Lors du Sommet de l’élevage le 7 octobre, l’Idele et la chambre d’agriculture de l’Indre ont présenté une étude sur l’impact économique de la sécheresse dans deux élevages du bassin charolais. Les pertes s’avèrent lourdes, quelle que soit la stratégie d’adaptation choisie.
Les pertes causées par la sécheresse peuvent atteindre jusqu’à 450 €/UGB (unité gros bovin) pour un élevage bovin viande du bassin du Charolais, selon une étude de l’Institut de l’élevage (Idele) et de la chambre d’agriculture de l’Indre, présentée au Sommet de l’élevage le 7 octobre. Dans le pire des cas, l’élevage étudié peut voir son EBE divisé par deux. D’où ce commentaire de Christèle Pineau, de l’Institut de l’élevage, face à l’ampleur historique de la sécheresse de 2026 : « Très peu de systèmes peuvent résister à une telle pression. »
L’étude porte sur deux cas-types du réseau d’élevages Inosys, un naisseur (110 vêlages, 165 ha de SAU) et un naisseur-engraisseur (80 vêlages, 140 ha), tous deux en systèmes à dominante herbagère. Les auteurs ont comparé un scénario 2026 hypothétique sans impact de la sécheresse avec plusieurs scénarios d’adaptation, comportant tous des achats de fourrages à l’extérieur pour un « affouragement estival » de quatre mois (juillet à octobre inclus). Principales variables : l’effectif et les catégories d’animaux à nourrir, qui dépendent de la stratégie choisie.
EBE divisé par deux dans le pire des cas
En naisseur-engraisseur, l’achat de fourrages seul, sans modifier la conduite d’élevage (scénario 1), coûte 310 €/UGB et fait fondre l’EBE de 37 % (à 74 000 €, contre 126 000 € dans le scénario sans sécheresse). Un montant cohérent avec les chiffres communiqués cet été par la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA), qui demandait 300 €/UGB pour acheter des fourrages. Dans le scénario n°2, l’alimentation des jeunes bovins est adaptée (ration sèche en finition), avec un impact économique de la sécheresse comparable, bien qu’un peu plus prononcé : -319 €/UGB, -42 % d’EBE.
Le troisième scénario simule, lui, une réorientation plus profonde, avec un arrêt de l’engraissement des mâles, vendus en broutards repoussés. Un choix qui réduit les pertes liées aux achats de fourrages (-256 €/UGB), mais provoque un manque à gagner lors de la vente des broutards, moins rémunérateurs que les JB (-195 €/UGB). L’impact cumulé atteint les 451 €/UGB et, dans ce cas-là, l’EBE est plus que divisé par deux (à 57 000 €). « Même en situation de sécheresse, l’engraissement a toujours un intérêt économique », en conclut Claude Vincent, de la chambre d’agriculture de l’Indre. Enfin, en système naisseur, l’impact est également sévère (400 €/UGB, -45 % d’EBE, à 80 000 €), malgré des adaptations (sevrage plus précoce des veaux).
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Les pertes réellement subies par les élevages bovins sont probablement encore plus lourdes que celles estimées par l’étude. Les auteurs ont arrêté leurs chiffres au 20 septembre, sachant que les prix des fourrages « ont fortement augmenté depuis », note Christèle Pineau. L’experte de l’Idele ajoute que plusieurs paramètres n’ont pas été pris en compte : temps de travail supplémentaire et charges de mécanisation liés à la distribution de fourrages, conséquences du manque d’eau sur les performances zootechniques. Par ailleurs, l’évaluation de la production fourragère « nécessite des recherches et des remontées de données supplémentaires », souligne la présidente de l’Idele Maryvonne Lagaronne. En particulier sur le comportement des plantes face à l’enchaînement de situations climatiques exceptionnelles, selon cette éleveuse des Pyrénées-Atlantiques.
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Au-delà de l’impact économique, sur le terrain, les achats de fourrages butent sur un manque criant de disponibilité. « J’ai un peu de trésorerie pour acheter du fourrage, mais je n’en trouve pas », a témoigné lors de la conférence Guillaume Gauthier, éleveur en Saône-et-Loire et vice-président de la FNB (producteurs de bovins viande, FNSEA). « On va consommer deux bilans fourragers en un an, et on n’ira pas jusqu’au bout de l’année », s’inquiète-t-il. Malgré de premiers appels à préparer la campagne fourragère 2027, « les éleveurs ont du mal à regarder après la fin 2026 ».
YG