 tonnes. Le déséquilibre entre offre et demande (a provoqué) une chute vertigineuse des prix, qui (ont atteint) des niveaux anormalement bas », rapporte le RNM. FranceAgriMer a constaté un état de crise conjoncturelle du 23 juillet jusqu’au 11 août. À l’approche de la rentrée scolaire (fin août), les températures ont baissé, ralentissant franchement la consommation. La fin de campagne a été difficile, avec une deuxième situation de crise conjoncturelle et des stocks résiduels mal valorisés.
Tomates : l’Espagne profite du recul du Maroc et de la Turquie en début de saison
Selon la revue Mercados le 2 janvier, les deux premiers mois de la saison, septembre et octobre, ont été marqués par des retards de production dus aux basses températures chez deux pays concurrents de la production de tomates espagnoles, le Maroc et la Turquie. C’est singulièrement vrai pour le premier, qui pâtit aussi de pénuries d'approvisionnement de la part des semenciers : la diminution globale, de 6 % pour l'automne, a été particulièrement marquée en septembre et octobre, où le volume vendu en provenance du Maroc a chuté de 23,7 % par rapport à la saison précédente. Les basses températures ont aussi touché la Turquie qui enregistre une baisse de 47 % de ses exportations vers l'UE. Les producteurs de la région d’Almería profitent de la situation pour améliorer leurs prix à la production, surtout concernant les tomates en grappe qui affichent un prix de 1,20 €/kg, soit 4 % de plus que la saison précédente. Cependant, « la crainte d'une concurrence déloyale de la part de ces deux pays tiers, les plus importants au sein de l'UE, demeure une préoccupation quotidienne pour le secteur de la culture sous serre », souligne Mercados.
Tomate d’industrie : une première évaluation de l'agrivoltaïsme sur les rendements
Dans une étude publiée dans la revue scientifique Scientific reports, le 12 décembre, des chercheurs israéliens livrent les résultats de leur étude l’association de l’agrivoltaïsme et de la culture de tomates d’industrie. Des essais ont été menés en Israël sur deux saisons (2022-2023) avec deux variétés cultivées entre des rangées de panneaux solaires surélevés. L'intensité lumineuse variait d'une rangée à l'autre, en fonction de la proximité des panneaux – du plein soleil à l'ombre dense. Les tomates cultivées directement sous les panneaux ont donné des rendements de rendement nettement inférieurs – 42 % à 57 % de moins. Les tomates cultivées à l'ombre modérée ont subi des pertes de rendement moindres (environ 13 à 20 %). Avec un ensoleillement «presque complet», les pertes ont été de 0 et 6%. Si la teneur en sucre est globalement stable, les chercheurs ont noté que la teneur en matière sèche a chuté significativement sous un ombrage dense, ce qui peut réduire le rendement en concentré ou en sauce pour les transformateurs. Cumulé avec les revenus énergétiques, le système aurait généré un revenu total par unité de surface 9 à 10 fois supérieur à celui de la culture de tomates seule.
Distribution : la métropole du Grand Nancy aura son marché de gros en 2030
En décembre, la Métropole du Grand Nancy a annoncé le lancement de son projet « Le Grand Carreau », un marché d’intérêt local qui devrait voir le jour à partir de 2030 et qui se veut être « la plateforme de référence pour l’achat de produits agricoles du Grand Est, en facilitant la rencontre entre producteurs et professionnels de l’alimentation (restauration, commerces, artisans…) ». Sur une emprise foncière de 8,6 hectares, 20 000 m² modulables de bâtiments y seront construits : halle de vente physique, plateforme de vente numérique de produits locaux, mais aussi de produits régionaux et nationaux, plateformes logistiques, cellules de stockage à température dirigée… Au sein du même site, la future cuisine centrale intercommunale de 2 500 m2 produira jusqu’à 15 000 repas par jour, mettant en œuvre 9 tonnes de denrées, pour la restauration collective de 20 collectivités. La métropole devrait investir 53 M€ pour le Grand Carreau et 16 M€ d’investissement pour la cuisine centrale. Le Grand Carreau devrait générer entre 300 et 600 emplois. Le commencement des travaux est programmé pour le début 2029.
Frelon asiatique : un décret prépare la mise en oeuvre du plan de lutte, arrêté à venir (JO)
Un décret paru au Journal officiel le 30 décembre précise les modalités de mise en œuvre du plan national de lutte contre le frelon asiatique, et de sa déclinaison dans les départements. Pour rappel, ce plan national de lutte contre la prolifération du frelon à pattes jaunes figure dans la loi du même nom adoptée le 6 mars à l’Assemblée. Le décret indique que le plan national de lutte sera « adopté par un arrêté conjoint » des ministres de l’Ecologie et de l’Agriculture, après avis du Conseil national de la protection de la nature (CNPN) et du Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale (Cnopsav). Ce plan national sera mis à jour « au plus tard » tous les six ans. La déclinaison départementale du plan sera adoptée « par arrêté préfectoral », après avis du Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) et du Conseil régional d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale (Cropsav). Les plans départementaux devront être « mis à jour au plus tard six mois après l’adoption de l’arrêté ». Fin novembre, les apiculteurs de l’Unaf, soutenus par de nombreux députés, demandaient urgemment la mise en place du plan.
Climat : l’agroclimatologue Serge Zaka placé sous protection policière (presse)
Spécialiste des effets du dérèglement climatique sur l’agriculture, l’agroclimatologue Serge Zaka a révélé, le 31 décembre au micro d'Ici Hérault, avoir été placé sous protection policière du ministère de l'Intérieur, après avoir reçu de « nombreuses » menaces de mort liées à ses prises de parole publiques. Très présent sur les réseaux sociaux, M. Zaka y décrypte les effets concrets du réchauffement climatique sur l’agriculture. Ces derniers jours, l’agroclimatologue a notamment dénoncé l’emballement médiatique autour de l’épisode de froid observé en France en décembre, qualifié à tort de « vague de froid ». Il rappelle que cette notion repose sur des critères scientifiques précis qui n’étaient pas réunis. Selon lui, ce type de confusion nourrit les discours climatosceptiques et contribue à la violence des réactions en ligne. À la suite de son intervention, M. Zaka a été la cible, pendant 72 heures, d’un flot d’insultes et de menaces sur le réseau X, mais également par mail et SMS, comme il l’a précisé sur son compte LinkedIn.