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Inquiétude sur une pénurie de lait bio cet hiver

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Les interrogations vont bon train sur un éventuel manque de lait bio dans les prochains mois, sous l’effet des aléas climatiques, de décapitalisations potentielles et d’une reprise de la consommation.

Y aura-t-il assez de lait bio cet hiver ? La question se pose de façon de plus en plus aigue actuellement face à une situation de la filière laitière biologique des plus délicates. « Certains opérateurs s’interrogent désormais sur les disponibilités en lait bio dans les prochains mois. La reprise de la demande intervient en effet dans un contexte où la production est fragilisée par les aléas climatiques, qui affectent les fourrages et la production laitière, tandis que le nombre de livreurs a récemment fortement diminue » », a résumé fin septembre l’Idele dans sa note de conjoncture laitière.

La collecte de lait bio baisse depuis le printemps, à cause de décalages de vêlages liés à la FCO de 2025, et en juillet elle était encore en recul de 6,2% par rapport à juillet 2025. « Les nombreux arrêts observés en 2025 (217 arrêts d’activité en lait bio dont 62% d’arrêts de certification) ont fortement affecté le niveau de collecte en 2026 », atteste l’Idele.

Baisse du nombre de livreurs

« Sur une année, on constate toujours une baisse des livreurs de l’ordre de 5%, ceux qui restent ont des troupeaux plutôt moins importants en nombre de têtes et le manque de fourrages entraîne une production plus faible par vache. Tout cela concoure à faire baisser le volume total de lait produit », constate Corentin Puvillant, économiste au Cniel (interprofession).

Car les vagues de chaleur et la sécheresse qui en a découlé au cours de l’été ont raréfié les pâturages disponibles. « Même s’il est impossible de prédire avec précision les conséquences du stress hydrique subi cet été tant cet épisode a été unique », poursuit-il, il faut remarquer que « la production bio est tout particulièrement sensible aux épisodes de stress hydrique car il s’agit d’un système de production plus herbager. Le pâturage y est moins couteux, mais en cas de manque, l’achat de fourrage pèse d’autant plus dans la trésorerie ».

« On n’a pas encore de chiffres précis sur les volumes de lait bio en août, mais une tendance baissière se dessine à travers les retours que nous avons des opérateurs. On observe une nette baisse de la production par rapport aux année précédentes », selon corentin Puvilland.

Au niveau des exploitations, deux cas de figure se présentent : ceux qui ont anticipé, en stockant des fourrages, et ceux qui se retrouvent sans stock et qui devront puiser dans leur trésorerie, s’ils le peuvent. Dans le cas contraire, ils seront tentés de décapitaliser. « Ce qui est très inquiétant, c’est le risque de décapitalisation. S’il se confirme, il est ensuite très compliqué de reconstituer un nombre suffisant de vaches. Le potentiel de production est alors affecté sur la durée ». Les premiers retours des opérateurs consultés par le service économique du Cniel indique qu’il y a plus de décapitalisation dans les élevages laitiers bio par rapport aux élevages conventionnels.

Espoir d'un reprise à venir

Pourtant, même si la tendance de la collecte est baissière en volume, quelques « signaux faibles » redonnent espoir en une reprise future de la production de lait bio en France. Selon la note de conjoncture laitière bio du 3e trimestre 2026 du Cniel, la collecte nationale de lait bio était en recul de 4,1% en 2025, mais de 2,8% sur les sept premiers mois de 2026. Le nombre de livreurs voit aussi sa baisse ralentir : 3495 en juillet 2026, à -4,9%, contre -7% un an avant.

Biolait, premier collecteur de lait bio en France, constate de son côté, « une forte hausse des demandes d’adhésion à Biolait : trois fois plus de demandes au cours des huit premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025. On constate des recréations de cheptel à partir d’exploitations non laitières ou anciennement laitières », atteste Philippe Marquet, président de Biolait. Mais son cas paraît isolé car nombre de laiteries de souhaitent pas encore attirer de nouveaux producteurs de lait bio.

Car le marché retrouve quelques couleurs. Les fabrications sont ainsi en hausse sur les douze derniers mois, à +2% en équivalent lait. C’es nouveau car elles étaient en recul de 4% en 2025 par rapport à 2024. Elles sont portées principalement par les produits laitiers frais (+10%), les poudres de lait (+23%) et les fromages (+7%). Dans des grandes surfaces, les ventes sont repassées dans le vert (+2%) pour la première fois en en 2026, après quatre années consécutives de repli. Cette dynamique suit celle déjà enclenchée dans les magasins spécialisés depuis déjà deux ans.

Plutôt que de pointer un manque de lait bio si le marché poursuit sur sa lancée, Philippe Marquet suggère de mieux valoriser le lait bio déjà disponible, notamment en orient les volumes plus importants au printemps vers les fromages de garde, plutôt que vers l’ultra-frais.

CB

"On n’a pas encore de chiffres précis sur les volumes de lait bio en août, mais une tendance baissière se dessine à travers les retours que nous avons des opérateurs."