Au sein de la FNSEA, les syndicats d’éleveurs de ruminants et céréaliers ont fait leurs comptes : les premiers ont besoin de 5 milliards d’euros pour acheter des fourrages, et les seconds essuient plus de 6 milliards d’euros de pertes.
Alors que la présentation du plan CASI (aide d’urgence face à la sécheresse) a été retardée de quelques jours, la FNSEA a précisé ses demandes lors de sa conférence de presse de rentrée, le 2 septembre. « Notre préoccupation numéro un, c’est l’impulsion qui va être donnée pour assurer la continuité de la production agricole », résume son président Arnaud Rousseau. Notant que « de nombreux agriculteurs n’y croient plus », le syndicaliste veut « absolument éviter le sur-accident » pour la campagne à venir en cas d’abandon de production (jachère ou décapitalisation). Un sujet sur lequel a également insisté la ministre de l’Agriculture dans ses interventions médiatiques tout au long de l’été.
Dans le détail, le secrétaire général Hervé Lapie a listé les demandes de la FNSEA : « fonds d’allègement des charges massif à la main des préfets » ; prolongation jusqu’au 31 décembre des aides pour l’achat de GNR et d’engrais ; suspension de la TFNB et de la RPD ; « aménagements bancaires » ; prise en charge des cotisations sociales ; versement des aides Pac « le plus rapidement possible » ; « activation de l’ISN » et de l’assurance récolte ; réouverture des négociations commerciales ; parution des décrets d’application de la loi d’urgence.
L’obligation d’implanter des Cipan « agace »
Le syndicat souhaite aussi « que l’administration soit au service des agriculteurs » et qu’elle fasse preuve de « mansuétude sur des écarts mineurs à la législation », notamment au sujet des couverts végétaux ou des jachères fleuries. « Implanter une culture intermédiaire piège à nitrate (Cipan, NDLR) coûte environ 90 €/ha, rappelle Hervé Lapie. C’est de l’argent qu’on pourrait laisser dans les exploitations pour investir dans la campagne 2027. » D’autant que, « dans certains territoires, il n’a pas plu depuis des mois », rappelle Arnaud Rousseau. Selon lui, « l’obligation d’implanter des Cipan agace tous les agriculteurs, alors qu’on sait que ces cultures ne vont pas piéger les nitrates » si elles ne lèvent pas. Pour rappel, certains départements ont déjà mis en place des dérogations pour pouvoir valoriser les jachères ou lever l’obligation d’implanter des couverts. Au-delà des pouvoirs publics, la FNSEA demande un « effort » à l’ensemble de l’écosystème alimentaire (filières, banques, assurances, consommateurs).
De leur côté, les Jeunes agriculteurs ont aussi avancé, dans un livre blanc présenté le 31 août, leurs propositions face aux aléas climatiques. Le syndicat veut des aides à la trésorerie et des aides sociales : prise en charge des cotisations MSA et dégrèvement total de la TFNB ; relèvement du plafond de l’épargne de précaution (à 80 000 €) avec une exonération fiscale portée à 100 % ; lancement de prêts garantis par l’État à taux nul pour les jeunes installés depuis moins de cinq ans ; gel des fermages.
Demande de 450 €/ha en grandes cultures
En conférence de presse, le président de la FNSEA a répété, comme il l’a déjà fait cet été, que l’agriculture aura besoin de « plusieurs milliards d’euros », sans préciser de montant. « On ne veut pas sortir trop tôt, a-t-il expliqué. Annoncer un chiffre, c’est s’interdire d’agir sur tous les leviers », alors que le syndicat compte « solliciter les régions » pour des aides aux agriculteurs. Sans compter que la situation est encore évolutive : « Les viticulteurs n’ont pas encore communiqué, car ils veulent attendre la fin des vendanges. Mais, là aussi, ça se compte en milliards. » Et de préciser : « On n’attend pas de l’État qu’il compense à un pour un. »
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Certaines filières ont déjà en partie fait leurs comptes, avec des résultats impressionnants. Ainsi, la dégringolade de la récolte française 2026 engendrerait un manque à gagner pour les producteurs estimé à environ 6,5 milliards d’euros (Md€), estiment les associations spécialisées de grandes cultures de la FNSEA (1), dans un communiqué du 1er septembre. Elles réclament une aide directe à la trésorerie des producteurs de 450 €/ha dans le cadre du plan gouvernemental Casi (canicule, sécheresse, incendies). Les baisses de production s’élèveraient, pour l’instant, à 45 % en maïs, à 30 % en tournesol, à 23 % en pommes de terre, à 20 % en betteraves et à 11 % en céréales à paille.
Aide publique de 300 €/UGB
« L’objectif doit être de sécuriser la mise en place des prochaines campagnes. Afin de continuer à nourrir l’ensemble des Français, les producteurs attendent un soutien économique massif et simple à mettre en œuvre », préviennent les syndicats. Elles rappellent qu’aucun territoire n’échappe actuellement « à la crise climatique et économique qui frappe les grandes cultures. Les exploitations situées en zones intermédiaires et à faible potentiel, déjà fragilisées structurellement, en constituent l’illustration la plus sévère ».
De leur côté, les quatre associations spécialisées d’éleveurs de ruminants de la FNSEA (2) ont estimé que « l’enveloppe nécessaire au maintien des troupeaux herbivores en France s’élève […] à 5,4 Md€ ». Cette somme correspond aux seuls besoins d’achats de fourrages (pour un coût estimé à 200 €/t), sachant que les syndicats « corroborent » la chute de 50 % des stocks estimée par les préfets. Les représentants des éleveurs demandent une enveloppe de 3 Md€ d’aides publiques, soit environ 300 €/UGB (unité gros bovin) pour les 10,6 millions d’UGB présents en France (bovins, ovins et caprins). Outre les dispositifs habituels (dégrèvement de la TFNB, exonérations MSA, etc.), cette somme comprendrait aussi une « aide de crise », ainsi que l’indemnité de solidarité nationale (ISN) dans le cadre de l’assurance récolte.
Pour couvrir le reste des besoins (soit 2,4 Md€), les syndicats d’éleveurs appellent leurs filières respectives à « revaloriser » les prix à la production. Ces derniers mois, de nombreux éleveurs ont vu leurs prix de vente chuter (environ 300 € par vache allaitante, 80 €/1 000 l de lait), « sans répercussion sur les prix à la consommation », font-ils valoir.
JCD, KC YG