En Vendée, le manque d’eau commence à soulever des inquiétudes quant au potentiel des blés et des orges. Des craintes qui semblent moins aigües dans le Nord et à l’est, tandis que, dans le Sud-Ouest, les bonnes conditions ont permis des semis de maïs rapides.
Après les fortes pluies du début d’année (plus de 350 mm en un mois), c’est le manque d’eau qui fait l’actualité en Vendée. « Aucune pluie n’est tombée depuis le 13 mars », constate Jean-Luc Lespinas, responsable du service agronomie de la Cavac. « Les blés, mal enracinés, doivent désormais composer avec un horizon de surface très sec. Dans les parcelles hydromorphes, le ressuyage a été difficile, compliquant le passage du dernier apport d’azote, souvent mal valorisé. Les agriculteurs équipés d’irrigation ont ressorti les enrouleurs depuis deux semaines ; pour les autres, la situation s’annonce compliquée, d’autant que la météo ne prévoit aucune pluie significative dans les jours à venir. »
Les orges sont dans la même situation et affichent, elles aussi, entre 10 et 15 jours d’avance. « Les rendements, difficiles à estimer à date, sont attendus en nette baisse », assure le responsable de la coopérative vendéenne. Les colzas s’en sortent un peu mieux, « grâce à leur puissant système racinaire ». Mais, dans les situations hydromorphes, le nombre de siliques a pu être pénalisé et le remplissage perturbé.
Pour les semis de printemps, le tournesol profite du recul du maïs (près de 20 % de surface en moins) : cours porteurs, moins gourmand en engrais… Dans la plaine et le marais, les semis sont réalisés à 90 %, mais à peine un tiers le sont en zone de bocage : le manque d’eau crée de grosses mottes, compliquant la préparation du sol.
Dans l’Est, encore de l’azote à apporter
En revanche, dans le Grand Est, chez EMC2, la situation n’est pas encore jugée inquiétante. Mais le retour des pluies serait quand même une bonne nouvelle, notamment dans les petites terres, tant pour les cultures d’hiver que pour celles implantées au printemps. « Les prévisions sont incertaines pour la fin de la semaine », confirme David Meder, directeur terrain au sein de la coopérative de la Meuse. « Les blés sont bien implantés et présentent un bon état sanitaire, mais la totalité de l’azote n’a pas toujours pu être apportée car, pour être valorisée, il lui faut de l’eau. »
En colza, le potentiel est déjà annoncé très hétérogène, et inférieur à celui de 2025, même si la période de floraison a été très favorable. Fait marquant de l’année : une forte présence de larves d’altises. Quant aux semis de printemps, ils sont bien engagés pour les tournesols et les maïs. L’arrivée de pluie faciliterait la germination et la levée. Alors que le maïs enregistre un recul de ses surfaces, au profit notamment du tournesol et de l’orge de printemps, la baisse ne devrait pas, selon David Meder, dépasser les 4 %.
Dans le nord, « le potentiel est là »
Dans le nord de la France, également, l’heure n’est pas encore à l’inquiétude. Alors que la pluie devrait y faire son retour ce week-end, les céréales ne semblent, pour l’heure, pas avoir été affectées par le manque d’eau. « Dans notre région, la plupart des sols sont des terres profondes avec une réserve suffisante », rappelle Maxime Thuillier, responsable de la collecte au sein de la coopérative Unéal (Pas-de-Calais). « Les blés tendres présentent un bel indice de végétation, sans maladie fongique. Le potentiel est là. » Idem pour les orges d’hiver. Mais ces dernières ont vu leurs surfaces reculer de 10 à 15 % : « Nous ne comprenons pas trop pourquoi, car les débouchés et les résultats économiques sont là. » Parmi les hypothèses envisagées : la date de récolte, anticipée de deux à trois semaines par rapport au blé, pourrait freiner certains producteurs dont l’agenda est déjà bien chargé à cette époque avec les cultures industrielles.
Si la plaine est plutôt belle, Maxime Thuillier émet toutefois une crainte : « L’impact possible du gel qui a sévi pendant la floraison des colzas. » Les parcelles étant encore en fleurs, il est difficile d’en mesurer aujourd’hui les éventuelles conséquences. Côté cultures de printemps, la levée des pommes de terre et des maïs est en cours. À noter la hausse des surfaces de maïs grain, de 10 à 20 % ; une culture qui pèse 25 % des volumes totaux de maïs collectés par la coopérative. La sole en maïs fourrage est, elle, stable.
Sole de maïs en baisse chez Euralis
Dans le Sud-Ouest, les bonnes conditions ont permis des semis sans encombres : « Au 28 avril, plus de 90 % des semis de maïs sont déjà réalisés », constate Franck Camet-Lassalle, responsable Grands comptes au pôle agricole d’Euralis. « Un record ! Tout s’est déroulé très vite, dans d’excellentes conditions. Même constat pour les levées avec un nombre de pieds au m2 prometteur. » Contrairement à d’autres régions, le Sud-Ouest ne souffre pas du manque d’eau : « Les 30 mm de pluie tombés le 10 avril sur la quasi-totalité de notre zone de collecte ont permis une levée rapide des graines déjà en terre et a constitué une bonne réserve pour les chantiers à venir. »
Enfin, Euralis enregistre un autre record, moins positif celui-ci : la baisse de la sole de maïs, entre 15 et 20 %. « Elle va de 10 % " seulement " dans les zones traditionnelles (sud Landes, Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées), jusqu’à 30 % dans les zones de polycultures », confirme Franck Camet-Lassalle. En cause : le prix des engrais. « Les agriculteurs qui s’étaient couverts avant le début de l’année, à des prix corrects, ont réservé leurs tonnages aux céréales à paille. Aujourd’hui, ils préfèrent se tourner vers le tournesol… ou la jachère », explique le responsable d’Euralis. Au sein de la coopérative du Sud-Ouest, le tournesol devrait repasser au-dessus des 11 000 ha (+ 70 % en un an), contre 60 000 ha pour le maïs et 10 000 ha pour le soja. Au 28 avril, 85 % des semis de tournesol étaient réalisés, contre à peine 10 % pour le soja.