Si l’application de normes sociales ou environnementales pour encadrer le développement des biocarburants fait l’objet d’un large consensus en Europe, la fixation de ces critères de durabilité fait l’objet d’âpres discussions tant entre les Etats membres de l’UE qu’au sein même de la Commission de Bruxelles.
Lors de leur premier tour de table sur les critères de durabilité à appliquer aux biocarburants, le 7 mai à Bruxelles, les représentants permanents des Vingt-sept (Coreper) ont constaté l’ampleur des divergences à combler pour parvenir, comme ils le souhaitent, à un accord d’ici à la fin de l’année, et ce, malgré les longues réunions de travail préparatoires déjà organisées au niveau des experts de l’UE Voir n°3153 du 12/05/08 et n°3152 du 05/05/08.. Tout au plus, les Etats membres sont « proches d’un consensus » sur un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour les biocarburants de 35 % par rapport aux carburants traditionnels dès 2009. Reste en suspens la question d’une seconde phase où les exigences de propreté des biocarburants seraient renforcées, probablement entre 2015 et 2020. Le seuil pourrait alors être établi à 50 % de réduction des émissions. Autre point d’achoppement, la méthode retenue pour mesurer l’efficacité énergétique des biocarburants.
Divergences entre pays de l’UE producteurs de biocarburants et importateurs
Par ailleurs, les Vingt-sept cherchent une formulation pour limiter les importations aux seuls pays qui s’engagent à ne pas développer leur production au détriment de la protection de l’environnement. Mais les Etats membres ne se sont pour le moment pas entendus sur l’éventuelle obligation, pour les pays tiers exportateurs, de ratifier une série de traités internationaux. Il s’agit en particulier de limiter la réaffectation des sols et notamment l’utilisation de « forêts non perturbées par une activité humaine importante ».
Entre les différents pays, la volonté de fixer des critères de durabilité plus ou moins stricts dépend directement de celle de voir se développer une filière de production européenne de biocarburants. Ainsi, la France et l’Allemagne, qui défendent l’objectif de 10 % de consommation de carburants verts dans le secteur des transports, militent aussi pour des filières de production européenne. Les autres membres de l’UE qui prévoient de combler leurs besoins pour parvenir à cet objectif par des importations se montrent moins regardants sur les conséquences environnementales (déforestation) ou alimentaires des agrocarburants.
« Première région du monde à prendre conscience des retombées négatives »
De son côté, la commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel a, de nouveau, le 6 mai, pris la défense des biocarburants. Les biocarburants sont devenus un « bouc émissaire », a-t-elle déploré, fustigeant une « tempête médiatique qui a pris une telle ampleur qu’il est devenu difficile d’entendre un vrai débat qui n’aille pas dans le sens du vent ». La commissaire a rappelé que les biocarburants ne s’inscrivaient pas dans le cadre de la politique agricole de l’UE, mais avaient plutôt un objectif énergétique et de lutte contre le changement climatique. « Il faut développer la première génération de biocarburants qui peut être utilisée comme un tremplin vers la nouvelle génération », a-t-elle défendu.
Plus prudent, le commissaire européen à l’environnement, Stavros Dimas, a, le même jour, lors d’une intervention à Athènes, devant des responsables du programme des Nations-Unies pour l’environnement (UNEP), souligné que « l’Union européenne a été la première région du monde à prendre conscience des retombées négatives des biocarburants », dont leur « contribution à la hausse des prix alimentaires ». Il a insisté sur la nécessité de conditionner leur développement à leurs effets sociaux et environnementaux, notamment en ce qui concerne le maïs étant donné que, pour ce produit, « vaches et voitures (sont) en concurrence ».
Cofinancement d’une usine de seconde génération aux Etats-Unis
Par ailleurs, si l’arrivée sur le marché des biocarburants de seconde génération n’est pas attendue avant plusieurs années, le groupe chimique américain DuPont et Genencor, filiale de la société agroalimentaire danoise Danisco, ont annoncé, le 14 mai, la création d’une coentreprise pour la production d’éthanol de deuxième génération à base de cellulose. Les deux partenaires prévoient un investissement initial de 140 millions de dollars sur trois ans. L’usine sera essentiellement consacrée à l’exploitation des déchets de maïs (feuilles et troncs) et de canne à sucre (après extraction du sucre).