Comme il est difficile de vouloir satisfaire tout le monde ! C’est un peu ce que doit se dire le ministre de l’Agriculture Dominique Bussereau, à l’issue de la phase de concertation sur la loi d’orientation agricole. De fait, alors que, fin mars, le projet paraissait promettre une loi plutôt musclée, avec des options contestables par certains, mais avec un réel contenu qui forçait l’estime de bon nombre d’autres, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Ici ou là, on parle de « détricotage » de mesures très attendues ; le président de l’APCA, Luc Guyau pousse un « coup de gueule », Philippe Mangin, au nom des coopératives, se dit « profondément déçu » tandis que Jean-Michel Lemétayer sur un ton plus « mezzo » dit qu’on peut « mieux faire ».

Il ne faut pas être naïf et faire porter le chapeau par les seuls pouvoirs publics. Si cette loi se détricote, c’est aussi pour concilier des pressions contraires au sein même du monde agricole. Exemple : le statut d’organisations de producteurs, donnant lieu à certains avantages, devait être réservé aux seules entreprises pratiquant le transfert de propriété ; finalement, pour ne pas pénaliser les autres, la condition du transfert de propriété semble abandonnée. Tout le dispositif est, du coup, vidé de son sens. Bon nombre de dispositions semblent ainsi remises en question.

Certes, le contexte n’est pas favorable à une loi hardie. Le prochain référendum européen et la victoire annoncée du non y sont pour beaucoup. Ils ont tendance à tétaniser les velléités gouvernementales de changement. Et pourtant, une loi n’est-elle pas d’abord un acte politique qui vise, non pas à satisfaire tout le monde, mais à prendre des options pour l’avenir ? Pour faire du bon travail, ne faudrait-il pas la remettre sur le chantier… après le référendum du 29 mai ?