Agra Fil du 26 octobre 2026

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Sécheresse : dérogation quasi-générale aux couverts végétaux hors zones vulnérables

En raison de l'ampleur de la sécheresse de cette année, la ministre de l'Agriculture a fait paraitre ces derniers jours, un décret et un arrêté permettant aux agriculteurs de déroger, pour la campagne 2026, aux obligation de couverture des sols de la BCAE 6, mais seulement en dehors des zones vulnérables (directive Nitrates), qui couvrent la moitié nord de la France. L'arrêté précise que cette dérogation s'applique «dans les départements hexagonaux et en Corse, à l'exception des départements du Vaucluse, des Bouches-du-Rhône, des Hautes-Alpes, des Alpes de Haute-Provence et des Alpes-Maritimes.» Au titre de la BCAE 6, les agriculteurs doivent habituellement disposer d'une couverture végétale pour une durée d'au moins six semaines, comprises entre le 1er septembre et le 30 novembre (en cas d'intercultures longues). En cas de conditions climatiques exceptionnelles, les agriculteurs peuvent adresser des demandes de dérogation individuelle aux préfectures. «Cette dérogation étant généralisée, aucune demande individuelle n'est à effectuer et aucun contrôle ne sera réalisé sur ce critère pour les parcelles concernées», décrypte la chambre d'agriculture de l'Allier dans une récente note. «Les exploitants concernés doivent simplement mentionner l'absence d'implantation du couvert dans leur cahier d'enregistrement». Lors de la présentation du plan Casi, la ministre avait invité les préfets «à examiner avec pragmatisme les situations locales et les demandes de dérogation, notamment concernant l’implantation ou la durée de présence des cultures intermédiaires.»

Eau : un arrêté en consultation pour faciliter les retenues de 1 ha ou moins en zones humide

Comme inscrit dans la loi d’urgence agricole du 18 août, un projet d’arrêté, soumis à consultation publique du 14 octobre au 9 novembre, prévoit d’assouplir les règles d’implantation des plans d’eau d’une surface inférieure à un hectare en zone humide. Selon le texte de présentation de la consultation, les porteurs de projets seront dispensés de la démonstration actuellement exigée par l’article 4 de l’arrêté du 9 juin 2021, afin de simplifier les démarches administratives dans le cadre de l’élaboration des dossiers « loi sur l’eau ». Ils resteront toutefois soumis aux procédures de déclaration ou d’autorisation prévues par la loi sur l’eau, ainsi qu’aux obligations de respect de la démarche « éviter, réduire, compenser » et de compatibilité aux schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) et des schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage), lorsqu’ils existent. Un assouplissement similaire avait été introduit par un arrêté ministériel du 3 juillet 2024. Le Conseil d’État avait toutefois annulé cet arrêté le 2 mars 2026, au nom du principe de non-régression environnementale.  L’article 28 de la loi d’urgence agricole du 18 août a depuis écarté l’application de ce principe de non-régression aux règles encadrant les plans d’eau dont la surface implantée en zone humide est inférieure à un hectare. 

Plan de relance: les bons et les mauvais points du dispositif, selon l'I4CE

Le «plan de relance agricole» du gouvernement doit privilégier la reconfiguration des filières pour «bâtir des systèmes moins vulnérables aux aléas climatiques et géopolitiques», au-delà de l’adaptation des bâtiments d’élevage et du stockage de l’eau, ont plaidé le 23 octobre Lucile Rogissart et Maria Siefert, de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), dans un éditorial qui accompagne une étude sur les soutiens publics aux investissements agricoles et alimentaires (voir ci-dessus). Dans leur éditorial, les deux autrices soulignent que l’enveloppe du plan de relance pour 2027, bien que conséquente, «ne suffira pas à faire la transition complète du modèle agricole français». «Pour sécuriser les agriculteurs et la production agricole, l’adaptation aux effets du changement climatique est évidement nécessaire, mais pas suffisante. Il faut aussi réduire les dépendances aux importations d’intrants critiques, dont les énergies fossiles, les engrais et les tourteaux de soja», plaident-elles. Ainsi, elles jugent que l’adaptation des bâtiments à la chaleur et la construction d’ouvrages de stockage d’eau doit s’accompagner d’une réflexion plus large sur la transition agro-écologique et la réduction des dépendances. Le financement de «projets d’avenir» leur paraît être un dispositif pertinent. Elles appellent toutefois l’État à compléter cette aide à l’investissement par une «aide à l’accompagnement» de ces projets. Pour garantir l’efficacité de ces projets et des prêts à taux zéro, il faudrait qu’ils intègrent des critères pour garantir leur «compatibilité (...) avec les projections climatiques et de ressources en eau dans le territoire» et «leur contribution à la diversification des productions» ainsi qu’à «l’indépendance stratégique vis-à-vis de produits critiques fortement importés (énergie fossile, engrais, tourteaux de soja)», estiment enfin les autrices.

Aides à l'investissement : 10% fléchées vers les «transitions structurelles» entre 2022 et 2024 (étude)

Une étude de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), écrite avec la chercheuse Olia Tayeb Cherif et publiée le 23 octobre, montre qu’entre 2022 et 2024, les secteurs agricoles et alimentaires ont bénéficié d’environ 2 milliards d’euros par an de soutiens publics (européens, nationaux ou locaux) pour leurs investissements physiques hors foncier (bâtiments, matériels, plantations...). Cette période fut «une parenthèse de soutien élevé à l’investissement (avec les plans France Relance et France 2030 post-Covid, NDLR), a priori appelée à se refermer» avec les contraintes budgétaires, rappellent les autrices. Sur ces 2 milliards, environ 30 % (600 millions d’euros) ont été «au moins théoriquement orientés en faveur d’une transition plus résiliente et durable» (production d’énergies renouvelables, réduction ou optimisation des consommations d’énergie, d’eau et de produits phytosanitaires et d’engrais), même si, dans les faits, ces objectifs n’ont pas toujours été remplis. Seulement 10 % de ces 600 millions ont financé «des transitions structurelles» : diversification des productions végétales, accompagnement de la diminution ou de la réorganisation des cheptels d’élevage, développement de l’agriculture biologique, relocalisation des cultures pérennes dans des zones climatiques plus favorables. Ces transitions structurelles impliquent des «reconfigurations particulièrement importantes à l’aval (silos, abattoirs, laiteries, etc.), maillon qui ne bénéficie pourtant que de très peu de soutiens aux investissements», selon l’étude.

Sucre/nutri-score/sécu : rejet du PLFSS à l’Assemblée, retour au texte initial au Sénat

Après l'avoir largement vidé de sa substance lors de débats menés dans un hémicycle clairsemé, les députés ont rejeté vendredi 23 octobre, à la quasi-unanimité, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027, renvoyant ainsi le texte directement au Sénat. La chambre haute s'emparera donc le 9 novembre dans son hémicycle du texte initial du gouvernement. Les députés n'ont même pas discuté de l'intégralité du texte : en milieu de journée vendredi, ils ont rejeté la partie portant sur les recettes de la Sécurité sociale par 115 voix contre une. Les groupes Renaissance, MoDem et Horizons se sont majoritairement abstenus, tandis que les autres groupes ont très largement voté contre. Ce rejet des « recettes » a ainsi coupé court aux discussions, une adoption étant nécessaire pour étudier ensuite la partie portant sur les dépenses. La copie de l’exécutif qui sera soumise au Sénat propose notamment de créer une allocation de remplacement pour les agriculteurs parents d’un enfant gravement malade ou porteur d’un handicap (article 36). Elle prévoit aussi l’extension de la « taxe soda » à certains produits sucrés préemballés (article 8). En revanche, le texte sur lequel se pencheront les sénateurs ne comprendra pas l’affichage obligatoire du Nutri-Score, qui avait été ajouté par les députés en commission après l'article 8 (puis rejeté en séance publique).

Négociations commerciales : la FCD met la pression avant la réunion à Bercy ce lundi

La FCD (distributeurs) a lancé un pavé dans la mare le 23 octobre en annonçant qu’elle ne participerait pas au comité de préparation des négociations commerciales le 28 octobre à Bercy, autour du ministre Serge Papin (Commerce), sauf si ses demandes sont satisfaites. La FCD émet « deux exigences » qui « sont des préalables non négociables : la « transparence » (en demandant qu’apparaisse « la part de chaque matière première agricole, ou leur part globale » dans les conditions générales de vente) et la « différenciation » entre PME et grands acteurs (car « les grands industriels doivent cesser de défendre leurs seuls intérêts au détriment des autres acteurs »). L’attitude des distributeurs a provoqué une vive réaction des autres parties prenantes au comité – Ania (industriels), Ilec (grandes marques fournisseurs de la grande distribution), Coopération agricole, Fédération des industries avicoles et Cuture Viande –, qui participeront bien à la réunion. Dans un communiqué commun, ils déplorent que « les distributeurs adressent un signal de mépris aux pouvoirs publics » et pointent une attitude consistant à « imposer ses conditions avant même d’accepter de discuter ». Ils soulignent que, « accepter leurs exigences, ou se retrouver sans interlocuteur : c’est exactement la logique du déréférencement que subissent nos entreprises ».

Malt : Malteurop (Vivescia) acquiert une malterie chinoise bas carbone

Malteurop, filiale malt du groupe Vivescia, a annoncé, le 23 octobre, l’acquisition de l’entreprise chinoise Chunlei Malting Co. Cette malterie, implantée dans la province de Jiangsu, à 300 km au nord de Shangaï, affiche une capacité de production de 220 000 t/an de malt, soit près de deux milliards de litres de bière. Malteurop renforce ainsi sa place dans ce pays, 30 ans après l’implantation de son premier site à Baoding, au sud-ouest de Pékin. Malteurop est d’ailleurs le seul acteur malteur commercial étranger en Chine. Finalisée cet été, cette opération a été célébrée le 23 octobre lors de l’inauguration officielle du site. Ce dernier possède un process industriel bas carbone, associant une production de chaleur issue à 100 % de biomasse locale (paille de riz) et d’électricité verte d’origine éolienne et solaire, avec stockage par batteries. Avec ses partenaires locaux, Malteurop entend ainsi contribuer « à accompagner la montée en gamme qualitative de la filière orge-malt-bière en s’appuyant sur les savoir-faire technologiques en matière de process industriel et de transition environnementale et bas carbone déployés dans le secteur du malt en Chine ». Le groupe Vivescia n’exclut pas de compléter cet investissement par de futures extensions de capacité de production. (Anne Gilet)

Oléagineux/chimie végétale : Avril renforce sa présence aux États-Unis

Le groupe Avril a inauguré le 16 octobre une nouvelle unité d’estérification sur le site Oleon (sa filiale spécialisée en chimie végétale) de Conroe, au Texas. Cet investissement de près de 90 M€ renforce ses capacités industrielles en Amérique du Nord et accroit le développement international de ses activités sur ce marché, porté par sa business line « Avril spécialités et Oléochimie ». « Cette nouvelle unité permet de produire localement des esters de spécialité destinés aux marchés nord-américains », pour des usages variés, « notamment dans les fluides de forage et hydrauliques, les lubrifiants à meilleur profil environnemental et les fluides pour véhicules électriques », précise le groupe. Cette activité vient compléter celles de mélange, de conditionnement, de stockage et de logistique déjà présentes sur le site depuis 2023. « Avec cette nouvelle unité, Avril fait le choix de la proximité : produire au plus près des clients, mieux comprendre leurs besoins et y répondre plus rapidement », précise Paul-Yves L'Anthoën, directeur général d'Avril. Situé au cœur d'un bassin industriel majeur de la chimie et de l'énergie aux États-Unis, le site bénéficie d'un accès direct aux matières premières, aux réseaux de transport et à des compétences industrielles qualifiées. (Anne Gilet)

Poireau : production attendue en nette baisse suite à la sécheresse (Agreste)

Selon les prévisions des services du ministère de l’Agriculture (Agreste) arrêtées au 1er octobre, la production française de poireaux, estimée à 134 700 t, reculerait de 13 % par rapport à la campagne précédente et de 17 % par rapport à la moyenne quinquennale. Les rendements seraient en forte diminution, en raison d’une croissance lente, voire arrêtée, des plants de poireau à la suite des canicules estivales. En septembre – un mois où s’amorce ordinairement un retour de volumes de production plus significatifs –, les tonnages récoltés reculeraient de 28 % par rapport à 2025. Le retour des précipitations est insuffisant pour résorber le déficit hydrique. Les pertes sont accrues sur les parcelles n’ayant pas accès à l’irrigation, les conditions sèches favorisant par ailleurs les attaques de thrips. Les poireaux peuvent être de petit calibre et nécessiter de l’épluchage, voire parfois s’avérer non commercialisables. « Le déficit de production devrait être sensible tout au long de la campagne. Cette prévision devra encore être précisée, les effets des épisodes caniculaires de cet été sur la production de l’ensemble de la campagne, étant difficiles à évaluer à ce stade », prévient Agreste. Les surfaces s’établiraient à 5 382 ha, en baisse de 2 % par rapport à la campagne précédente, principalement dans le bassin Ouest (-5 %).

Carottes : des rendements réduits par les fortes chaleurs, sauf en primeur (Agreste)

La prévision de production nationale de carottes pour le marché du frais, arrêtée au 1er septembre, est estimée à 335 100 t pour la campagne 2026-2027, en baisse de 11 % par rapport à la campagne précédente (-4 % par rapport à la moyenne des cinq dernières campagnes), selon une note des services du ministère de l’Agriculture (Agreste) publiée le 23 octobre. La situation est différente selon le type de carotte. En produit de saison, la météo particulièrement chaude et sèche depuis fin mai ont perturbé les semis et la croissance, « se traduisant par des difficultés de germination et de levée, du stress thermique et hydrique, ainsi que des problèmes d’adventices ». « Dans ces conditions, les rendements seraient inférieurs à la campagne précédente (d’au moins 15 %), et certaines parcelles pourraient finalement ne pas être récoltées », ajoute Agreste. « À ce stade, les estimations de récolte des prochains mois anticipent un recul de production équivalent sur l’ensemble de l'automne », précise la note. En revanche, la carotte primeur a présenté de bons volumes en juin, supérieurs de 21 % à ceux de 2025 et (+25 % à la moyenne quinquennale sur le même mois), malgré des rendements parfois variables en raison de difficultés de semis induites par les fortes pluies de février.

Elevage de visons : le Danemark va finalement y mettre un terme

Le ministère danois de la Nature et du Bien-être animal a annoncé, le 23 octobre, qu’il ne sollicitera pas de régime spécial pour maintenir son élevage de visons lorsque l’interdiction européenne entrera en vigueur le 7 août 2027 (avec une période de transition de deux ans jusqu’en 2029). « Une entreprise ne devrait pas perdurer simplement parce qu'elle existe depuis longtemps. Elle doit aussi être viable pour la société, pour l'économie et pour le bien-être animal », a indiqué le ministre Christian Rabjerg Madsen dans un communiqué. Et d’ajouter : « Le gouvernement a fait le choix du bien-être animal ». En novembre 2020, le pays scandinave avait imposé - sans base légale suffisante - l’abattage systématique de ces animaux, il y en avait à l’époque 15 millions, pour éviter des mutations du virus du Covid-19. Avant cette date, le Danemark était le premier exportateur mondial de peaux de visons, destinées au marché du luxe et des fourrures. L’interdiction de l’élevage des visons avait été levée au 1er janvier 2023 et il avait ensuite été très timidement repris, précise l’Afp. Selon les données du Registre central de l'élevage danois, il ne reste plus que sept élevages de visons dans le pays.