Sur un an, le bilan boursier des valeurs de l’agroalimentaire européen est quasiment identique à celui du reste des valeurs européennes avec une croissance de respectivement 21,9 % pour l’IAA 80 d’Unigrains et 22,2 % pour le MSCI Europe. Sur dix ans en revanche, la palme revient toujours largement aux valeurs des secteurs alimentaire et boissons.
Après un troisième trimestre (T3) en hausse, l’indice IAA 80 d’Unigrains * est reparti à la baisse au quatrième trimestre (T4). L’indice des valeurs de l’agroalimentaire européen a ainsi perdu 3,6 % d’octobre à décembre 2019, affichant ainsi une croissance sur l’ensemble de l’année de 21,9 %, un taux équivalent à celui du MSCI Europe (+22,2 %) sur la même période, cet indice étant quant à lui reparti à la hausse au quatrième trimestre (+6,8 %). Cette progression annuelle de l’IAA 80 est la « plus forte hausse depuis dix ans, ce malgré de multiples vents contraires tels que les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, le feuilleton interminable du Brexit, les taxes imposées par les États-Unis sur l’agroalimentaire européen à l’automne et, pour finir, une croissance économique faible à +1,2 % », relèvent les experts d’Unigrains dans leur bilan trimestriel publié fin janvier 2020. Dans un contexte de taux d’intérêt très bas, les actions, en dépit de valorisations élevées, « ont fait de celles-ci une classe d’actifs désirable au moins par défaut grâce au surplus de rendement qu’elles constituent par rapport aux obligations », est-il encore indiqué. Sur 10 ans, le taux de croissance annuel moyen de l’IAA 80 ressort à 10 %, alors qu’il n’est que de 4,8 % pour le MSCI Europe, reflétant toujours le caractère défensif des valeurs de l’agroalimentaire.
De grosses valeurs ont tiré l’indice vers le bas
Au cours du dernier trimestre 2019, l’indice IAA 80 a été plombé par les grosses valeurs, à savoir AB Inbev, Unilever et Danone, dont la capitalisation boursière représente un tiers de sa capitalisation totale et qui sont regroupées au sein du sous-indice Lead 13 (13 valeurs ayant une capitalisation supérieure ou égale à 10 Mrd€). Ce sous-indice a perdu 4,5 % au T4. AB Inbev a chuté de 14,9 % sur ces trois mois (après une hausse de 11,6 % au T3). L’avertissement du groupe, en octobre sur son Ebitda annuel, ajouté aux réserves du régulateur australien de la concurrence sur la vente de ses activités australiennes à Asahi, assombrissant du même coup les perspectives de remboursement de sa dette, ont pesé sur la valeur. De son côté, Unilever (- 16,7 % au T4) a déçu en annonçant qu’il « n’atteindrait pas son objectif de ventes 2019, évoquant un marché moins dynamique que prévu en Inde et en Afrique de l’Ouest et une concurrence féroce en Amérique du Nord ». Enfin, Danone (- 6,9 % au T4) a souffert du ralentissement observé sur ses ventes de yaourts au T3 dans deux de ses marchés principaux, les États-Unis et la Russie, qui a conduit le groupe à revoir sa croissance du chiffre d’affaires en données comparables pour 2019 entre +2,5 % et +3,0 % (contre précédemment autour de 3 %). « Malgré le maintien des objectifs 2020, la confiance des investisseurs dans une reprise à long terme soutenue par une évolution profonde du business model a été ébranlée », note Unigrains.
C’est au Mid 24 (24 valeurs ayant une capitalisation comprise entre 0,2 et 1 Mrd€) que revient la palme de la meilleure performance sur le quatrième trimestre, avec un gain de 9,9 %. « La catégorie contient les 3 plus fortes hausses du sous-secteur Food, et seulement 5 valeurs en baisse », relève Unigrains. En effet, Greenyard, après une forte chute les mois précédents, a fait un bond de 66,2 % sur ces trois mois. « Les investisseurs sont désormais convaincus par son plan de redressement, qui a déjà commencé à améliorer sa rentabilité et ses perspectives de croissance », notent les experts. De son côté, HKScan (+65,9 %) « monte en flèche après la mise en place d’un plan de retournement au printemps et la présentation de sa nouvelle stratégie en novembre ». Et Aryzta (+ 45 %) a retrouvé des couleurs après de longs mois en chute libre. Le retour à la rentabilité au T3 et la vente tant attendue de Picard laissent entrevoir des jours meilleurs pour le groupe.
Climat difficile pour le secteur des Vins & spiritueux
Sur un an, le bilan des sous-indices est plus contrasté. En effet, le Lead 13 tire bien son épingle du jeu, avec une progression annuelle de 22,7 %, surperformant ainsi l’IAA 80 (+21,9 %) et le MSCI Europe (+22,2 %). De leur côté, le Big 27 et le Mid 24 sont au coude à coude avec une hausse respective de 15,8 % et 15,5 % en 2019. Quant au Small 16, il a plongé de 19,1 % sur l’année. Il faut dire que sur 16 valeurs entrant dans sa composition, 13 sont en baisse, dont 6 des 7 valeurs Vins & spiritueux « affectées par la mise en place de la loi Egalim en France et/ou les taxes américaines sur l’agroalimentaire européen », selon Unigrains. Les deux plus mauvaises performances reviennent à Fleury Michon (-18 %) qui traverse une mauvaise passe actuellement, et Vranken Pommery (-16 %) pénalisé par la loi Egalim.
Par zone géographique, les valeurs françaises regroupées au sein du sous-indice FR14 ont baissé de 5,1 % au T4. Ce mouvement trouve principalement son origine selon Unigrains dans « le retournement de Danone, et les taxes américaines sur l’agroalimentaire européen, qui affectent en particulier le sous-secteur Vin & spiritueux, surreprésenté dans le sous-indice français ».
Et côté valorisation de l’IAA 80, si l’année 2019 s’est achevée sur une baisse au dernier trimestre, elle reste néanmoins autour de ses plus hauts niveaux sur 10 ans, à 14,3x contre 14,6x, son pic de l’année, au troisième trimestre. Sur un an, le multiple d’Ebitda des valeurs « Food » progresse à 13,7x (contre 13,3x en 2018) et celui des valeurs « Boisson » reste stable à 14,5x.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Quid de 2020 ?
Pour les prochains mois, les experts d’Unigrains sont raisonnablement optimistes, indiquant qu’« a priori l’année boursière 2020 devrait garder des facteurs de soutien importants, tels que l’apaisement actuel de la dispute commerciale sino-américaine, l’accord récemment trouvé sur le Brexit et le maintien de taux d’intérêt bas ». Et ceci en dépit d’un ralentissement de la croissance dans la zone euro anticipé par les économistes. Les spécialistes rappellent néanmoins qu’il existe des risques, parmi lesquels un ralentissement plus fort que prévu de la croissance en Chine et en Europe. Unigrains souligne également que sur le Vieux Continent « les entreprises sont d’autant plus vulnérables à l’environnement macroéconomique que les taux d’intérêt bas ont mené à une forte augmentation des niveaux de dette ». Enfin, le spécialiste rappelle que « pour les valeurs de l’agroalimentaire il faudra aussi composer avec la menace toujours existante de taxes supplémentaires sur les produits importés aux États-Unis ».
* l'indice IAA 80 est composé de 80 valeurs cotées de l’agroalimentaire, basées dans 13 pays d’Europe de l’Ouest (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, France, Finlande, Irlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède, Suisse).
Le MSCI Europe est constitué de 439 valeurs d’Europe de l’Ouest
Des arrivées et des départs
Plusieurs valeurs ont quitté l’IAA 80 au cours de l’année. Il s’agit de Dairy Crest, Natra et Royal Wessanen sorties du marché suite à leur rachat respectif par Saputo, Investindustrial Advisors et PAI Partners. À l’inverse, l’IAA 80 a accueilli Lucas Bols (fabricant de spiritueux néerlandais), Hotel Chocolat (chocolatier britannique), et Altia (producteur et distributeur finlandais de vins et spiritueux). Quant à Deoleo (embouteilleur et transformateur d'huile d'olive espagnol), il a quitté le classement car sa capitalisation est passée sous la barre des 50 M€. Son remplaçant est Italian Wine Brands, producteur et distributeur de vins italiens. À noter que les trois plus faibles capitalisations (au 1er janvier 2020) de l’indice Unigrains sont les français Marie Brizard Wines and Spirits (71 M€) et Tipiak (58 M€) et le finlandais Apetit (49 M€).