PPL Entraves : le Conseil constitutionnel censure la dérogation pour l’acétamipride, trop large
Dans sa décision rendue le 7 août, le Conseil constitutionnel a censuré les dispositions de l’article 2 de la proposition de loi (PPL) Entraves qui prévoyaient une dérogation à l’interdiction de l'acétamipride (insecticide de la famille des néonicotinoïdes), « faute d’encadrement suffisant ». D’après un communiqué, cette décision se justifie car cette dérogation « était instaurée pour toutes les filières agricoles », « n’était pas accordée à titre transitoire pour une période déterminée » et « pouvait être décidée pour tous types d’usage et de traitement ». Il s’agissait de la mesure la plus controversée de ce texte de loi. « Les produits phytopharmaceutiques contenant des néonicotinoïdes ont des incidences sur la biodiversité (…), ainsi que des conséquences sur la qualité de l’eau et des sols et induisent des risques pour la santé humaine », rappelle le Conseil constitutionnel, qui s’appuie sur la Charte de l’environnement adossée à la Constitution. Fin 2020, les Sages de la rue Montpensier avaient accepté une précédente dérogation pour les néonicotinoïdes, car elle était « cantonnée au traitement des betteraves sucrières dont la culture était soumise à de graves dangers », « circonscrite dans le temps » et car ses modalités garantissaient « une mise en œuvre limitée » (pas de pulvérisation).
PPL Entraves : les Sages valident l’essentiel du texte, Macron veut promulguer vite
Dans sa décision publiée le 7 août, le Conseil constitutionnel a validé l’essentiel de la proposition de loi (PPL) Entraves adoptée par le Parlement en juillet, ouvrant la voie à une promulgation par le président de la République. Hormis la dérogation pour l’insecticide acétamipride qui a été censurée (lire ci-dessus), les Sages de la rue Montpensier apportent deux « réserves d’interprétation » à l’article 5, qui octroie aux projets de stockage de l’eau une présomption « d’intérêt général majeur ». Ce statut ne pourra pas être accordé aux « prélèvements au sein de nappes inertielles » et pourra être contesté au cas par cas devant la justice. Concernant le reste du texte, le Conseil constitutionnel « valide les autres dispositions contestées » : fin de la séparation entre vente et conseil des pesticides (article 1), assouplissement des procédures d’ICPE en élevage (article 3). Seule exception : l’article 8 (renforcement des sanctions pour vignes non cultivées) est censuré, considéré comme un cavalier législatif. Par ailleurs, les Sages ont validé « la procédure d’adoption de la loi », qui avait été marquée par une motion de rejet déposée par les partisans du texte. De son côté, Emmanuel Macron « a pris bonne note de la décision du Conseil constitutionnel » et « promulguera la loi (…) dans les meilleurs délais », a annoncé l'Élysée. Il n'y aura donc pas de seconde délibération, qui était réclamée par les opposants au texte.
PPL Entraves : la FNSEA ne désarme pas, la Conf’ non plus
La censure par le Conseil constitutionnel de la réintroduction de l'acétamipride prévue par la proposition de loi (PPL) Entraves est « un choc, inacceptable et incompréhensible », a déclaré la FNSEA à l'AFP le 7 août. « C'est inacceptable que le Conseil constitutionnel continue à permettre des surtranspositions » du droit européen qui autorise l'acétamipride jusqu'en 2033 dans l'UE, a indiqué son vice-président Jérôme Despey. Dans un communiqué commun, les JA et la FNSEA demandent que les articles censurés soient « retravaillés pour que les engagements politiques de l’hiver 2024 soient enfin tenus ». Et d’appuyer : « Nous demanderons que les points censurés soient rapidement repris dans un prochain texte agricole ». L’essentiel des articles restants ayant été validés, les syndicats majoritaires considèrent que « cette censure partielle ne remet pas en cause le cœur du texte » et que « cette loi pose des bases essentielles et attendues sur des sujets clés ». Pour la Confédération paysanne, en revanche, la décision du Conseil constitutionnel ne constitue « qu’une victoire en demi-teinte ». « Cela n’enlève en rien l’intention première de ce texte : accélérer la fuite en avant de l’agriculture vers un modèle toujours plus productiviste », estime le syndicat dans un communiqué, en appelant à « amplifier la mobilisation et à la renforcer, dès la rentrée ».
Incendie dans l’Aude : Bayrou annonce « un plan de sauvegarde et d’avenir »
Lors d’un déplacement le 6 août dans l’Aude, en proie à un incendie historique depuis la veille, François Bayrou a annoncé « un plan de sauvegarde et d’avenir » aux contours vagues. Ce « grand plan dont les Corbières pourraient être un laboratoire » sera élaboré « avec les élus locaux, les responsables professionnels, le gouvernement », a précisé le Premier ministre. Parmi les sujets cités, le locataire de Matignon a notamment évoqué les futures plantations de vignes et l’utilisation « d’essences [forestières] différentes », résistant davantage aux incendies. M. Bayrou a insisté sur l’apport des cultures dans la lutte contre les feux de forêt : « Partout où il y avait des vignes, pour l’essentiel le feu a été arrêté ». Le massif des Corbières « a deux orientations économiques », a-t-il relevé : « la vigne d’un côté et le tourisme de l’autre. Les deux sont atteintes. » Cet incendie est « un évènement qui est lié au réchauffement climatique et à la sécheresse », a rappelé François Bayrou. Pour rappel, le gouvernement a lancé en 2024 un plan « Agriculture climat Méditerranée » afin d’accompagner les producteurs dans cette zone « en première ligne des impacts du dérèglement climatique ».
Incendie/vin : dans l’Aude, le feu a détruit au moins 900 ha de vignes (préfecture)
Alors que l’incendie historique qui ravage le massif des Corbières a été « fixé » (stabilisé) jeudi 7 août vers 20h, le préfet de l’Aude Christian Pouget a indiqué lors d’un point presse que « 800 à 900 hectares de vignes [sont] dans le périmètre du feu ». L’incendie a parcouru en tout 17 000 ha, surtout de la forêt. À Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, commune la plus touchée, « nous avons 600 hectares de vignes qui ne feront pas de vin », a indiqué le maire Xavier de Volontat lors de la visite de François Bayrou le 6 août. Interrogé par l’AFP, le directeur de la cave coopérative Le cellier des demoiselles, Anael Payrou, estime que « 80 % des vignes sont totalement ou partiellement brûlées » dans les trois principales communes qui alimentent la cave (Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, Tournissan et Coustouge). Selon la Draaf, l’Aude, deuxième département viticole d’Occitanie, compte plus de 62 000 ha de vignes en production, dont 8 300 ha pour l’AOP corbières (chiffres 2023). Sur la radio publique Ici (ex-France bleu) le 7 août, le président des JA d’Occitanie Pierre Hylari estime que « le meilleur des Canadair, c'était la vigne », alors que les surfaces viticoles sont en recul structurel, en particulier dans le sud.
Pommes/poires : vers une nouvelle année de petite récolte en Europe (professionnels)
Entre les aléas climatiques et les difficultés à protéger les cultures, l’Europe s’achemine vers de petites récoltes de pommes et de poires pour la troisième année consécutive, selon les prévisions de la Wapa (World apple and pear association) présentées lors du congrès international Prognosfruit le 7 août à Angers. Avec 10,455 Mt, la production 2025 de pommes s’établirait à un niveau quasi-stable sur un an (-0,1 %), mais en recul de 7,5 % par rapport à la moyenne 2022-2024. Ces volumes dans la fourchette basse du potentiel européen augurent d’une « bonne saison » de commercialisation à venir, d’autant que « les stocks sont vides », selon Philippe Binard, secrétaire général de la Wapa. En 2024, avec une production similaire, « la campagne s’était bien déroulée, avec un assez bon équilibre entre les différents marchés ». En France (n°3 en UE), la récolte a démarré avec une semaine d’avance et devrait déboucher sur une production en hausse (+3,6 %, à 1,484 Mt), bien qu’inférieure au potentiel (environ 1,7 Mt). Parmi les principaux producteurs, la Pologne (n°1) et l’Allemagne (n°4) progressent, respectivement de 3,4 % et 14,7 %. Les pays méditerranéens et de l’est, eux, décrochent : -3,5 % pour l’Italie (n°2) et -8,3 % pour l’Espagne (n°5). Quant à la production de poires, elle rebondirait légèrement sur un an (+1,4 %, à 1,787 Mt), tout en restant inférieure de 2,5 % à la moyenne triennale.
Pommes : des « opportunités » d’export pourraient s’ouvrir en Inde
Pour ses importations de pommes, l’Inde pourrait se tourner davantage vers la France ou l’Italie, au lieu de ses fournisseurs habituels turcs et américains, ont indiqué les professionnels de la filière européenne à l’occasion du congrès Prognosfruit, le 7 août à Angers. À la suite d’un épisode de gel historique au printemps, la récolte turque sera très faible cette année. « Ce sont 2,6 millions de tonnes habituellement exportées qui ne seront pas là », résume Daniel Sauvaitre, président de l’ANPP (producteurs de pommes et poires, FNSEA). L’Inde, important client d’Ankara, « pourrait en acheter plus aux États-Unis, mais avec les tarifs [douaniers], elle pourrait aussi choisir de se fournir davantage en Italie ou en France », analyse-t-il. Via un décret entré en vigueur le 7 août, l’administration Trump a augmenté les droits de douane sur l’ensemble de ses importations. Washington a ciblé particulièrement l’Inde (à hauteur de 50 %) en raison de ses achats de pétrole russe. Globalement, « il y a une incertitude très forte sur les échanges commerciaux », a estimé Daniel Sauvaitre, par ailleurs président d’Interfel (interprofession). Aux yeux de Philippe Binard, secrétaire général de la Wapa (World Apple and Pear Association), « il y a quand même de belles opportunités à saisir en situation de crise ».
Pommes : la valorisation des fruits tend à s’améliorer dans l’industrie (producteurs)
Alors que les Français consomment de plus en plus de pommes sous forme de produits transformés (compotes, jus, etc.), la valorisation de ce segment de marché tend à s’améliorer côté producteurs. « Il y a trois ans, les pommes destinées à l’industrie se vendaient à environ un tiers du prix de celles destinées au frais. Aujourd’hui, on est plutôt à la moitié », a estimé Pierre Venteau, directeur de l’ANPP (producteurs de pommes et poires, FNSEA), lors d’une conférence de presse à l’occasion du salon Prognosfruit le 7 août. Au niveau européen, « la consommation de pommes en frais est à peine stable et la récolte plutôt faible depuis deux, trois ans. Les volumes destinés à l’industrie (30 % du marché européen, NDLR) se raréfient et les prix montent », analyse-t-il. Par ailleurs, en Pologne, premier producteur de l’UE, le prix des pommes transformées en jus augmente dans le sillon de la flambée du jus d’orange. « Nous voulons donner leur pleine valeur à ces pommes », martèle le président de l’ANPP Daniel Sauvaitre, qui veut qu’elles soient payés « à leur coût de revient » aux producteurs. Souvent déclassés pour des raisons esthétiques, les fruits destinés à l’industrie présentent « une valeur intrinsèque » et participent à la qualité des produits transformés, selon lui.
Melons : la production attendue en hausse de 8 % par rapport à la moyenne quinquennale
La production nationale de melons est attendue en légère hausse de 1 % en 2025 par rapport à l’an dernier et 8 % au-dessus de la moyenne des cinq dernières années, selon une note de conjoncture d’Agreste mise en ligne le 31 juillet (prévisions arrêtées au 1er juillet). La production s’établirait à 315 600 tonnes, dont 179 400 t dans le Sud-Est, premier bassin de production, du fait de volumes « nettement plus significatifs » attendus en juillet par rapport à juillet 2024. D’après le service statistique du ministère de l’Agriculture, les surfaces implantées sont quasiment stables sur un an, en dépit d’un recul de 5 % dans le bassin Centre-Ouest « dans un contexte marqué notamment par la fermeture d'une station de conditionnement en Poitou-Charentes », et du recul de 2 % dans le Sud-Ouest. Le Sud-Est voit son tonnage augmenter de 5 %, sur une surface en expansion de 3 % par rapport à 2024. Par rapport à la moyenne 2020-2024, le Sud-Est progresse de 12 % en surface et de 14 % en production. Le premier bassin compense en surface la régression des autres, notamment celle du Centre-Ouest (-12% sur cinq ans).
Maïs fourrage : le début des chantiers de récolte repoussé de quelques jours (institut)
À la suite des conditions climatiques de ces deux dernières semaines, l’institut technique Arvalis a revu ses prévisions de récolte du maïs fourrage – les dernières dataient du 22 juillet. Certaines régions, comme le Sud-Ouest, par exemple ayant été bien arrosées, le calcul actualisé fait apparaître un recul de 5 à 10 jours des dates prévisionnelles d’arrivée au stade « 32 % de matière sèche plante entière (MS) », qui constitue un repère pour les éleveurs, les Cuma ou les entreprises de travaux agricoles pour programmer les premiers chantiers. Ces derniers pourraient donc intervenir la troisième décade d’août dans les Pays de la Loire, le Poitou-Charentes, le Limousin, en Bourgogne, Rhône-Alpes, ou encore à l’est du Bassin parisien/Champagne-Ardennes. Ces données n’excluent pas l’observation au champ : le remplissage des grains, trois à quatre semaines après la sortie des soies, permet encore d’affiner la date optimale de récolte. Et ce d’autant que la hausse des températures annoncée dans les jours à venir pourrait accélérer la maturation des grains. (Anne Gilet)
Influenza aviaire : la Corée du Sud, le Qatar et l’Angola se rouvrent à la volaille brésilienne
Dans une note officielle du 7 août, le ministère brésilien de l’Agriculture informe que la Corée du Sud, le Qatar et l’Angola lèvent leurs embargos sur les produits avicoles du Brésil, alors que le pays a recouvré le 18 juin son statut indemne d’influenza aviaire hautement pathogène. Selon le rapport 2025 de l’ABPA (industriels brésiliens de volailles et de porc), ces trois pays ont importé en 2024 respectivement 3,02 %, 2,04 % et 1,70 % des 5 Mt de poulet exportées par le Brésil. Dans le bilan du ministère sur les pays clients, les débouchés majeurs que sont la Chine (premier importateur de poulet) et l’Union européenne (7e dans le rapport de l’ABPA, avec 4,49 % du total de 2024) demeurent fermés aux produits avicoles du Brésil. Tandis que plusieurs pays conservent un embargo limité à l’État du Mato Grosso do Sul, où un élevage avait été atteint par l’influenza à la mi-mai 2025 ; parmi ceux-ci l’Arabie saoudite (4e débouché). Depuis la mi-juin, le statut indemne du Brésil n’a été remis en cause par aucun foyer en élevage professionnel, en dépit d’une légère circulation de la maladie dans la faune sauvage.
Territoires palestiniens : la bande de Gaza incultivable, semences détruites en Cisjordanie
Alors que la FAO et le centre satellitaire des Nations unies (Unosat) constatent dans un rapport que, au 28 juillet, 98,5 % des terres de Gaza étaient non cultivables (dont 12,4 % non endommagées, mais inaccessibles), la Confédération paysanne dénonce, dans un communiqué du 4 août, l’attaque contre la banque de semences de l'Union des comités de travail agricole (UAWC) à Hébron, en Cisjordanie. « Des installations de stockage et des infrastructures essentielles à la préservation et à la multiplication » ont été détruites le 31 juillet par « des bulldozers et des engins lourds », dénonce le syndicat français. L’attaque contre cette réserve de semences « particulièrement bien adaptées aux conditions de culture en Palestine », précise-t-il, constitue aussi « une attaque directe contre la souveraineté alimentaire, la biodiversité et le droit d’un peuple à cultiver son avenir », formule le communiqué. Et de rappeler que la déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant en zone rurale (Undrop en anglais) « reconnaît dans son article 19 le droit des [paysans et paysannes] aux semences ».
À nos abonnés : possible ralentissement des parutions en période estivale
En raison du ralentissement de l'actualité en période estivale, l'Agrafil et les Agra Lives pourront être diffusés à un rythme légèrement moins soutenu jusqu'à la fin du mois d'août. En vous remerciant de votre compréhension.