Chèque alimentaire: Bruno Le Maire «enterre» le dispositif pour des raisons «budgétaires»
Interrogé dimanche 7 janvier sur France 3 dans l'émission Dimanche en politique, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, s'est positionné contre l'idée des chèques alimentaires: «Je ne pense pas que la voie des chèques soit une bonne voie. Parce que nous n'avons pas les moyens budgétaires de donner des chèques ici ou là». Proposée par la Convention citoyenne en 2020, reprise par Emmanuel Macron, le dispositif de «chèque alimentaire» n'avait pas vu le jour tel qu'annoncé, sans être jamais officiellement abandonné - remplacé notamment par une «indemnité inflation» non fléchée vers l'alimentaire en 2021, puis un fonds de 60 M€ pour les «nouvelles solidarités alimentaires» annoncé fin 2022, qui inclut des expérimentations locales de «chèques alimentaires». Plusieurs collectivités se sont déjà engagées, comme Rennes, le Gers ou la Seine-Saint-Denis. Interrogé le 7 janvier, Bruno Le Maire s'est en outre positionné en faveur des banques alimentaires et des associations d'aides: «Il faut passer par ce que est le plus efficace - et je salue leur travail: les banques alimentaires, les associations, les Restos du coeur». Une déclaration en défaveur du projet porté notamment par le groupe Up (ex-Chèque Déjeuner) de distribuer les politiques d'aide alimentaire dans tout type de magasin par le biais de cartes de paiement dédiées - comme cela est pratiqué aux Etats-Unis pour le programme Food stamp.
Distribution : un tiers des magasins Casino vers Auchan, les deux autres vers Intermarché (syndicats)
«Environ un tiers» des 313 supermarchés et hypermarchés du groupe Casino, proposés à la vente dans le cadre d'une restructuration de dette, «devraient être repris par Auchan, les deux autres tiers par Intermarché», a annoncé le 4 janvier l'intersyndicale du groupe à l'issue d'une réunion avec la direction. En décembre, le distributeur stéphanois est entré «en négociations exclusives» pour céder «la quasi-totalité» de son parc de magasins de grande taille, qui pèsent, selon Casino, quelque 3,6 milliards d'euros hors taxes et hors essence. Les salariés des magasins en vente et du siège social du groupe à Saint-Etienne s’inquiètent pour la préservation des emplois et des acquis sociaux. «On va essayer de sauver le maximum de salariés. Ici au siège, on estime que 1000 à 1200 personnes vont se retrouver sur le carreau», a déclaré jeudi soir le représentant syndical CGT de Casino Jean Pastor. Aux abois financièrement, Casino a signé en juillet un accord prévoyant la restructuration de sa dette et un changement d'actionnariat à horizon mars-avril 2024. C'est le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, le Français Marc Ladreit de Lacharrière et le fonds britannique Attestor, qui doivent en prendre les commandes à cette date.
Spiritueux : Pékin ouvre une enquête antidumping sur les importations de cognac et armagnac
Le ministère chinois du Commerce a annoncé, le 5 janvier, le lancement d’une enquête antidumping concernant sur les importations de spiritueux fabriqués à partir de vins distillés dans des contenants de moins de 200 litres en provenance de l’UE. Dans les faits, cela concernerait notamment le cognac et l'armagnac. Cette enquête fait suite au dépôt d’une plainte le 30 novembre à l’initiative de l'Association chinoise des alcools. Elle s'intéresse à des soupçons de dumping entre le 1er octobre 2022 et le 30 septembre 2023, ainsi que sur de potentiels dommages pour le secteur en Chine entre le 1er janvier 2019 et le 30 septembre 2023. Elle devrait se terminer le 5 janvier 2025 mais pourrait être prolongée de six mois en fonction de «circonstances particulières», précise le ministère. Le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC) a d’ores et déjà réagi, estimant que «nos produits et nos pratiques commerciales sont pleinement conformes aux réglementations chinoises et internationales». Le BNIC espère que ce différend sera résolu de manière constructive par l’UE et la Chine.
Allemagne: des agriculteurs en colère bloquent le ministre de l'Economie à bord d'un ferry
Des agriculteurs opposés à la suppression progressive d'un avantage fiscal sur le gazole ont bloqué un ferry à Schlüttsiel, dans le nord de l'Allemagne, avec à son bord le ministre de l'Économie Robert Habeck, suscitant la condamnation de plusieurs membres du gouvernement. Près d'une trentaine d'agriculteurs ont empêché d'accoster le 4 janvier au soir le ferry où se trouvait M. Habeck qui venait de passer ses congés à Hallig Hooge, une île touristique en Mer du Nord, a déclaré un porte-parole de la police à l'AFP le 5 janvier. Après une tentative de pourparlers avortée avec les manifestants, le ministre a décidé de rester sur le navire et de retourner en direction de Hallig Hooge. Une fois le calme revenu, le ministre a pu rejoindre le continent vendredi à 0H50 GMT, selon la police. Une centaine d'agriculteurs conduisant leurs tracteurs s'étaient joints à cette action de protestation que la police a dispersée par des jets de gaz mais sans procéder à d'interpellations. L'action des agriculteurs est intervenue après que le gouvernement allemand a renoncé partiellement le 4 janvier à ses projets de coupes de subventions au carburant pour le secteur agricole. L'avantage fiscal accordé sur les quantités consommées sera supprimé progressivement jusqu'en 2026 et non d'un coup, comme prévu initialement.
Allemagne: les protestations des agriculteurs sont «disproportionnées», selon le ministre des Finances
Le ministre allemand des Finances a jugé, le 6 janvier, «disproportionnées» les protestations des agriculteurs contre la suppression progressive de subventions avant le début prévu lundi d'une semaine de mobilisation et de perturbations dans toute l'Allemagne. Les manifestations doivent «toujours rester proportionnées dans le cadre de notre droit démocratique», a déclaré Christian Lindner, un des poids lourd du gouvernement de centre-gauche d'Olaf Scholz, lors d'un discours à la traditionnelle réunion de l'Épiphanie de son parti à Stuttgart (sud-ouest). Les actions de blocus dans tout le pays annoncées à partir de lundi par les agriculteurs sont en revanche «disproportionnées», a jugé le ministre libéral. Il est revenu aussi sur l'incident survenu jeudi soir, quand une trentaine d'agriculteurs échauffés ont empêché d'accoster le ferry où se trouvait le ministre de l'Économie Robert Habeck (Verts) qui venait de passer ses congés à Hallig Hooge, une île touristique en mer du Nord. «La situation dangereuse dans laquelle s'est trouvé mon collègue Robert Habeck est inacceptable», a-t-il déclaré, se joignant aux fermes condamnations exprimées la veille par de nombreux partis, le gouvernement, le chef de l'État et l'Union des agriculteurs allemands (DBV).
Céréales: des agriculteurs polonais suspendent le blocage d'un poste frontalier avec l'Ukraine
Des agriculteurs polonais ont suspendu le 6 janvier leur blocage d'un important poste de passage avec l'Ukraine suite à un accord signé avec le gouvernement polonais. Trois autres importants postes frontaliers avec l'Ukraine restent toujours bloqués depuis le mois de novembre par les routiers polonais qui protestent contre «une concurrence déloyale» des routiers ukrainiens et contre l'assouplissement des règles d'accès à l'Union européenne pour les entreprises de ce pays. «Nous avons signé un accord avec le gouvernement et nous attendons sa mise en oeuvre. Le blocage a été suspendu le temps que nos revendications soient réalisées», a déclaré à l'AFP Roman Kondrow, un des organisateurs du mouvement de protestation. Après une période de pause pour la période de fêtes de la fin de l'année, les agriculteurs avaient repris le blocage de poste de Medyka jeudi. Les fermiers polonais affirment souffrir de la chute, au début de l'année dernière, des prix à la suite des importations de céréales ukrainiennes et réclament des subventions et des prêts bon marché. L'accord signé avec le ministre de l'Agriculture prévoit la mise en place d'un système de subventions et de prêts bon marché pour la production.
Pesticides : les États-Unis obligés de réautoriser, temporairement, le chlorpyrifos
Interdit aux États-Unis depuis 2021, le pesticide chlopyrifos a dû être réautorisé suite à un jugement de la cour d’appel fédérale, rendu en novembre. L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) avait décidé de retirer l’autorisation de la plupart des usages de ce produit phytosanitaire, se fondant sur une évaluation des risques qui concluait à la nécessité d’interdiction des différentes formes de chlorpyrifos pour toutes les cultures à destination de l’alimentation humaine ou animale, à l’exception de onze usages (luzerne, pommes, cerises à destination de la pâtisserie, asperges, agrumes, coton, soja, betterave sucrière, blé). Saisi par les professionnels du secteur, le huitième circuit de la cour d’appel fédérale a estimé que l’interdiction totale ne prenait pas en compte les onze usages identifiés comme acceptables. L’EPA a donc pris acte de l’annulation du règlement et a annoncé travailler sur une nouvelle proposition interdisant le chlorpyrifos à l’exception des onze usages en question. En attendant, les agriculteurs américains peuvent utiliser les insecticides à base de chlorpyrifos sur toutes leurs cultures jusqu’à la publication d’un règlement révisé. Le chlorpyrifos est interdit dans l’UE depuis 2020 du fait d’effets génotoxiques et neurotoxiques jugés préoccupants.
Protéines alternatives: l’UE investit 50M€ dans la fermentation de précision et les algues
L’Union européenne investira 50 millions d’euros en 2024 pour soutenir les entreprises qui développent des protéines alternatives issues de la fermentation de précision ou des algues à travers le programme de travail du conseil européen de l’innovation (EIC), mis en place dans le cadre du programme Horizon Europe. L’objectif de ce volet du programme est «d’améliorer la durabilité, l’efficacité et la résilience de la chaîne d’approvisionnement alimentaire européenne en dissociant la production alimentaire du sol et en minimisant les effets sur l’environnement, y compris la pollution de l’eau», explique une note. L’UE veut encourager le développement de technologies et, in fine, d’outils de production en Europe, alors que des start-up non-européennes, notamment américaines, commercialisent déjà des protéines issues de la fermentation de précision ailleurs dans le monde. Au moins l'une d'entre-elles a déposé une demande d’autorisation en Europe. Les fonds de l’UE visent les jeunes pousses européennes et notamment celles qui se préparent à passer à une échelle industrielle. Dans un rapport sur les «aliments cellulaires», le Sénat français soulignait le risque de tomber dans «la dépendance à de grandes entreprises étrangères», tout en exprimant ses réserves sur cette autre forme de protéines fabriquées en laboratoire.
Lait et fruits à l’école: pas d'expérimentation de la régionalisation «à court terme» (gouvernement)
Dans le cadre de la loi 3DS (décentralisation) de février 2022, le gouvernement vient de remettre au Parlement un rapport, qu’Agra Presse a pu consulter, sur la possibilité d'expérimenter la délégation aux régions de la gestion opérationnelle du programme européen Lait et fruits à l’école (LFE). Plusieurs régions (Occitanie, Nouvelle Aquitaine et Provence-Alpes-Côte d’Azur) avaient manifesté leur intérêt. Mais selon le gouvernement, une telle expérimentation n'est pas envisageable «à court terme (année scolaire 2022/2023 ou suivantes)». Il met en avant le «cadre établi par la règlementation européenne, qui implique de choisir entre une gestion centralisée ou complètement décentralisée, ainsi que des dispositions nationales de niveau législatif, qui transcrivent le point d’équilibre défini entre l’Etat et les Régions pour la gestion des aides du Feaga et du Feader pour la programmation de la politique agricole commune qui démarre en 2023». En outre, il ne souhaite pas rouvrir de «nouveaux débats institutionnels.» Toutefois le gouvernement préconise une collaboration avec les services des ministères concernés qui «pourrait être coordonnée au sein de comités régionaux, par exemple dans le cadre des comités régionaux pour l’alimentation (CRALIM)». Le nouveau cadre de financement de la communication sur le programme et des mesures éducatives disponible à compter de l’année scolaire 2023/2024 est considéré comme «une opportunité dont les Régions et les autres collectivités doivent se saisir».
Fruits/Légumes : le recours à la réfaction tarifaire précisé dans un accord (interprofession)
Interfel précise les conditions de recours aux réfactions tarifaires en cas non-conformité au sein de la filière fruits et légumes frais dans un accord interprofessionnel en date du 22 décembre 2023 et entré en vigueur le 1er janvier. Le recours à ce dispositif doit être dûment accepté par les parties préalablement à son application. L’accord ajoute des dispositions concernant les ventes sur les marchés de gros (grossistes et producteurs): «l’écrit par lequel les parties acceptent le principe de recourir à une réfaction tarifaire peut être établi après la cession (des produits). Dans ce cas, il doit intervenir dans un délai ne pouvant excéder 24 heures suivant la livraison», précise-t-il. Dans les autres cas, l’acheteur doit effectuer un relevé de vérification ou d’agréage et le notifier au fournisseur dans les 24 heures suivant la livraison. Dans les deux jours ouvrés après celle-ci, il doit transmettre sa demande de réfaction (avec le relevé). Un acheteur peut bénéficier d’une réfaction tarifaire quand les fruits et légumes livrés par son fournisseur sont différents de ceux commandés (qualité inférieure, variété différente, produits abimés, erreur de quantité…).
«Zéro artificialisation nette»: le référé d'un élu écologiste contre Wauquiez rejeté
Le référé en justice d'un élu écologiste à la Région Auvergne Rhône Alpes, destiné à contraindre le président LR Laurent Wauquiez à respecter les dispositifs légaux prévus dans le cadre du «zéro artificialisation nette» (ZAN) des sols, a été rejeté le 5 janvier par le tribunal administratif de Lyon. La requête déposée par Pierre-Henri Janot demandait au juge des référés «de prendre des mesures conservatoires tendant à ce que le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes assure et assume son rôle dans le respect des prescriptions de la loi +ZAN+ du 20 juillet 2023». Elle visait ainsi à l'obliger à mettre en place une conférence régionale de gouvernance de la politique de réduction de l'artificialisation des sols, prévue par les textes. Dans sa décision, le juge des référés a estimé que M. Janot n'a démontré «aucune urgence» qui justifierait une action de la justice «dans un bref délai». L'élu régional a assuré qu'il ne «désarme pas» et prévoit d'adresser une mise en demeure au président de la Région. «Il est anormal que notre région soit la seule en France à ne pas s'être mise au travail sur les enjeux de bétonisation et de préservation de l'environnement», a-t-il commenté dans un court message.
Brésil: déforestation réduite de moitié en Amazonie en 2023, en augmentation dans le Cerrado
La déforestation dans l'Amazonie brésilienne a diminué de moitié l'an passé, selon des chiffres officiels publiés le 5 janvier, un succès pour le président Lula qui avait promis de lutter résolument contre le phénomène. Cependant, c'est tout l'inverse qui se produit dans la savane du Cerrado, au sud de la forêt amazonienne: la destruction y a atteint un nouveau record annuel, avec une augmentation de 43% comparé à 2022, selon le programme gouvernemental de surveillance de la déforestation. Au total, 5.152 km2 de forêt ont été détruits dans l'Amazonie brésilienne l'an passé, en baisse de 50% par rapport à 2022. La plus grande forêt tropicale du monde joue un rôle vital contre le réchauffement climatique, via l'absorption des émissions de carbone. Dans le même temps, le Cerrado, un écosystème riche d'une biodiversité immense et étroitement lié à l'Amazonie, a perdu plus de 7.800 km2 de végétation l'an passé, le chiffre le plus élevé depuis le début des mesures en 2018. Des organisations de défense de l'environnement ont accusé le gouvernement du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva de fermer les yeux sur la destruction du Cerrado, nettement moins célèbre mondialement que l'Amazonie, pour satisfaire le puissant secteur de l'agro-négoce brésilien.
Les prix alimentaires mondiaux ont baissé de 13,7% en 2023, selon la FAO
Les prix mondiaux des denrées alimentaires ont baissé de 13,7% en 2023 par rapport à l'année précédente, avec un repli marqué pour les huiles végétales et les céréales, a indiqué le 5 janvier l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). L'indice des prix des denrées alimentaires calculé par la FAO, qui suit la variation des cours internationaux d'un panier de produits de base, est en baisse de 15,4% sur l'année pour les céréales, «reflétant des marchés mondiaux bien approvisionnés», contrastant avec la flambée des prix de 2022 liée à la guerre en Ukraine. Ce repli est d'autant plus notable pour les céréales, blé et maïs en tête, que l'indice FAO des prix du riz a lui augmenté de 21% sur cette période, en grande partie en raison des inquiétudes concernant l'impact potentiel du phénomène climatique El Niño sur la production mondiale et du fait de restrictions à l'exportation imposées par l'Inde. La plus forte baisse vient des huiles végétales, qui chutent de 32,7% en 2023, par rapport à 2022. Le sucre est la seule production à échapper au repli général annuel avec 26,7% de hausse. Mais il a finalement lui aussi entamé un reflux: en décembre, l'indice est en baisse de 16,6% par rapport à novembre, atteignant son «niveau le plus bas en neuf mois».
Précision sur l'affaire opposant un projet bio face à un conventionnel au Conseil d'Etat
Contrairement à ce que nous avons pu laisser entendre dans une brève le 13 décembre, le Conseil d'Etat ne s'est pas prononcé sur le fond de l'affaire qui oppose, en Bretagne, un projet bio et un conventionnel dans l'attribution d'une autorisation d'exploiter. La plus haute juridiction a, certes, annulé le jugement de la cour d'appel de Nantes, au motif qu'un préfet peut, dans certains cas, contrevenir à l’ordre de priorité fixé par le schéma» directeur régional des exploitations agricoles (Sdrea). Mais il a laissé le soin à cette même cour d'appel de juger à nouveau l'affaire.