Dans un article publié dans la revue Nature le 28 novembre, la dépendance de plus en plus étroite de l’agriculture aux pollinisateurs est démontrée : en un demi-siècle, elle a doublé.
« L’agriculture est aujourd’hui deux fois plus dépendante des pollinisateurs qu’il y a 50 ans », lit-on dans l’article Sauvegarde des pollinisateurs et de leurs valeurs pour le bien-être des humains publié dans la revue scientifique Nature, le 28 novembre. Ainsi, 75 % des types de cultures voient leur rendement et/ou leur qualité concernés par les services de pollinisation. Il s’agit des oléagineux (colza, soja, tournesol), du cacao, du café et des arbres fruitiers principalement. Si en volume, la production concernée reste faible (5 à 8 % du total), les scientifiques insistent : « Souvent, les plantes dépendantes de la pollinisation ont des prix plus élevés que les plantes qui n’en dépendent pas ».
Alimentation et bioénergie directement dépendantes
Ainsi, la valeur des plantes pollinisées domine les marchés agricoles alimentaires. Elle est estimée entre 235 et 577 Mdr$ par l’IPBES (1). Par ailleurs, les chercheurs ont montré que sur le plan alimentaire, les plantes dépendantes à la pollinisation représentaient un rôle considérable dans le régime alimentaire des humains. « Ces plantes sont les principales sources de nombreux micronutriments comme les vitamines A et C », lit-on dans la publication. Ainsi, le déclin des pollinisateurs pourrait augmenter des maladies évitables comme les maladies du cœur liées à des carences.
Par ailleurs, les plantes à vocation énergétique, comme le colza ou le tournesol, ont aussi une dépendance à la pollinisation. Or, les auteurs estiment qu’entre 2005 et 2010, la surface dédiée à ces cultures a augmenté de 32 % à 4,2 millions d’hectares en Europe.
Emploi et culture indirectement dépendants
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Le déclin des pollinisateurs peut aussi affecter le secteur de l’emploi. Les scientifiques insistent sur les 2 milliards de personnes dans les pays en développement qui travaillent sur des petites exploitations, souvent de subsistance. « Ce secteur a été trop longtemps exclu du champ des recherches sur les pollinisateurs », expliquent-ils. Pourtant, une étude récente montre le lien positif entre rendement et biodiversité sur les parcelles de moins de deux hectares (2).
Enfin, les scientifiques rappellent la source d’inspiration que représentent les pollinisateurs dans le milieu artistique. En outre, « pour de nombreuses personnes, une bonne qualité de vie provient des pollinisateurs comme symbole d’une identité ». En outre, ils rappellent que la valeur de nombreux sites classés dépend de la pollinisation. Les auteurs donnent l’exemple des Jardins de Suzhou en Chine ou les paysages d’agaves au Mexique.
Entre 2005 et 2010, les cultures énergétiques dépendantes de la pollinisation ont augmenté de 32 %.
(1) Lire l’article « Donner une valeur monétaire à la pollinisation est indispensable, selon B. Pompili » dans Agra Presse Hebdo du 28 novembre 2016
(2) Voir l’infographie « L’abondance des pollinisateurs est décisive pour les parcelles agricoles des pays du Sud », dans Agra Presse Hebdo du 29 janvier 2016