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Débuts laborieux pour l’aide au stockage privé

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Ouverte le 7 mai, l’aide européenne au stockage privé a démarré timidement. En lait, le dispositif a été ouvert après le pic printanier de collecte. En viandes, les industriels dénoncent des conditions d’accès « trop restrictives » et demandent avec insistance l’élargissement à la viande de veau.

C’est l’une des principales mesures réclamées par les professionnels pour soulager les marchés engorgés par la crise sanitaire : l’aide européenne au stockage privé a officiellement démarré le jeudi 7 mai. Mais, après une semaine, « ça démarre très timidement » en viande, remarque Mathieu Pecqueur, directeur général de Culture Viande (industriels), dans un entretien à Agra Presse le 15 mai. D’après les chiffres de la Commission européenne, seuls six États membres ont émargé au dispositif pour 1 008 tonnes de viande bovine. Un niveau bien en deçà du quota de 25 000 tonnes ouvert au niveau européen.

En viande bovine, les conditions d’accès à l’aide au stockage privé sont « trop restrictives » pour Mathieu Pecqueur. Premier frein : l’obligation de stocker des quartiers arrière entiers (soit avec l’os, soit désossés, découpés et emballés). « En France, il n’y a qu’un ou deux congélateurs capables de congeler des quartiers arrière entiers », explique-t-il. De plus, « une fois le quartier arrière découpé, les entreprises sont obligées de tout stocker, au lieu de mettre sur le marché les muscles qui ont de la valeur et conserver ceux qu’elles n’arrivent pas à vendre. »

Un dispositif « pas très intéressant financièrement »

Deuxième mesure handicapante, selon les industriels : le montant unique de l’aide, que les quartiers soient désossés ou pas. Un choix qui « désavantage encore le désossé ». Au final, le dispositif n’apparaît « pas très intéressant financièrement » au responsable de Culture Viande. Par ailleurs, d’après le cahier des charges, seules les viandes « non congelées au moment de la demande » sont admissibles. Un détail qui a son importance, vu les critiques récurrentes des professionnels sur le manque de réactivité des institutions bruxelloises. Au 15 mai, les opérateurs français avaient contracté l’aide au stockage privé pour 180 tonnes. « Mais je ne pense pas que le stockage concernera des volumes conséquents si les conditions d’accès restent en l’état », estime M. Pecqueur.

« Les conditions d’accès à l’aide au stockage privé sont très compliquées, abonde de son côté Philippe Chotteau, de l’Institut de l’élevage (Idele), lors d’un webinaire le 7 mai. Les Polonais semblent en profiter, les autres ne sont pas enchantés. » « Le prix des animaux y est plus bas, les opérateurs sont plus vite gagnants », explique Mathieu Pecqueur. Dans ce pays fortement exportateur, le marché de la viande est frappé de plein fouet par le Covid-19. Même si la Pologne est le premier pays à émarger à l’aide au stockage privé, les volumes concernés restent modestes avec 420 tonnes.

En lait, l’aide au stockage est arrivée après le pic de collecte

Dans la filière laitière, a priori, il n’y aura pas non plus de « raz de marée » vers les aides au stockage privé. Certes, les cahiers des charges européens sont toujours compliqués à remplir, tout particulièrement pour la diversité des fromages hexagonaux. Mais, selon la Fnil (industriels privés du lait), c’est surtout les perspectives de redémarrage de la restauration hors domicile qui interrogent les industriels sur l’intérêt ou non de stocker leurs produits. Les industriels regrettent également le décalage entre la mise en place des aides et le calendrier de collecte laitière, où le pic de production a lieu en mars et avril. « C’est à ce moment-là que l’aide au stockage privé était nécessaire. Il y a un mois, les entreprises auraient eu recours le plus vite possible au stockage », assure la Fnil.

Un décalage d’autant plus accentué que l’accès à l’aide s’est fait au 12 mai pour les opérateurs français, alors que les autres pays européens ont pu y avoir recours dès le 7 mai, indique la Fnil. La raison : comme l’aide est octroyée selon le principe du « premier arrivé, premier servi », il fallait laisser le temps aux petites entreprises de s’approprier le cahier des charges, pour éviter que l’intégralité de l’aide soit utilisée par les grands groupes qui disposent des ressources nécessaires pour y avoir accès rapidement.

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Une enveloppe de 76 M€ « loin du compte » pour Didier Guillaume

Toutes filières confondues, Bruxelles a débloqué une enveloppe de 76 M€ pour financer le stockage privé. Un montant qui est « loin du compte » pour le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume. « Nous n’avons toujours pas d’indication sur le mode de paiement », a-t-il déclaré lors d’une audition le 13 mai devant les députés de la commission des Affaires européennes. Le même jour, lors d’un Conseil européen des ministres de l’Agriculture, M. Guillaume a demandé l’élargissement de ce dispositif aux pommes de terre de transformation, aux volailles et à la viande de veau.

Plutôt que les gros bovins, « c’est surtout le veau qui est la production la plus en crise », estime M. Pecqueur. Mais les mesures adoptées par Bruxelles le 4 mai excluent les animaux de moins de huit mois. « La filière souffre énormément en France, mais aux Pays-Bas, la situation est critique », poursuit le directeur de Culture Viande. En une semaine, les Hollandais ont contracté pour 230 tonnes de viandes, ce qui en fait le deuxième pays demandeur. Des volumes qui « proviennent pour une bonne part de veaux ayant vieilli au-delà des huit mois », soit l’âge minimum d’éligibilité des bovins, explique M. Pecqueur.

Pour l’heure, Bruxelles n’a pas répondu favorablement, faute de budget, rapporte-t-il. Anticipant une sous-utilisation de l’enveloppe destinée à stocker la viande bovine, Culture Viande propose « un budget mutualisé entre espèces ». Que ce soit pour assouplir les conditions d’accès ou pour élargir le stockage au veau, « on essaie de pousser encore, affirme M. Pecqueur. Mais c’est plus difficile une fois que les textes sont adoptés. »

Culture Viande propose « un budget mutualisé entre espèces »

Comment demander l’aide au stockage privé auprès de FranceAgriMer

Les opérateurs peuvent déposer leur demande en ligne pour bénéficier de l’aide européenne au stockage privé auprès de FranceAgriMer, annonce l’organisme public dans un communiqué le 14 mai. « Cette mesure ouverte le 7 mai 2020 a pour objectif d’inciter les filières à reporter la mise sur le marché de leurs produits », rappelle l’organisme, chargé de gérer cette aide en France. Les produits concernés : viandes bovines fraîches et réfrigérées (animaux de plus de huit mois), viandes ovines caprines (animaux de moins de 12 mois), beurre, poudre de lait écrémé et fromages. La demande d’aide peut être effectuée jusqu’à épuisement des budgets (ou à défaut au 30 juin), selon la règle du « premier arrivé, premier servi ». Pour les produits laitiers, elle est à réaliser directement sur le site, mais elle nécessite l’envoi d’un courriel pour les viandes. Le site internet de FranceAgriMer précise les produits éligibles, le montant de l’aide (dépendant de la durée de stockage) et la procédure d’instruction.