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En Argentine, les occupations illégales de terres se multiplient

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Face à une multiplication des occupations illégales de terres, le gouvernement argentin procède aux expulsions tout en soutenant la cause des occupants en quête d’un toit et d’un travail.

Suite à une décision de justice, quatre mille gendarmes ont procédé, le 29 octobre, au délogement violent d’environ trois mille personnes qui avaient installé illégalement des logements précaires sur un terrain de 100 hectares à Guernica, près de Buenos Aires. Les scènes de rixe entre gendarmes et délogés ont eu un fort retentissement médiatique qui a placé au centre du débat public les questions du droit au logement et du respect – ou non – de la propriété privée. Car le nombre d’usurpations de terrain en Argentine est en forte hausse.

Au moins douze provinces d’Argentine (sur vingt-trois) sont actuellement le théâtre de telles occupations illicites de terrain, selon le journal La Nación. Dans la province de Buenos Aires, plus de 1 800 plaintes portant sur ce délit ont été déposées depuis le début de l’année : elles concernent en tout 4 300 hectares. La crise économique et sanitaire a aggravé celle du logement dans un pays où 40 % de la population est pauvre et où le taux de chômage est monté à 25 %.

Le 28 octobre, dans la province d’Entre Ríos, une autre expulsion fortement médiatisée a eu lieu, celle d’horticulteurs bio militants du Mouvement des travailleurs exclus (MTE), qui avaient investi une ferme appartenant à l’ancien ministre de l’Agriculture, Luis Miguel Etchevehere. Les usurpateurs expulsés sont menés par le dirigeant du MTE, Juan Grabois, un jeune avocat qui fut conseiller du pape François, et que le président de la République, Alberto Fernández, a soutenu publiquement, ceci dès le lendemain de l’expulsion spectaculaire de Guernica.

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« Chercher des terres pour que des gens les exploitent n’est pas une idée saugrenue », a dit Alberto Fernández. Le 10 novembre, il est allé plus loin en exposant face à des sénateurs son plan baptisé Plan d’Attachement territorial : « Je ne veux pas de réforme agraire. Je veux que les domaines publics, ces champs inexploités, soient confiés à des agriculteurs qui vendent leurs produits localement », a précisé le président de la République.

L’avocat Juan Grabois a, de son côté, dévoilé un Plan de développement humain intégral soutenu par des plusieurs partis politiques, qu’il a lui-même qualifié de « mini-plan Marshall ». Il vise à générer 4 millions d’emplois, notamment par l’essor de 4 000 modules de production agricole familiale et indigène, grâce à la création d’une société foncière pour les développer aux quatre coins du pays.

Les syndicats d’agriculteurs, eux, s’alarment de la recrudescence de ces cas de non-respect de la propriété privée. La Fédération agraire argentine a, par ailleurs, réclamé de pouvoir « participer aux débats institutionnels sur l’usage et la propriété foncière agricole », selon un communiqué du syndicat daté du 20 novembre.

Une ferme appartenant à un ancien ministre de l’agriculture visée