Agra Fil du 28 octobre 2026

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Irrigation : des ministres de l'Agriculture poussent pour faciliter l'accès à l'eau

Alors que la Commission européenne a annoncé au mois de septembre le lancement d’une initiative européenne sur l’eau, la France, avec le soutien d’une dizaine d’Etats membres, a demandé le 26 octobre des dispositions pour favoriser l’accès à l’eau pour les agriculteurs. Il ne faut plus « écarter par principe l’extension d’hectares irrigués car cela ne signifie pas nécessairement plus de prélèvements », a souligné la ministre Annie Genevard lors du conseil des ministres de l’UE à Luxembourg. Et il ne faut « pas s’interdire de prélever plus d’eau durant l’hiver », a-t-elle ajouté. En matière d'adaptation au changement climatique, le document préparé par Paris et cosigné par le Portugal, la République tchèque, la Hongrie, la Slovaquie et Chypre précise aussi que la Pac doit « sortir d’une simple logique de compensation et rémunérer les agriculteurs au-delà des surcoûts engendrés par les pratiques favorables déployées ». Il est également proposé que les futurs fonds des plans de partenariat nationaux et régionaux qui seront fléchés vers la ruralité au titre de la « cible rurale » permettent« de cibler l’enjeu de l’accès à l’eau dans les territoires, afin d’investir en particulier dans les projets multi-usages ». 

Captages d'eau potable : les associations spécialisées de la FNSEA écrivent à Lecornu

Les associations spécialisées grandes cultures de la FNSEA (AGPB, AGPM, CGB, FOP, UNPT) ont adressé le 26 octobre une lettre au Premier ministre afin de dénoncer les effets sur l’agriculture des projets de décrets relatifs à la protection des captages d’eau potable. Les nouveaux seuils réglementaires proposés, jugés trop bas, affecteraient plus d’un million d’hectares agricoles, dont 80 % seraient situés au nord de la Loire, dans d’importants bassins de production de grandes cultures : « Hauts-de-France, Normandie, Grand Est, Centre-Val de Loire et Île-de-France ». Raison pour laquelle, en plus des ministres de l’Agriculture et de la Transition écologique, le courrier a été envoyé en copie aux présidents des régions citées. Les professionnels demandent l’arbitrage politique du Premier ministre avant toute publication des décrets. En plus de la révision des seuils de classement des captages prioritaires, les associations rappellent leurs principales exigences : respect des dispositions de la loi d'urgence concernant les pollutions historiques et instauration d’un dispositif de financement des adaptations des pratiques agricoles « permettant de prendre en charge l’ensemble des conséquences économiques supportées par les exploitations ».

HVE : le ministère corrige ses chiffres de certification, «rupture» de dynamique confirmée

Le ministère de l'Agriculture a récemment publié le nombre d'exploitations certifiées en Haute Valeur Environnementale (HVE) pour le second semestre 2025 et corrigé nettement les chiffres du 1er semestre 2025. Ainsi ce n'étaient pas 39 768 exploitations qui étaient certifiées au 1er juin 2025, mais 36 464. Et 35 144 exploitations agricoles étaient certifiées au 1er janvier 2026, soit une diminution de l’ordre de 3 % par rapport au 1er janvier 2023, début de la période de transition entre les versions 3 et 4 du cahier des charges. Ces chiffres confirment une «rupture» de dynamique depuis 2023 (voir notre enquête), après la «forte progression qui prévalait depuis 2020», commente le ministère, qui estime toutefois que la baisse reste «modeste» et la période de transition a permis de conserver «la majorité des exploitations» malgré les nouvelles exigences du référentiel. Selon les filières, les dynamiques divergent. Entre les versions 3 et 4, les baisses du nombre d'exploitation certifiées concernent la polyculture-bovins viande (-769 exploitations), les grandes cultures (-627), le bovins viande (-359), le bovins lait (-180), le maraîchage (-171) et l'arboriculture (-153). Elles masquent des hausses en polyculture-élevage -hors bovins viande- (+878), viticulture (+368 ), élevage équin (+180) et l’horticulture (+77 ). 

Bio/installation : la Fnab réclame un module obligatoire dans le stage 21 heures

La Fnab (agriculture bio) s’est opposée le 27 octobre à un cadrage départemental de France Services agriculture, réclamant un module bio obligatoire dans le stage préinstallation dit « 21 heures ». « En mars 2026, conformément aux exigences de la LOA, le ministère de l’Agriculture avait inscrit l’agriculture biologique parmi les contenus obligatoires qui seront proposés sur le terrain aux porteurs de projet dans le cadre du service public de l’installation », déclare-t-elle dans un communiqué. « Le sujet n’est plus d’actualité : les contenus proposés seront différents dans l’ensemble des départements et le module bio obligatoire a disparu des textes cadres », dénonce la fédération. Pour rappel, la loi d’orientation agricole (LOA) instaure France Services Agriculture, dès le 1er janvier 2027, pour accompagner chaque personne souhaitant s’installer. Ce nouveau guichet inclut l’actuel stage collectif dit « 21 heures ». La Fnab demande qu’un module bio soit rendu obligatoire. « La loi est claire : elle dit que les politiques de l’installation doivent favoriser le développement de la bio », déclare le coprésident de la Fnab Loïc Madeline. « Il faut aller au bout du processus et ne pas faire demi-tour à mi-chemin. Si on laisse chaque département décider, il n’y aura plus aucune cohérence entre les territoires. » 

Négociations commerciales: réunion entre industriels et distributeurs reportée au 2 novembre

La réunion initialement prévue  le 28 octobre à Bercy entre les distributeurs et industriels de l’agroalimentaire, en amont de l’ouverture des négociations commerciales, a été repoussée au 2 novembre, a indiqué le cabinet du ministre du Commerce à l’AFP. Ce report est dû à un conflit d’agenda, les ministres concernés - Serge Papin pour le Commerce et Annie Genevard pour l’Agriculture - se devant d’être présents le 28 octobre au matin au Conseil des ministres qui a été décalé, a précisé le cabinet, confirmant une information du média spécialisé LSA. Les principaux distributeurs avaient menacé le 23 octobre de boycotter cette réunion avec les industriels qu’ils ont appelés à plus de «transparence». Ces derniers avaient dénoncé en retour un «cynisme» indécent. La FCD (grandes surfaces) avait affirmé qu’elle ne «participera(it) pas» à ce comité de préparation «tant que deux exigences fondamentales n’auront pas été reconnues et partagées par tous», avait-elle annoncé dans un communiqué. Elle avait cité «la transparence» sur les coûts de la matière première agricole et un traitement différencié pour les PME. Cet ultimatum avait suscité l’ire de l’Ania (agroalimentaire). «De qui se moque-t-on?», avait réagi son président, Jean-François Loiseau, dans une déclaration transmise à l’AFP. «Le cynisme des distributeurs dépasse la décence», avait-il ajouté, leur reprochant de refuser «depuis le début de la crise au Moyen-Orient de prendre en compte les surcoûts» supportés par les entreprises agroalimentaires.

Volaille : la maladie de Newcastle de retour au Brésil après deux ans d’absence

La maladie avicole de Newcastle revient au Brésil alors que le pays en était exempt depuis 2024. Dans des notes officielles , les 18 et 25 octobre, le ministère de l’agriculture a annoncé la confirmation de deux cas dans deux communes voisines à l’ouest de de l’Etat de Santa Catarina. Le deuxième cas a été détecté grâce à la surveillance renforcée autour du premier. Comme l’a rapporté le site CanalRural le 26 octobre, le Centre des opérations d'urgence en santé animale (Coes) avait achevé le 24 octobre, la première phase de surveillance dans tous les établissements commerciaux situés dans la zone d'urgence sanitaire, soit l'inspection de plus de 160 exploitations commerciales et de 317 élevages pour l'autoconsommation ainsi que le prélèvement de 78 échantillons destinés à des analyses en laboratoire. Le ministère précise dans sa note du 25 octobre que les services vétérinaires ont également détecté des pigeons infectés par le paramyxovirus aviaire de type 1 (PPMV-1) [une variante de Newcastle] en dehors de la zone, « sans lien épidémique » avec l’infection en élevages commerciaux. L’Etat de Santa Catarina où est apparu la maladie de Newcastle est le deuxième bassin de production avicole du Brésil. 

Tomate : le tout jeune Label Rouge a de nouveau progressé en volumes en 2026

Créé en 2024, le label Rouge tomates achève sa saison 2026 sur un bilan positif, annonce l’Association des fruits et légumes du Lot-et-Garonne (AIFLG), porteuse du label, dans un communiqué de presse du 27 octobre. Les volumes commercialisés ont progressé de 18% en un an pour atteindre 200 tonnes, contre 170 tonnes l’année précédente. « La saison a été marquée par les aléas climatiques : des épisodes de fortes chaleurs et de sécheresse qui ont ralenti la production durant l'été, malgré une progression globale des volumes », analyse l’AIFLG. La cerise grappe demeure le produit star : elle représente 66% du total des volumes avec 132 tonnes commercialisées en 2026 (contre 136 tonnes en 2025, soit un léger recul de 3%). La dynamique a été marquée pour la tomate ronde en grappe dont les volumes ont plus que doublé en un an pour atteindre 69,1 tonnes, contre 33 tonnes en 2025. « Cette forte  progression montre que la filière parvient progressivement à développer ses volumes et à installer différents segments », se félicite Félix Pizon, directeur de l’AIFLG. Au lancement de la campagne, les tomates Label Rouge étaient commercialisées en moyenne 20 à 25% au-dessus du prix des tomates standards, « un différentiel lié aux exigences de production et aux critères de qualité imposés par le label ». La production française de tomates (toutes catégories) se situe autour de 500 000 tonnes.

Fruits tropicaux : la dérive climatique offre des perspectives de production en UE (rapport)

Le service études de Rabobank a publié le 8 septembre 2026 un rapport sur les possibilités de développer la production de fruits tropicaux en Europe, alors que la demande européenne ne cesse de croître et que le changement climatique redistribue les aires propices à leur production. Si la consommation européenne totale de fruits et légumes stagne, celle de fruits exotiques est particulièrement dynamique, tirée avant tout par la consommation de bananes, d’avocats, d’ananas et de mangues. Or, 90 % des fruits tropicaux consommés en Europe sont importés de pays tiers, lesquels sont de plus en plus confrontés à des vagues de chaleur extrêmes et à la diminution voire la raréfaction des ressources en eau, en raison du changement climatique. Selon les autrices, le potentiel de production en Europe est réel. La hausse des températures et la diminution des jours de gel accroissent en effet la période de végétation favorable à ces cultures. Cette perspective se limite toutefois à certains territoires, où des conditions climatiques favorables se conjuguent à un accès fiable à l’eau, des capacités de production suffisantes, des infrastructures adaptées et des débouchés sur des marchés haut de gamme. À l’horizon 2050, les projections identifient notamment le pourtour méditerranéen et la façade atlantique, où les conditions thermiques devraient devenir de plus en plus favorables à ces cultures à l’intérieur des terres, y compris dans le sud et le sud-ouest de la France. 

Fruits et légumes: au Royaume-Uni, besoin d'un plan face aux risques de pénurie (rapport)

Le gouvernement britannique devrait se doter d’un plan visant à accroître la production nationale de fruits, de légumes et de légumineuses afin de limiter les risques de pénuries liés au changement climatique, estime l’organisation caritative The Food Foundation dans un rapport publié en août 2026. À l’heure actuelle, le Royaume-Uni importe 80 % de ses fruits et 47 % de ses légumes, notamment de pays vulnérables au changement climatique et au manque d’eau. Une situation qui représente une « véritable menace » pour la sécurité alimentaire du pays, prévient l’association. Selon les auteurs du rapport, développer la production nationale de fruits, légumes et légumineuses permettrait notamment d’accroître de 3 % les bénéfices du secteur agricole britannique. Ils recommandent d’inscrire dans une loi sur l’alimentation saine des objectifs contraignants à l’horizon 2040 pour augmenter la consommation de fruits et légumes chez les enfants et la part de l’approvisionnement issue de la production britannique. Ils préconisent aussi d’accroître les aides aux producteurs, de mieux les adapter aux petites exploitations et de créer un fonds de soutien aux fermes maraîchères périurbaines, actuellement exclues des aides. Les auteurs soulignent enfin la nécessité de rendre les fruits et légumes plus accessibles, alors que la hausse des prix contraint les ménages modestes à réduire leurs achats.

Pollinisation artificielle : les robots terrestres, solution la plus prometteuse (étude)

Les robots terrestres constituent la solution la plus prometteuse pour assurer la pollinisation artificielle à grande échelle, à moyen et long terme, révèle une étude publiée dans le Journal of Field Robotics le 2 septembre. Face au déclin des pollinisateurs naturels, la pollinisation manuelle à grande échelle est pratiquée, mais elle reste chère : par exemple, sa mise en œuvre dans l’ensemble des vergers de pommiers aux États-Unis coûterait 880 millions de dollars. L’étude passe en revue dix ans de progrès en matière de pollinisation robotisée, distinguant les robots aériens des robots terrestres. La première catégorie regroupe les microrobots biomimétiques, conçus pour reproduire le vol et l’action des insectes polinisateurs, et les drones. Malgré d’importants progrès, les microrobots demeurent expérimentaux, en raison notamment de leur autonomie et de leur poids de charge limités. Les drones constituent quant à eux une solution envisageable sur le plan commercial mais leur déploiement est freiné par des coûts opérationnels et des contraintes règlementaires. De leur côté, les robots terrestres ont connu des avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle, notamment en matière de vision par ordinateur, qui améliorent leur navigation dans les parcelles, la détection des fleurs et le dépôt ciblé du pollen. Leur précision et leur fiabilité doivent toutefois encore progresser avant de pouvoir les déployer à grande échelle.