L’accent mis sur la prévention dans les politiques de santé et le déremboursement de médicaments sont perçus comme un cadre favorable pour le secteur des compléments alimentaires dont le chiffre d’affaires a progressé de 5,8 % en 2017 à 1,8 milliard d’euros. Le Synadiet vient de mener une étude qui met en relief la méconnaissance du public en matière de compléments alimentaires, et souhaite s’appuyer davantage sur les professions de santé comme prescripteurs.
Le vent est porteur pour les compléments alimentaires : en 2017 en France, les ventes de ces produits ont atteint le 1,8 milliard d’euros, en hausse de 5,8 % par rapport à 2016, selon les chiffres présentés par le Synadiet le 28 mars. Le Syndicat qui rassemble 95 % du secteur et 245 adhérents, constate qu’il s’agit du marché de produits de santé le plus dynamique. Les ventes progressent dans tous les canaux de distribution, mais se font essentiellement par les pharmacies (51 % des ventes), la vente à distance, e-commerce (17 %), les circuits spécialisés (15 %) et les grandes surfaces (11 %). Seulement 6 % des ventes se font en parapharmacies. Les pharmacies sont en outre le mode de diffusion qui progresse le plus avec un chiffre d’affaires en hausse de 7,8 %, suivi des parapharmacies (+7 %).
Les ventes le plus importantes en pharmacies se font sur les produits indiqués pour le sommeil, le stress et l’humeur (154 millions d’euros), la digestion et le transit (149 millions d’euros) et la vitalité (145 millions d’euros), avec un fort accroissement pour les deux premières catégories qui enregistrent des croissances respectivement de +22,6 % et de +15,1 %. En revanche, les catégories beauté et solaire reculent clairement.
Les Français adeptes de la santé responsable
« Depuis les six à sept dernières années, on constate une croissance régulière des ventes de 2 à 5 % par an sur le marché français », constate Christelle Chapteuil, nouvelle présidente du Synadiet depuis le début de l’année. Plusieurs paramètres jouent en faveur du développement de ce marché. « La santé responsable est une idée qui fait son chemin parmi les Français qui sont de plus en plus conscients qu’il faut prévenir plutôt que guérir », poursuit la présidente, également directrice générale des laboratoires Juva Santé. La place accordée à la prévention dans la stratégie de santé présentée le 26 mars par la ministre Agnès Buzyn ne peut que favoriser le marché des compléments alimentaires.
Autre facteur : les déremboursements de médicaments, et la désaffection pour l’homéopathie, qui orientent les clients vers les compléments alimentaires vendus avec les conseils d’un pharmacien. Quant au vieillissement en bonne santé, c’est aussi un enjeu pour la profession qui souligne l’écart entre l’espérance de vie (86 ans pour les femmes) et l’espérance de vie en bonne santé (62 ans).
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« Le rythme de progression du marché devrait se maintenir à l’avenir », selon Christelle Chapteuil. Les Français ont une relative méconnaissance des compléments alimentaires, selon les données de l’observatoire lancé par le Synadiet en partenariat avec Opinionway (étude auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 Français âgés de 18 ans et plus interrogés du 10 au 12 janvier). Deux Français sur trois s’estiment peu ou pas du tout informés sur les compléments alimentaires, et moins d’un sur deux affirme en avoir déjà pris.
Ceux qui en ont déjà consommé sont plus souvent des femmes, et une nette majorité des consommateurs réguliers ont un niveau d’étude supérieur au bac. Les personnes interrogées ont plutôt une perception positive des compléments alimentaires, mais manquent de conseils avisés. C’est pourquoi le syndicat souhaite que les professionnels de santé, médecins et pharmaciens, soient davantage sensibilisés aux bénéfices des compléments alimentaires.
Des médecins qui restent à convaincre
Une tâche qui ne sera pas forcément aisée du côté du corps médical. « Il n’y a aucune base scientifique à tout ce que prétendent prévenir ou guérir ces produits », a estimé le pharmacologue Jean-Paul Giroud, de l’Académie de médecine, dans une déclaration à l’AFP le 28 mars. « Si les Français croient qu’ils reçoivent des fabricants une information alors qu’en vérité il s’agit de publicité, on les trompe », a-t-il déploré.
Une déclaration qui a fait immédiatement réagir le syndicat professionnel. « Force est de constater que la position de Jean-Paul Giroud n’est pas partagée par une grande partie des professionnels de santé, puisque notre étude démontre que dans 2/3 des cas, la consommation de compléments alimentaires fait suite à un conseil ou à une prescription médicale », répond le Synadiet. Celui-ci met en avant des travaux scientifiques sur l'utilisation de ces produits, dont sont issus des « consensus d’experts et de sociétés savantes sur lesquels s’appuient les autorités de santé qui recommandent certaines supplémentations », sous conditions, notamment en vitamine B9 et D, en calcium ou en omega-3.