Pesticides: la délivrance des Certiphyto bloquée par les Draaf, le négoce inquiet
À l’occasion du Salon de l’agriculture 2024, la Fédération du négoce agricole (FNA) et la branche Métiers du grain de la Coopération agricole (LCA) ont fait part de leur inquiétude concernant la délivrance des Certiphyto, qui serait bloquée par les Draaf (directions régionales de l'agriculture) depuis le début de l’année. Une information confirmée par la FNA le 4 mars, qui précise toutefois à Agra Presse ne pas avoir de plus amples détails sur la question. Selon les présidents Antoine Pissier (FNA) et Antoine Hacard, (LCA Métiers du grain), «les agriculteurs ayant procédé à la demande de renouvellement de leur Certiphyto en ligne ne reçoivent aucun retour dans de très nombreuses régions», précise un courrier adressé à Maux Faipoux, directrice générale de la DGAL (ministère), le 21 février et relayé par la France agricole. Claire Scappini, responsable technique R&D chez Racine Sap, explique ce blocage par la suppression du conseil stratégique pour les pesticides (CSP) «dans sa forme actuelle», comme l’avait annoncé Matignon le 1er février. Pour rappel, depuis 2015, tous les professionnels utilisant des produits phytosanitaires doivent être détenteurs d’un certificat délivré par la Draaf, baptisé Certiphyto, pour pouvoir utiliser lesdits produits. Ce blocage se traduit donc par une impossibilité pour les professionnels de s’approvisionner en produits phytosanitaires.
Guerre en Ukraine: Varsovie veut des sanctions de l’UE sur les produits agricoles russes
En visite à Vilnius (Lituanie), le Premier ministre polonais Donald Tusk a annoncé le 4 mars que son gouvernement allait demander à Bruxelles la mise en place de «sanctions complètes» à l’encontre des produits agricoles et alimentaires russes, mais aussi bélarusses. Dans cette optique, une résolution sera soumise au vote des parlementaires polonais. Il considère notamment qu’une action commune au niveau européen serait «plus efficace» que des décisions unilatérales des États membres. Une référence à l’adoption par le parlement letton le 22 février d’une interdiction des importations de denrées alimentaires, de produits de la pêche et de fourrages en provenance de la Russie et du Bélarus (y compris par l'intermédiaire de pays tiers). Au-delà de l’aspect communautaire, Donald Tusk estime qu’une décision de l’UE permettrait aussi de «débloquer totalement les possibilités d'exporter les produits agricoles et alimentaires ukrainiens vers des pays tiers», alors que les agriculteurs polonais entravent les points de passage des marchandises à la frontière avec l'Ukraine.
Élections européennes: les centristes de Renew présentent leur plan pour l'agriculture
Le groupe politique centriste Renew Europe a publié, le 4 mars, son plan d’action pour soutenir l’agriculture européenne. Le document reprend nombre de demandes exprimées ces dernières semaines par le secteur agricole et les États membres. À court terme, une quinzaine de mesures sont proposées: élargir les clauses de sauvegarde sur les importations ukrainiennes aux céréales et oléagineux; réduire la taxation des carburants renouvelables, augmenter les plafonds pour les aides de minimis; envisager une enveloppe financière d'urgence pour le secteur; mettre à jour la directive sur les pratiques commerciales déloyales; réduire la charge administrative de la Pac; mais aussi autoriser l’utilisation de d’effluents d’élevage transformés en remplacement des engrais de synthèse dans les zones sensibles; simplifier la procédure d’autorisation de produits; ou encore adopter rapidement la réglementation sur les nouvelles techniques de sélection génomiques (NBT). À moyen et long terme, il faudra pour le groupe Renew réévaluer la Pac, présenter une proposition sur la juste répartition de la valeur ajoutée et veiller à ce que la future réglementation sur l’utilisation des pesticides soit préparée en collaboration avec les agriculteurs. De son côté, le Parti socialiste européen, réuni en Congrès électoral le 2 mars à Rome, a désigné à cette occasion sa tête de liste (le Luxembourgeois Nicolas Schmit, actuel commissaire à l’Emploi et aux droits sociaux) et adopté un manifeste qui présente notamment les grandes lignes de son programme en matière agricole.
Élections européennes: les propositions de la Coopération agricole en vue du scrutin
À l’occasion du Salon de l’agriculture, la Coopération agricole a présenté le 28 février 25 propositions en vue des élections européennes de juin. Intitulé «Nos 25 propositions pour plus d'Europe et mieux d'Europe», ce manifeste ambitionne de «repositionner l'agriculture et l'alimentation au centre de la politique européenne». La Coopération agricole souhaite «redynamiser l’acte de production» de l’UE avec un budget et des politiques adaptées, tout en renforçant la résilience et la gestion des risques sans «opposer les productions entre elles». Pour la Coopération agricole, le «mieux d’Europe» passe aussi par une meilleure concurrence sur le marché intérieur européen. À ce titre, les coopératives françaises plaident pour plus de convergence et d’homogénéité dans la transposition des normes de l’UE. Enfin, sur le plan international, l’objectif est de mettre en place des mesures miroir «effectives» avec les pays tiers. «Ne déléguons pas à d’autres le soin de nous nourrir», est-il précisé.
Décentralisation: les régions ont doublé leur soutien à l'agriculture en dix ans
Entre 2013 et 2023, les régions ont doublé leur soutien à l'agriculture, qui atteint désormais 653 millions d'euros (M€), et devrait grimper en moyenne à 700 M€ d'ici 2027, selon un document diffusé par Régions de France le 28 février au Salon de l'agriculture. La hausse relève à la fois d'un effort des régions elles-mêmes et de transferts budgétaires de l'État. Pour rappel, la période 2013-2023 relève de trois programmations de la Pac. Pour l'exercice 2014-2020, les régions avaient obtenu la gestion des aides du 2d pilier (MAEC, bio...). L'État continuait de financer aux côtés de l'Europe, mais les régions étaient davantage incitées à cofinancer, puisqu'elles en rédigeaient le contenu, et pouvaient en revendiquer davantage la paternité. Depuis 2023, les régions ne gèrent plus que les aides non-surfaciques du second pilier (installation, investissement). Mais elles en ont obtenu l'instruction, ce qui a généré un transfert budgétaire de 100 M€ annuel de la part de l'État. De longue date, les élus bretons proposent au gouvernement d'expérimenter dans leur région une décentralisation complète de la gestion des aides Pac.
Restauration collective: la «conférence des solutions» sur Egalim aura lieu le 2 avril
La ministre déléguée à l’Agriculture Agnès Pannier-Runacher a confirmé, le 1er mars au Salon de l’agriculture, la tenue d’une «conférence des solutions» sur l’application de la loi Egalim en restauration collective, comme annoncé en décembre. Cette conférence sera organisée le 2 avril au ministère «pour identifier les solutions existantes et partager les bonnes pratiques qui permettront aux établissements de restauration collective de respecter les objectifs qui leur sont fixés», informe un communiqué du ministère. Elle réunira les acteurs du secteur, les ministres de l'Agriculture Marc Fesneau et Agnès Pannier-Runacher (ministre déléguée), ainsi que «des représentants de la ministre en charge des Collectivités territoriales et du ministre en charge de l’Économie». Le retard de la restauration collective dans l’atteinte des objectifs de la loi Egalim (50% de produits durables et de qualité – 60% pour les viandes et les poissons –, dont 20% de bio) est régulièrement pointé du doigt, notamment par les filières bio en crise. Pour rappel, la restauration collective publique est tenue de respecter les objectifs fixés par la loi depuis le 1er janvier 2022, et la restauration collective privée l'est depuis le 1er janvier 2024 (loi Climat). Pour faire appliquer la loi, Régions de France demande que les gestionnaires des cantines des collèges et des lycées soient sous la responsabilité des régions, et non sous celle de l’État.
Manifestations: l'A62 totalement rouverte, Vinci Autoroutes dépose tout de même plainte
L'autoroute A62 est «totalement rouverte à la circulation» après la levée des blocages par les agriculteurs et «la bonne avancée des travaux de nettoyage», a affirmé le 4 mars la préfecture du Tarn-et-Garonne. Cet axe reliant Montauban à Agen avait rouvert dans les deux sens la veille au soir, mais les deux échangeurs de Valence-d'Agen et de Castelsarrasin, dans le Tarn-et-Garonne, étaient restés fermés jusqu'à lundi matin. Avant leur réouverture, Vinci Autoroutes avait affirmé devoir mener à bien un «nettoyage des échangeurs où les dégradations sont particulièrement importantes». Dans un communiqué, le gestionnaire de l'autoroute avait notamment fait état d'importants «volumes de déchets et encombrants de toute nature (environ 100 m3 de pneus, morceaux de ferraille, gravats, ballots de paille, lisier agricole...) à évacuer». Autoroutes du Sud de la France (ASF), filiale de Vinci, «déplore ces violences inacceptables et regrette l'entrave à la circulation qui a pénalisé des milliers d'usagers depuis plus d'un mois [et] a déposé plainte», écrit encore Vinci. Des agriculteurs avaient bloqué le 20 février, quatre jours avant l'ouverture du Salon de l'agriculture, la circulation sur l'A62 sur environ 70 km.
Egalim 2/sucre: le rapporteur au Conseil d’État préconise le rejet de la demande des fabricants
Dans ses conclusions présentées le 4 mars, le rapporteur public au Conseil d’État conclut au rejet des requêtes du Syndicat national des fabricants de sucre (SNFS) et de Tereos demandant l’annulation du décret portant sur la liste des filières exclues de l’obligation de transparence sur le coût de la matière première agricole (MPA) dans les négociations entre industriels et distributeurs, une disposition de la loi Egalim 2. Le décret en question exempte certains sucres tirés des céréales, mais pas les sucres de canne et de betterave. Le SNFS et Tereos considèrent que cette situation entraîne une «distorsion de concurrence» et demandent que les sucres de canne et de betterave soient également exemptés des obligations de transparence, et par conséquent de la non-négociabilité du coût de la MPA. Le rapporteur a rejeté les arguments des fabricants, qui justifiaient leur demande par la «spécificité» de leurs filières (forte mondialisation, structures majoritairement coopératives, temporalités longues, etc.). Il considère donc que le ministère de l’Agriculture n’a pas fait «d’erreur d’appréciation» en n’incluant pas les sucres de canne et de betterave dans le décret. En outre, l’atteinte au «jeu de la concurrence» entre fabricants est «limitée», selon ses conclusions, et justifiée par «l’intérêt général».
Nutrition animale: la production se stabilise en 2023 après l’annus horribilis de 2022
Grâce au redressement du secteur des volailles, son premier débouché, la production d’alimentation animale s’est stabilisée en 2023, avec une légère érosion de 0,6% sur un an (à 18,3 Mt), apprend-on dans une note de conjoncture. Interrogé par Agra Presse, le président de la Coopération agricole (LCA) Nutrition animale David Saelens note «un début de rattrapage, mais plus tardif qu’attendu. On anticipait un rebond au second semestre 2023, il a plutôt eu lieu début 2024.» Dans le détail, l’aliment pour volailles rebondit de 1,6%, ce qui «ne compense pas la forte baisse de l’année dernière» (-700 000 t), selon la note de conjoncture éditée par LCA et le Snia (fabricants privés). En 2022, les industriels avaient fabriqué 700 000 t de moins pour les volailles, fauchées par un épisode historique d’influenza aviaire. En 2023, la situation «reste contrastée» selon les espèces: seules progressent les poules pondeuses (+2,2%) et les palmipèdes (+16,3%), quand toutes les autres volailles reculent (-1,1% en poulets, par exemple). Les aliments pour bovins sont en hausse (+1,2% pour les vaches laitières, +3,5% pour les autres bovins). Par contre, le recul se poursuit pour les porcins (-5,5%) et les ovins/caprins (-3,5%).
Aide alimentaire: les Banques alimentaires se rapprochent de la production et l’industrie
Pour s'adapter à la baisse de la part des dons de la grande distribution dans leur approvisionnement et à l’afflux de nouveaux bénéficiaires (+10% en 2023), les Banques alimentaires renforcent leurs liens avec l’amont agricole et l’industrie agroalimentaire, a expliqué la responsable des relations institutionnelles de la Fédération des banques alimentaires (FFBA), Barbara Mauvilain à Agra Presse. Pour ce faire, les banques alimentaires ont noué de nouveaux partenariats grâce aux fonds alloués à la fédération (11 M€) dans le cadre du volet national du programme «Mieux manger pour tous». «Notre objectif est d’acheter des produits de qualité et d’être un soutien pour les filières locales», souligne Barbara Mauvilain. À l’image du partenariat noué récemment entre la banque alimentaire de l’Isère et le collectif de producteurs de lait «Plein lait yeux Isère». Autre exemple: la fédération a signé un accord pluriannuel avec la Cavac (coopérative vendéenne) portant sur des «réservations sur récolte» de lentilles bio labellisées par Agri-éthique. Un partenariat avec la Coopération agricole sur l’aide alimentaire apportée aux étudiants a également été signé à l’occasion du Salon de l’agriculture. En outre, une trentaine de projets des banques alimentaires ont été soutenus dans le cadre du volet local de «Mieux manger pour tous».
Asperges: les Landes décrochent le premier Label rouge de cette production
C'est une première pour l'asperge. Dans les Landes, le légume a été officiellement reconnu Label Rouge, selon un arrêté d’homologation publié le 1er mars au Journal officiel. «Avec un délai maximum de quatre heures entre la récolte et la mise au froid, le mode de production de ces asperges de qualité supérieure parvient à préserver la fraîcheur et les qualités du produit», souligne-t-on à l’Inao. Le cahier des charges intègre plusieurs dispositions agroenvironnementales: peu de travail du sol, huit ans maximum de production sur la parcelle, recours au biocontrôle, inter-rangs travaillés mécaniquement, irrigation maîtrisée, récolte manuelle et quotidienne. Ce projet est porté par l’Association Asperges des Landes, déjà reconnue en qualité d’Organisme de défense et de gestion pour une IGP. La production Label rouge est envisagée dans un premier temps à 600 tonnes (20% des IGP), puis devrait atteindre 2000 tonnes, soit 65% du volume IGP, d’après le communiqué de l’Inao. Deux stations de conditionnement sont concernées, ainsi que 20 producteurs d’asperges IGP qui produiront du Label rouge.
Malt: Bairds Malt (Soufflet) accroît ses capacités de production en Écosse
L’entreprise productrice de malt Bairds Malt, entité de Malteries Soufflet (InVivo) depuis l'acquisition de United Malt Group en novembre 2023, a présenté son nouveau projet d’expansion pour sa malterie d’Inverness en Écosse, rapporte un communiqué de presse du 29 février. «Nous sommes ravis d'annoncer le développement de l'une de nos malteries britanniques si rapidement après l'acquisition de United Malt Group», se réjouit Guillaume Couture, d.g. EMEA de Malteries Soufflet. Et de préciser qu’il s’agit du «premier grand projet» du plan de croissance mondial du groupe français. Ce nouvel investissement s’ajoute au projet baptisé «Angel», qui a accru de 79 000 tonnes la capacité de production du site afin de répondre à la demande croissante des clients, principalement dans le secteur de la distillation écossaise. D’ici trois ans, Bairds Malt projette d’accroître encore de 57 000 tonnes la capacité annuelle de production de son site d’Inverness. «Bairds Malt répondra ainsi à la demande croissante de malt de distillation de haute qualité et à la croissance soutenue de l’industrie écossaise de la distillation, tout en s’engageant à renforcer encore ses pratiques durables», souligne le communiqué. Pour ce faire, l’entreprise écossaise prévoit notamment d’accroître son approvisionnement en orge de brasserie écossaise.