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Mohamed Gastli (nextProtein) : « Notre usine d’insectes au Mexique sera capable de valoriser des végétaux très variés »

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Mohamed Gastli, cofondateur de nextProtein. Crédits : © nextProtein

Eleveur et transformateur de mouches soldats noires, nextProtein annonce la création d’un grand site de production à Mexico qui permettra de consommer les déchets végétaux du marché de gros de la métropole. Mais la société a aussi d’autres projets en cours, parmi lesquels l’agrandissement de ses deux sites en Tunisie et le renforcement de ses équipes. Des projets d’envergure qui nécessitent de lever des fonds, soit 20 millions d’euros cette année, et 25 à 30 millions d’euros en 2025. Pour Agra Innovation, Mohamed Gastli, qui a cofondé nextProtein avec Syrine Chaalala, détaille ses projets pour les prochaines années et explique ses points de différenciation avec les autres acteurs du marché de l’insecte.

Vous annoncez la construction d’une grande usine d’élevage et de transformation d’insectes au Mexique. En quoi consiste ce projet ?

Ce projet au Mexique est une étape importante  pour nextProtein qui va créer un nouveau site après ses deux premières usines situées en Tunisie. Il s’agit de construire une usine d’élevage et de transformation de mouches soldats noires en collaboration avec le marché de gros de la Ville de Mexico, l’un des plus importants au monde. Les insectes vont se nourrir d’environ 200 000 tonnes d’intrants chaque année, principalement des déchets et écarts de triage végétaux du marché de gros et d’autres industries agroalimentaires pour produire 10 000 tonnes de protéines d’insecte chaque année. Ce projet est soutenu d’un point de vue opérationnel par la Ville de Mexico, et qui est très intéressée pour développer les projets d’économie circulaire. Nous prévoyons une mise en production de ce site en 2026, qui emploiera environ 400 personnes.

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Comment financez-vous ce projet ?

Nos investisseurs historiques que sont les fonds Mirova, Raise Impact, Stellar Impact, Angelor etc., de nouveaux investisseurs et des banques de développement régionales  et européennes vont nous permettre de réunir les 35 millions d’euros nécessaires pour construire cette usine. Nous sommes en cours de finalisation de  levée de fonds pour un montant d’environ 20 millions d’euros, qui seront destinés à étoffer notre équipe française (C-Level, R&D et ingénierie etc.), augmenter la production des sites tunisiens et une partie dédiée au projet mexicain. Et nous prévoyons aussi une autre levée de fonds en 2025 d’un montant de 30 à 35 millions d’euros.

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nextProtein n’est pas le seul acteur de l’élevage et de la transformation de mouches soldats noires en protéine. En quoi nextProtein se différencie-t-elle de ses concurrents ?

D’abord, sur la question des intrants, qui est vraiment centrale, nous sommes capables de traiter une cinquantaine de matières premières différentes pour élaborer l’alimentation des larves et continuons à enrichir notre base de données. Alors que certains sites sont associés à une source unique d’aliment, souvent des résidus de la transformation de céréales ou de betteraves. Ainsi, notre usine d’élevage et de transformation d’insectes au Mexique permettra de valoriser des intrants végétaux très variés nous permettant de nous adapter partout où les intrants sont accessibles. Nous sommes très intégrés, c'est-à-dire que nous maîtrisons complètement la reproduction, le grossissement et la transformation de l’élevage pour produire des protéines, huiles et fertilisants agricoles, sans avoir recours à des ingénieurs extérieurs. Nous avons mis en place un modèle industriel constitué de modules, ce qui facilite la construction de sites plus grands comme celui prévu au Mexique et nous adapter à n'importe quelle zone géographique que ce soit selon le besoin et l’accès aux intrants, tout en étant rentables.

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Comment vos produits se positionnent-ils sur le marché des protéines ?

Nous vendons notre protéine et notre huile aux fabricants d’aliments pour animaux de compagnie et pour l’aquaculture. Nous sommes donc en concurrence avec la farine de poisson d’Amérique latine, dont le prix est proche du nôtre. Par ailleurs, nous valorisons également les frass, c’est-à-dire les déjections des larves, qui sont un intrant agricole recherché par les fabricants d’engrais. Nos produits ont aussi un intérêt environnemental, en consommant des intrants peu ou pas valorisés et en utilisant un process peu consommateur d’énergie et autres ressources comme l’eau, la terre.

nextProtein est une société française dont les deux sites de production sont en Tunisie. En quoi est-il pertinent de produire dans ce pays ?

En Tunisie, nous avons plusieurs avantages pour produire des insectes. Nous avons accès à une source d’intrants bon marché, sans concurrence avec la méthanisation qui n’existe pas sur place. Ainsi, nous n’achetons que la moitié de nos intrants. Le coût d’énergie est limité grâce à un climat doux et des écarts de températures limités entre l’été et l’hiver. Nous avons recours à une main d’œuvre très qualifiée à un coût compétitif nous permettant une grande autonomie sur notre process. Nous sommes également proches géographiquement du marché européen.

En France, nous avons notre siège et notre R&D, soit 20 personnes, et aussi nos débouchés que sont les fabricants d’aliments pour animaux domestiques et poissons d’élevage.

Quels sont les autres projets de nextProtein ?

D’ici 2030, nous prévoyons le déploiement d’un total de 5 sites au Mexique. Et nous réfléchissons à créer des sites en Afrique du Nord, notamment au Maroc, Asie du Sud-Est et Afrique subsaharienne.