Après les déboires de ses concurrents, Innovafeed obtient un soutien financier de ses actionnaires à hauteur de 51 millions d’euros, mais doit désormais réduire ses effectifs et fermer un site. L’échéance pour que la société atteigne sa rentabilité est repoussée.
L’espoir radieux promis par le passé par les grands acteurs français de l’élevage-transformation d’insectes s’assombrit encore un peu plus. Dernière mauvaise nouvelle en date : le 5 juin, Innovafeed a annoncé une « réorganisation » de ses activités d’élevage et de transformation d’insectes qui se traduira par la suppression d’une soixantaine de postes, dont les deux tiers concernent le site historique de Gouzeaucourt (Nord). Des discussions ont lieu en vue de la fermeture du site au cours de l’année 2027. Innovafeed arrête les activités de R & D zootechnique sur ce site qui sont intégrées partiellement à l’usine de Nesle (Somme).
La société va désormais « accélérer le développement commercial des gammes […] en particulier sur les segments fonctionnels de l’aquaculture et du petfood », investir dans ses capacités de production et optimiser son site. En clair, l’accent va être mis sur les ventes qui doivent tirer la production. « Le site de Nesle produit actuellement 1 000 tonnes de larves d’insectes grouillantes, ce qui représente 60 % de sa capacité », précise le p.-d.g. Clément Ray. La société parie donc sur l’utilisation de ce potentiel pour permettre de massifier la production tout en concentrant ses moyens sur le développement commercial.
Pour concrétiser ces nouvelles perspectives, la direction d’Innovafeed a obtenu de ses actionnaires historiques une augmentation de capital de 51 millions d’euros notamment de Creadev, QIA, Temasek, FFC, ABC Impact et ADM ainsi que de ses partenaires bancaires ».
Exercice bénéficiaire en 2028
Il faut dire qu’Innovafeed est dans une situation particulièrement fragile. Selon ses comptes publics pour 2024, son chiffre d’affaires atteint 5,1 millions d’euros (+ 65 % vs 2023) et son résultat d’exploitation atteint -45,2 millions d’euros (+ 6,4 % vs 2023). Clément Ray déclare que le chiffre d’affaires d’Innovafeed est de « plus de 13 millions d’euros en 2025 » (les comptes ne sont pas encore publiés) et vise un premier exercice bénéficiaire en 2028.
Ce ballon d’oxygène vient à point nommé pour que la société poursuive son activité. Elle avait déjà réduit sa voilure en 2025, en mettant « en pause » son établissement de Decatur aux États-Unis, qu’elle développait alors avec ADM depuis le printemps 2024.
Les principaux acteurs de la filière française des insectes ont arrêté, cédé ou restructuré leur activité ces derniers mois. Et cela en dépit d’un très fort soutien des pouvoirs publics à hauteur de 284 millions d’euros sur les dix dernières années, selon un rapport de l’Obsef et l’Onei publié en avril, dont 184 millions d’euros rien que pour Ynsect dont la liquidation a été prononcée fin 2025.
CB