Comment passer de la première génération des biocarburants à la seconde ? « Ces dernières années, on a laissé croire à nos décideurs qu’on allait révolutionner les biocarburants avec de nouveaux produits qui n’existaient pas », s’est exclamé Claude Roy, inspecteur de l’agriculture au CGAAER. « Ces biocarburants existent en laboratoire, mais nous ne savons pas s’ils ont des rendements énergétiques de 18 ou de 25% ». En l’état actuel des connaissances, « il faudrait que nos pilotes de démonstration multiplient leur rendement par trois pour tenir la concurrence avec les biocarburants de première génération… », a-t-il expliqué.
Pierre Porot, directeur adjoint de l’Institut français du pétrole-énergies nouvelles (IFPen), a rappelé que la transition entre les deux générations se fait de manière pragmatique aux États-Unis : les industriels passent de la première (éthanol et biodiesel issus de grains, betterave, canne, etc) à la seconde (éthanol et biodiesel issus de ligno-cellulose) sans réglementation particulière. Alors que la réglementation européenne risque de brider la première, et ainsi de ralentir la transition vers la seconde. Pourtant, « technologiquement, les Européens ne sont pas en retard. Mais ils en prennent au passage à la phase industrielle », selon Pierre Porot .
Interrogé par Agra fin octobre, Paul Colonna, directeur de recherches à l’Inra de Nantes et président du comité de pilotage scientifique du projet français Futurol (Marne), a confirmé que la production d’éthanol à partir de paille, tiges, bois, miscanthus, switchgrass ou canne de Provence à haut rendement de matière sèche à l’hectare est certes maintenant une réalité en laboratoire. Mais que ce sont les paramètres industriels qui manquent. « Personne ne publie les rendements réels obtenus, ni les bilans d’émissions de gaz à effet de serre, ni les gains économiques. Et si certains chiffres circulent, on ne sait pas quelle est l’incidence des subventions qui sont octroyées », a commenté Paul Colonna.
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