Avec le nouvel accord commercial global entre l'UE et le Mexique, conclu le 28 avril 2020, la quasi-totalité des échanges agroalimentaires entre les deux partenaires seront exempts de droits de douane. Une perspective dénoncée par des éleveurs français qui crient au scandale.
L'Union européenne et le Mexique ont conclu le 28 avril 2020 les derniers points en suspens des négociations sur leur nouvel accord commercial global (1). Un accord qui prévoit d’éliminer les droits de douane perçus sur la plupart des dernières marchandises sur lesquelles le Mexique en perçoit encore, en l’occurrence presque uniquement des produits alimentaires et des boissons. Ce sera chose faite dans les sept ans de la mise en application de l’accord. Aux termes de ce nouvel accord commercial, les exportateurs agroalimentaires de l'UE devraient bénéficier d’un accès plus aisé au marché mexicain et de possibilités accrues de vendre leurs produits aux 128 millions de consommateurs mexicains. Le Mexique a consenti en particulier à supprimer ses droits de douane élevés sur des produits alimentaires essentiels de l'UE tels que les fromages (0 % de droits désormais contre 45 % auparavant), les produits à base de viande de porc (0 % contre 45 %), les pâtes alimentaires (0 % contre 20 %) ou encore le chocolat et les confiseries (0 % contre 20 %). Pour d'autres produits, l'accord ouvrira de nouvelles perspectives d'accès significatives au marché mexicain, dans le cadre de limites annuelles, comme par exemple pour le lait en poudre (0 % de droits contre 50 % actuellement pour un contingent de 50 000 tonnes) ou les fromages frais (0 % de droits contre 45 % pour un contingent de 5000 tonnes). Les échanges en matière de vins et de spiritueux – qui sont importants pour les deux parties – seront également rendus plus faciles. Le Mexique et l'UE ont convenu aussi de lever d'autres obstacles commerciaux tels que « le manque de clarté des règles et des réglementations mexicaines », afin que les producteurs européens puissent exporter plus facilement leurs produits vers le Mexique. Les producteurs européens de denrées alimentaires et de boissons régionales typiques devraient aussi en tirer profit car il deviendra illégal de vendre des imitations de 340 produits alimentaires et vins typiques (IGP) provenant de régions spécifiques de l’UE, tels que le jambon de Parme ou le chorizo riojano. À cela s’ajoutent les indications géographiques pour des spiritueux de l’UE que le Mexique protège déjà comme l’Irish Whiskey IG. Grâce au nouvel accord, le Mexique et l’UE faciliteront aussi l’exportation de produits alimentaires et de boissons par « la normalisation » (le Mexique a accepté de fonder ses exigences sur des normes internationales qui garantissent la sécurité alimentaire et la santé animale et végétale, à savoir la réglementation sanitaire et phytosanitaire, dite « SPS ») et par « la coopération » (le Mexique a consenti à ce que ses agences qui établissent et contrôlent la bonne application de la réglementation SPS entrent en contact avec leurs homologues de l’UE à intervalles réguliers).
Colère des éleveurs français
Le nouvel accord UE/Mexique qui prévoit notamment l’ouverture du marché européen à 20 000 tonnes de viandes bovines mexicaines sans droit de douane, passe mal auprès d'Interbev, l’interprofession française de la viande, ainsi que du Modef qui s’insurgent contre ce qu’ils appellent un « véritable scandale ». Le Modef est particulièrement remonté contre cet accord qu’il qualifie « de nocif et de désastreux pour les éleveurs bovins français ». Il dénonce le fait que les éleveurs français étaient déjà éprouvés par les précédents accords de libre-échange européens (Ceta, Mercosur…) et que cette crise profonde « soit encore accentuée par le coronavirus mais aussi par des choix politiques libéraux au niveau européen et français comme le manque de régulation des volumes et des marchés ». Le Modef exige que le gouvernement français suspende ce nouvel accord de libre-échange et rappelle son opposition aux traités de libre-échange comme le Ceta et le Mercosur.
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Le Mexique est le premier partenaire commercial de l'UE en Amérique latine, avec des échanges bilatéraux globaux valant 66 milliards d'euros pour les biens (en 2019) et 19 milliards pour les services (en 2018). Les exportations européennes de biens au Mexique approchent les 40 milliards d'euros chaque année.
La révision juridique du texte de l’accord conclu entre le l’UE et le Mexique est à présent en cours de finalisation. Celui-ci sera ensuite traduit dans toutes les langues de l'UE. Après cela, l’accord sera transmis pour signature et conclusion au Conseil des ministres de l’UE et au Parlement européen.
(1) L'UE et le Mexique ont tenu le premier cycle de négociations de ce nouvel accord, en mai 2016. Ils sont parvenus à un accord de principe deux ans plus tard, en avril 2018, en laissant certaines questions techniques en suspens. Celles-ci sont maintenant toutes tranchées.