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Engrais : l’UE veut imposer des droits de douane sur les importations russes

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Sous pression de certains États membres et de l’industrie de l’UE, la Commission européenne a finalement publié une proposition pour augmenter les droits de douane sur les importations d’engrais azotés de Russie (et du Bélarus). Une initiative avec un double objectif : affecter les capacités russes et surtout, réduire la dépendance du secteur agricole de l’UE. Mais les organisations agricoles craignent une hausse des prix.

Après s’être attaquée aux importations de céréales, d’oléagineux et de leurs produits dérivés en 2024, la Commission européenne a dévoilé, le 28 janvier, une proposition destinée à imposer des droits de douane sur un certain nombre de produits agricoles en provenance de Russie et du Bélarus, visant plus particulièrement les engrais azotés. Une action qui répond à une demande déjà exprimée par plusieurs États membres (Suède et Pologne en tête) et l’industrie européenne des engrais (Fertilizer Europe) qui n’a eu de cesse d’avertir via sa campagne « stopRussianfertilizers ».

Lire aussi : Russie : la Pologne et la Suède appellent à faire davantage sur les importations

Dans le détail, l’UE propose de fixer un droit ad valorem de 50 % pour les importations de produits agricoles non concernés par les mesures de 2024 à l’encontre des céréales, soit environ 15 % des importations agroalimentaires russes de 2023. Mais surtout, Bruxelles souhaite mettre en place une augmentation progressive des droits de douane sur les engrais. Cette hausse débuterait à 40 ou 45 euros par tonne (€/t), selon le type d’engrais, jusqu’à un droit additionnel prohibitif pouvant aller jusqu’à 315 € ou 430 €/t trois ans après le début de l’application des mesures. Pour l’exécutif européen, l’objectif est double : affecter les capacités de la Russie à mener sa guerre d’agression mais surtout réduire sa dépendance aux importations de Russie et du Bélarus.

Indépendance

Dans un communiqué paru le 27 janvier, les fabricants français d’engrais de l’Unifa alertaient d’ailleurs les autorités sur l’augmentation des importations d’engrais russes depuis 2021. Ainsi, sur l’année 2024, ils s’attendent à une stabilisation, à un niveau toutefois significativement plus élevé qu’il y a trois ans (402 000 t). Et d’ajouter que parmi les 750 000 t importés en France en 2023, la majeure partie concerne ceux à base d’azote, soit environ 490 000 t. Même constat chez les représentants de l’industrie européenne des engrais (Fertilizer Europe) qui évoquaient en novembre une hausse de 117 % d’augmentation des importations d’urée de Russie entre 2020-2021 et 2023-2024.

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En parallèle, la proposition comprend des mesures d’atténuation, au cas où les agriculteurs de l’UE subiraient une augmentation substantielle des prix des engrais. « Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour protéger notre industrie des engrais et nos agriculteurs », indique le commissaire européen au Commerce international, Maros Sefcovic. Pendant la période de transition, des droits prohibitifs seront introduits dans le cas où des produits russes ou bélarusses seraient importés au-delà de certains volumes spécifiés. Mais la Commission reste confiante quant à la possibilité de diversifier les sources d’approvisionnement, aussi bien depuis les pays tiers que dans l’UE.

Diversification

Cependant cette proposition inquiète dans les rangs des organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) qui regrettent « une mesure qui aura un impact sévère sur la production agricole et la compétitivité ». En dépit des assurances de l’exécutif européen, celles-ci soulignent que « les agriculteurs n’ont aucune garantie que la pénurie sera compensée par une augmentation de la production nationale à un prix compétitif ». Elles estiment, en outre, qu’une telle décision risque d’entraîner une augmentation des prix des engrais azotés « de 40 € à 45 € par tonne ». Pour faire face, elles appellent donc Bruxelles, en contrepartie, à « éliminer les droits antidumping sur les importations d’urée, de nitrate d’ammonium et de mélanges UAN en provenance des États-Unis et de Trinité-et-Tobago », à « suspendre les droits de douane conventionnels sur les importations d’urée, d’UAN, de DAP, de MAP et de NPK », mais également t, à « accorder des dérogations dans le cadre de la directive Nitrates pour permettre l’utilisation d’effluents d’élevage transformés (RENURE) au-delà de la limite actuelle de 170 kg N/hectare ». « Sans une stratégie de diversification claire, les agriculteurs européens se retrouveront bientôt dos au mur », justifient-elles.

Pour pouvoir entrer en application, la proposition doit, à présent, être validé, par les colégislateurs, le Conseil de l’UE (à la majorité qualifiée) et le Parlement européen.